Jean-Luc Mélenchon à Lille – «Ils n’arriveront pas à nous abattre»

Quinze jours après les perquisitions menées au siège du parti et à son domicile, le chef de file de La France Insoumise a dénoncé une «persécution politique» et s’est dit prêt à défier Emmanuel Macron aux élections européennes, lors d’un meeting mardi soir à Lille.

Mardi, 19h45 : les portes du théâtre Sébastopol, à Lille, sont closes. A l’entrée, dans le froid, des militants de La France Insoumise (LFI) cherchent la faille pour assister au meeting de Jean-Luc Mélenchon. Son premier depuis ses déboires judiciaires. Les vigiles restent les bras croisés. Des hochements de la tête à la place des mots. Un responsable du mouvement s’approche, il explique, avec une petite voix timide, que le théâtre affiche complet. Deux hommes s’approchent des portes, ils se lancent dans une réplique digne du grand écran : «La République c’est nous, enfoncez-moi cette porte camarades !» L’humour masque la déception.

«Ils n’arriveront pas à nous abattre»

A l’intérieur, au chaud, Jean-Luc Mélenchon s’adresse aux chanceux, ils sont plus de 1 300. Après quinze jours de crise et polémiques, le moment est venu de passer à autre chose, de «refaire de la politique, du fond», comme l’explique le député du coin, Adrien Quatennens. Sur scène, le tribun dévoile ses ambitions : «Quoi qu’il en soit, dans les luttes sociales, écologiques mais avec des bulletins de vote, lors des élections européennes en mai, avec nos bulletins de vote, nous allons vaille que vaille régler nos comptes. Ce ne sont pas ceux d’un parti, d’un mouvement mais d’un peuple maltraité, humilié.»

Tout au long de la soirée, Jean-Luc Mélenchon est revenu à sa manière sur les perquisitions à son domicile et chez plusieurs membres de son entourage. Parfois directement, en dénonçant une «persécution politique», d’autres fois avec humour, notamment lorsqu’il évoque Emmanuel Macron : «Quand Merkel lui fait les gros yeux, il n’a pas le courage que j’ai devant certaines portes.» Les présents apprécient. Rigolent. Sifflent. On a le sentiment de se retrouver deux ans en arrière, en pleine campagne présidentielle. A l’aise sur scène, il prévient : «Ils n’arriveront pas à nous abattre, si on vient à bout de moi, il reste seize autres parlementaires prêts à monter au combat ! »

Le fil rouge de la soirée : «le deux poids deux mesures.» Le député évoque longuement les trafiquants d’armes et les évadés fiscaux. Pas un hasard. Sa manière de mettre en lumière les «malfaiteurs», les «voleurs» qui dorment sur leurs deux oreilles. Contrairement aux petits syndicalistes, militants écologistes et étudiants qui se retrouvent devant les juges, parfois derrière les barreaux après un combat. Il prend pour exemple un «jeune homme» qui a récemment écopé de six mois de prison ferme «pour avoir occupé un amphi» à la faculté de Nanterre. «Et bien moi si c’était mon gosse, je serais fier de lui. Fier qu’il s’occupe des autres !», clame Jean-Luc Mélenchon sous les applaudissements. Le tribun ne perd pas le Nord.

Un côté Mitterrand  

Dans la foulée, il fait le lien avec LFI : «Après la criminalisation de l’action syndicale, après la criminalisation de l’action écologiste, voici qu’on est entré dans l’ère de la criminalisation politique.» Après plus d’une heure de discours, il se dit «regonflé à bloc», prêt à défier Emmanuel Macron dans les urnes lors des européennes. Qu’importe la baisse dans les sondages. La France Insoumise cherche à renforcer son noyau de militants. «Les perquisitions et nos ennuis, c’est parfait pour mobiliser une partie de notre électorat pas forcément intéressé par les européennes», nous confiait un dirigeant insoumis en début de semaine. En attendant,  le mouvement a souligné en rouge sur son agenda : la législative partielle à Évry – après le départ de Manuel Valls à Barcelone -, qui se disputera en novembre.

Le discours touche à sa fin, le chef des insoumis cite Victor Hugo et disparaît. Il laisse la jeunesse locale faire le service après vente. A l’étage du théâtre, les députés Ugo Bernalicis et Adrien Quatennens se pointent devant la presse. Les mêmes mots. «Il n’y a aucune affaire, juste des accusations pour affaiblir la France Insoumise, et nous souhaitons laver notre honneur», souffle le grand roux. Son collègue acquiesce. Tape sur le gouvernement, les «fuites» de l’instruction dans la presse. Ils maîtrisent leur langage, la ligne à tenir. Aucun faux pas. La France Insoumise cherche à renverser la tendance.

Avant de filer, Adrien Quatennens nous livre une anecdote. Le jour des perquisitions au siège du mouvement, après le départ de la police et du procureur, Jean-Luc Mélenchon avait un genou à terre. La fatigue, la colère, les nerfs. Le député du Nord raconte la suite : «Deux heures plus tard, il est dans son bureau à l’Assemblée, bien coiffé, sa belle veste, celle qu’il mettait durant la présidentielle, il était en pleine forme. Il m’a dit : ‘Ils veulent me tuer à petit feu mais on ne se laissera pas faire, on ne baissera pas les yeux’. Il avait dans sa manière de s’exprimer, de se tenir, un côté François Mitterrand.» Une bataille, ça se mène aussi dans les récits au sens qu’on donne à l’histoire.

Photo : Aimée Thirion
Rachid Laïreche 
Article tiré de Libération  le 31octobre 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :