La construction de logements neufs baisse malgré des besoins à la hausse

Les mises en chantier de logements neufs, comme les permis de construire octroyés sont orientés à la baisse au troisième trimestre 2018. Le repli observé depuis le début de l’année se confirme, alors qu’on manque de logements dans les grandes agglomérations.

C’est une conjoncture durablement dégradée. La construction de logements continue à dévisser en France, selon les chiffres publiés lundi par le ministère de la Cohésion des territoires. Tous les indicateurs sont à la baisse. Les statistiques des permis de construire délivrés – qui annoncent les logements de demain – affichent un recul de 10,2% au troisième trimestre 2018 comparé à la même période l’an dernier. Même tendance pour les mises en chantier, autrement dit les programmes immobiliers effectivement commencés : là aussi c’est orienté à la baisse (-7,9%).

L’élan semble brisé, alors que la construction était repartie à la hausse en 2016 et 2017. Pourtant les besoins sont là. La situation du logement est tendue dans la plupart des grandes métropoles urbaines : en Ile-de-France bien sûr, mais aussi dans les agglomérations de Bordeaux, Lyon, Lille, Montpellier ou Nantes où la demande est forte en raison de l’afflux d’actifs vers ces bassins d’emplois dynamiques.

Dans les milieux du logement et du bâtiment, d’aucuns pointent la responsabilité du gouvernement dans ce retournement de conjoncture du secteur de la construction. Ils mentionnent les mesures prises lors de la loi de Finances 2018 (votée en décembre 2017). A commencer par la baisse de 1,5 milliard de l’APL versée aux locataires HLM. Pour que ces derniers ne soient pas pénalisés, les bailleurs sociaux ont été obligés de baisser d’autant leurs loyers. Résultat : les fonds propres des organismes de HLM sont en train de fondre. Pour éviter que leur bilan ne vire au rouge, ils lèvent le pied sur les constructions nouvelles.

Dégradation

Dans le département du Rhône, Cédric Van Styvendael, directeur général de Est-Métropole-Habitat, un des trois offices de HLM de la communauté urbaine de Lyon, confiait récemment à Libération qu’il avait été contraint financièrement de réduire ses ambitions en matière de production de logements neufs. «Avant je construisais 400 logements par an […]. Je vais être obligé de diminuer [à] 300 logements.» Et la situation est analogue dans la plupart des autres organismes.

Dans cette même loi de Finances, le Prêt à taux zéro (PTZ) qui aide les ménages modestes-moyens à accéder à la propriété a également été reconfiguré dans un sens plus restrictif de même que le dispositif Pinel, qui permet aux ménages – qui achètent des logements en vue de les louer – d’obtenir des réductions d’impôts.

Toutes ces mesures ont fini, sans surprise, par produire leurs effets négatifs. Interrogée par Libération, la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) observe un fléchissement des ventes de logements neufs au titre de «l’investissement locatif Pinel», ainsi que «des ventes en bloc» (les cessions d’immeubles neufs entiers) aux HLM. «Mais on reste tout de même sur des niveaux de ventes élevés. Nous avons vendu 70 000 logements au premier semestre 2018 [contre 150 000 pour toute l’année 2017, ndlr]», relativise le délégué général de la FPI, Alexis Rouque.

Dans les milieux de l’immobilier, d’autres acteurs sont plus inquiets par le retournement, et redoutent une accentuation de la baisse de la construction dès l’an prochain. «Certes l’année 2018 sera quand même une bonne année car nous sommes partis de chiffres qui étaient hauts. Mais ça c’est le résultat du rétroviseur, commente Bernard Coloos, délégué général adjoint de la Fédération française du bâtiment (FFB). Or la dégradation est bien là. Le recul de l’activité dans la construction sera marqué en 2019 et 2020.»

«Choc de l’offre»

Pourtant, au printemps 2018, pendant les débats portant sur la loi Elan (Engagement pour le logement, l’aménagement et le numérique) au Parlement, le ministre de la Cohésion des territoires de l’époque Jacques Mézard (remplacé lors du remaniement du 16 octobre par Jacquelie Gourault) et son secrétaire d’Etat Julien Denormandie (promu, lui, ministre de la Ville et du Logement) n’ont cessé de répéter que l’objectif de leur texte était de construire, «plus, mieux et moins cher, pour provoquer un choc de l’offre [de logements]». Une nécessité dans un pays où du fait de la pénurie, les loyers et les prix de l’immobilier sont au zénith dans de nombreuses grandes agglomérations.

Mais les actes posés dans la loi de Finance produisent inévitablement des effets contraires à la communication optimiste du gouvernement.

Photo : AFP – Philippe Huguen
Tonino Serafini
Article tiré de Libération  le 31 octobre 2018

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