L’état des lieux alarmant du monde associatif

« Recherches & Solidarités » a publié ses derniers chiffres sur la France associative. Selon son rapport, 25 000 associations ont mis la clé sous la porte l’an dernier.

C’est une première, et elle n’est pas rassurante : en 2017, la différence entre les créations et les fermetures d’associations en France n’est pas positive. Le nombre total d’associations, en progression depuis dix ans, stagne désormais autour de 1,3 million. Sans surprise, ce sont les petites et les moyennes structures qui font les frais de décisions gouvernementales les fragilisant jusqu’à l’étouffement : l’an dernier, 25 000 associations ont ainsi mis la clé sous la porte… Notamment en cause : la suppression des emplois aidés, auxquels les associations de proximité avaient souvent recours. Selon le rapport de « Recherches & Solidarités » sur le plan de l’emploi dans le secteur associatif, les conséquences sont ainsi chiffrées : après 4 années de croissance (2012-2016) dans un contexte économique pourtant morose, les associations employeurs ont vu leurs effectifs en légère régression en 2017 (-0,1%), « ce qui tranche avec une évolution plus favorable de l’ensemble du secteur privé (+ 0,9%) » souligne le rapport, qui pointe parmi les secteurs les plus impactés, la culture et l’aide à domicile. Pour le premier, les subventions en berne sont en cause, les événements locaux éprouvant de grandes difficultés à trouver des financements alternatifs. Dans le cas de l’aide à domicile, la raison est à trouver du côté de la concurrence des structures commerciales.

Entre 2012 et 2016, 10 800 associations ont cessé d’employer des salariés. Elles sont 12 500 en 2017. Inversement, moins de 6 500 ont franchi le pas en devenant employeurs, pour près de 8 000 en moyenne annuelle au cours de la même période antérieure.

Pour autant, « Recherches & Solidarités » note des « signaux positifs » : « les effectifs salariés se sont maintenus dans les associations et ils représentent toujours près d’un emploi privé sur dix. Les contrats de travail « longs » (plus d’un mois) ont augmenté au long de 2017 et au cours du premier semestre 2018. Parmi eux, la proportion des CDI est passée de 24% au début 2017 à 29% début 2018 ». Toujours selon l’étude, « plus de 60% des responsables associatifs ont des projets ou envisagent des activités nouvelles, « signe que le contexte ne décourage pas les porteurs d’initiatives ».

Dans notre région l’engagement reste fort

dans le Var et les Bouches-du-Rhône, les données témoignent d’un engagement qui ne se dément pas : en novembre 2017, le Var comptabilisait entre 20 500 et 22 000 associations. Soit entre 200 000 et 220 000 bénévoles. Dans les Bouches-du-Rhône, à la même date, on comptait entre 45 000 et 48 000 associations (dont une bonne moitié dans la seule ville de Marseille), soit 445 000 à 470 000 bénévoles.

Des dons en baisse à cause des réformes fiscales

Le monde associatif est un vecteur de lien social, contribuant à dynamiser des territoires entiers par l’implication de la société civile, qui pallie souvent les carences institutionnelles (lire p4). Impossible de ne pas voir là l’un des marqueurs de la « Macronie » imposant au monde associatif une cure d’austérité via les baisses de dotations accordées aux collectivités. Mais pas seulement. Fin septembre, plusieurs associations œuvrant dans la solidarité, lançaient un message d’alerte : les réformes de 2018 ont semble-t-il, provoqué une spectaculaire baisse des dons. Suppression de l’ISF, réforme de la CSG, prélèvement à la source… France Générosités (qui regroupe près d’une centaine d’associations et de fondations françaises) met en avant, du simple fait de la suppression de l’ISF, une chute de plus de 50% des dons à la Croix Rouge ou aux Restos du Cœur. Idem avec la hausse de la CSG, qui touche le plus grand nombre de donateurs potentiels, en l’occurrence les personnes âgées : « Chez nous, elles représentent 60% des donateurs, témoigne Jean-François Riffaud d’Action contre la faim, sur France Info. Toute mesure fiscale défavorable aux retraités aura un impact sur les dons. » Une donnée essentielle pour comprendre l’urgence à revitaliser le secteur associatif. Autrement, le nombre de structures de proximité obligées de fermer leurs portes dans les années à venir risque de largement dépasser 25 000.

Sabrina Guintini
Article tiré de la Marseillaise le 18 octobre 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s