L’article à lire pour comprendre la situation de l’aciérie d’Ascoval

Elle est bloquée depuis mardi par ses salariés qui espèrent toujours qu’un repreneur sauve les 281 emplois du site à Saint-Saulve (Nord).

Quinze jours de sursis. Le tribunal de Strasbourg a donné, mercredi, deux semaines à l’aciérie d’Ascoval, en redressement judiciaire, pour trouver un repreneur. Depuis mardi, les salariés bloquent le site de Saint-Saulve (Nord) et vendredi 26 octobre, c’est à l’actionnaire Vallourec que les salariés d’Ascoval veulent « mettre la pression », en bloquant le site d’Aulnoye-Aymeries. Quels scénarios se dessinent pour ce fleuron de l’industrie française ? Quelles conséquences pour l’économie si l’usine mettait la clé sous la porte ? Qu’envisage l’Etat français ? Autant de questions auxquelles franceinfo apporte des éléments de réponse.

C’est quoi Ascoval au juste ? 

C’est une aciérie de Saint-Saulve, dans la périphérie de Valenciennes, créée en 1975. Située en plein cœur d’un pôle industriel, Ascoval a bénéficié de 200 millions d’euros d’investissement en 2008 et est présentée comme l’une des aciéries les plus modernes d’Europe et un fleuron de l’industrie française. D’après son site internet, Ascoval a produit 193 000 tonnes d’acier en 2017 et « la production devrait atteindre 245 000 tonnes en 2018″. L’aciérie emploie actuellement 281 personnes et a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 135 millions d’euros.

Pourquoi l’aciérie est-elle en difficulté ?

« Pour Ascoval, les ennuis débutent en 2015 quand Vallourec [son actionnaire et unique client aujourd’hui] commence à se désengager en cherchant un partenaire pour acheter la production de son aciérie de Saint-Saulve », écrit Libération. En 2017, Vallourec cède 60% de ses parts au groupe Ascométal, le leader français des aciers spéciaux, tout en conservant 40% avec des engagements de commandes.

Problème : un an plus tard, en févier 2018, Ascométal est placé en liquidation. Son repreneur, le groupe suisse Schmolz + Bickenbach, refuse de prendre l’usine des Hauts-de-France dans son périmètre industriel. Vallourec se retrouve donc seul actionnaire d’Ascoval, qui est placé en redressement judiciaire.

Vallourec et Schmolz + Bickenbach s’engagent toutefois à maintenir un volume de commandes suffisant, à un prix au-dessus du marché, jusqu’au 31 janvier 2019, pour donner le temps à Ascoval de trouver un repreneur.

Un repreneur s’est-il fait connaître ? 

Oui. Le groupe franco-belge Altifort a fait « une offre ferme » de reprise en s’engageant à investir 140 millions d’euros (somme qui compte des aides publiques), à maintenir les 281 emplois d’Ascoval et à en créer 133 nouveaux. « A la fin de l’année, nous devrions compter 1 500 salariés et réaliser 200 millions d’euros. Notre volonté est d’installer à proximité de l’aciérie un train à fil pour transformer l’acier en filin afin de pouvoir s’adresser à divers clients, au lieu du seul Vallourec », explique Bart Gruyaert, directeur général d’Altifort, dans Le Monde.

Pourquoi un accord n’a-t-il pas été conclu ? 

Vallourec a refusé lundi cette offre de reprise, car l’entreprise franco-belge demande en contrepartie le maintien du volume de commandes et des prix pendant les 18 mois suivant la reprise. Pour Vallourec, cette exigence d’Altifort représente un effort supplémentaire de 51 millions d’euros qui serait « contraire à la préservation des intérêts du groupe ». Car « Vallourec n’est pas en meilleure forme non plus, donc c’est compliqué », a reconnu le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, s’est lui aussi inquiété de la santé de ce groupe, « qui a aussi des usines dans la région » et emploie 2 800 salariés.

Quels sont les autres scénarios pour Ascoval ? 

Le scénario espéré reste une reprise d’Ascoval par Altifort, en parvenant à un nouvel accord avec Vallourec. Plusieurs élus en appellent à la responsabilité de l’Etat, actionnaire à hauteur de 16% du groupe via la Banque publique d’investissement. Valérie Létard, sénatrice centriste du Nord, a été jusqu’à demander au gouvernement de « tordre le bras de Vallourec » pour qu’il accepte le projet de reprise de l’aciérie.

« Vallourec, au cours des dernières années, a bénéficié de centaines de millions d’euros d’argent public, je crois donc vraiment que l’Etat a toutes les cartes en main pour convaincre Vallourec de respecter ses engagements », a estimé sur franceinfo Yves Dusart, vice-président du Conseil départemental du Nord et premier adjoint au maire de Saint-Saulve. Mercredi, Bruno Le Maire s’est dit « prêt à ce que l’Etat mette un euro d’investissement sur Ascoval, dès lors qu’un euro d’investissement privé aura été trouvé pour un projet qui soit durable ».

Par ailleurs, une nouvelle offre de reprise a été révélée le même jour : celle de l’industriel valenciennois Pascal Cochez, qui n’exclut pas « une alliance »avec l’Iranien Boost, qui a également déposé une lettre d’intention. L’industriel attend désormais le feu vert de l’administration judiciaire pour avoir « accès à l’intérieur de l’entreprise, rencontrer les dirigeants et les syndicats ».

Une nationalisation est-elle envisageable ? 

C’est ce que prônent certains élus, comme Ugo Bernalicis, député de La France insoumise du Nord. Dans cette affaire, « l’Etat peut tout, il peut nationaliser », a-t-il déclaré sur franceinfo. « Au moins, cela permet de se donner du temps. » Edouard Martin, eurodéputé socialiste, a lui aussi appelé l’Etat à « nationaliser provisoirement cette aciérie, afin d’éviter la fermeture ». L’ancien syndicaliste « craint » toutefois « qu’il y ait peu de courage politique pour le faire ». Lui aussi regrette l’absence de « politique industrielle en France » qui mène à la « fermeture de fleurons comme Ascoval ».

Quelles seraient les conséquences d’une liquidation ?

Si Ascoval emploie directement 281 personnes, l’aciérie en fait travailler 1 000 autres avec les sous-traitants. L’onde de choc d’une liquidation pourrait ne pas s’arrêter là et déstabiliser tout le bassin d’emplois. « Il y a 1 000 emplois derrière en jeu, et pas seulement. Il y a un avenir. Par exemple, à côté de cette aciérie, il y a une tuberie. Croyez-vous que demain s’il n’y a plus l’approvisionnement en acier ça va continuer, que ce ne sera pas l’étape suivante ? » s’inquiète la sénatrice Valérie Létard. La liquidation reste malgré tout une hypothèse envisagée, et Bercy ne s’en cache pas. En vue d’un reclassement des salariés, 12 millions d’euros ont d’ores et déjà été provisionnés.

Comment réagissent les salariés ? 

Ils bloquent depuis mardi l’usine et font brûler pneus, palettes et branchages pour dénoncer la décision de Vallourec. La nouvelle du sursis accordé par le tribunal de Strasbourg a été diversement accueillie : certains auraient souhaité être fixés, même si c’était une mauvaise nouvelle, et d’autres pensent que le signe d’une reprise est possible. « Le sentiment, c’est que le tribunal veut trouver une solution positive et on va continuer à mettre la pression sur Vallourec », a réagi Olivier Burgnies, délégué CFDT d’Ascoval. « Vallourec doit venir à la table des discussions et on le bloquera tant que ce ne sera pas le cas », a-t-il ajouté.

« On reprendra le travail à condition que Vallourec suive le projet Altifort », confirme Nacim Bardi, délégué syndical CGT. « Qu’ils nous donnent avant la fin de semaine une date de réunion avec Vallourec, Altifort, l’intersyndicale et l’Etat ! », a-t-il demandé. En assemblée générale, certains salariés voulaient arrêter de travailler jusqu’à ce qu’une date de réunion soit fixée, d’autres jusqu’à l’issue de la réunion, voire plus si Vallourec ne change pas de position. Les salariés menacent de bloquer d’autres sites de Vallourec, dont celui d’Aulnoye-Aymeries, dans le Nord.

Ce dossier peut-il nuire à Emmanuel Macron ?

Ascoval pourrait bien devenir le Florange d’Emmanuel Macron, du nom du combat des salariés d’ArcelorMittal à Florange, qui a marqué le quinquennat de François Hollande. En juin 2015, le président français, alors ministre de l’Economie, avait fait une promesse aux salariés de l’aciérie. En visite sur le site, il s’était engagé : « Aucune fermeture de site, aucun départ volontaire ». Une promesse qu’il a réitérée une fois élu président, assurant à la maire de Saint-Saulve qu’elle pouvait « dormir sur [ses] deux oreilles ». Il est donc attendu au tournant.

Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, n’a pas manqué de le lui rappeler. « Comment pouvez-vous laisser sacrifier Ascoval, cet outil de production dont vous louiez, il y a trois ans, ‘le plus haut niveau de qualité’ ? », écrit ainsi l’ancien ministre du Travail dans un courrier au président de la République daté de lundi. Dans un contexte où le chômage se remet à augmenter, le dossier est potentiellement explosif.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous pouvez me faire un résumé ? 

En difficultés depuis plusieurs années, l’aciérie Ascoval, à Saint-Saulve (Nord), a connu un nouveau coup dur lorsque son actionnaire principal, Ascométal, a été placé en liquidation judiciaire en février 2018. Depuis, un repreneur franco-belge, Altifort, s’est présenté mais son offre de reprise est jugée trop coûteuse par Vallourec, désormais seul actionnaire et seul client d’Ascoval. Le tribunal de Strasbourg a accordé un sursis de quinze jours pour se mettre d’accord sur une offre de reprise et l’Etat est sommé par les élus et les salariés de faire pression sur Vallourec, dont il est actionnaire à 16%. Si aucune solution de reprise n’est trouvée, c’est tout le bassin économique local qui risque de se trouver déstabilisé avec un millier d’emplois en jeu. Ascoval pourrait ainsi devenir le Florange d’Emmanuel Macron, du nom du combat des salariés d’ArcelorMittal à Florange, qui a marqué le quinquennat de François Hollande.

Photo AFP/François Lo Presti
Article tiré de Franceinfo  le 26 octobre 2018

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s