Plan hiver, trêve hivernale – La France se prépare à la saison froide

« Un effort sans précédent » selon le gouvernement, « un plan sous-dimensionné » selon les associations d’aide aux sans-abri. L’Etat a présenté ce mercredi 31 octobre son plan hiver. A cette occasion, Julien Denormandie, le ministre en charge de la Ville et du Logement, s’est rendu dans un centre d’accueil de l’association Emmaüs.

Dans ce lieu d’accueil situé en plein centre de Paris, ils sont une vingtaine de SDF à boire un café ou à se reposer sur un banc. Chaque jour, deux travailleurs sociaux tentent d’aider et d’orienter du mieux possible entre 200 et 250 sans-abri.

Tony Palma, le chef de service, pointe les défis quotidiens auxquels ils font face. « C’est très difficile de faire un suivi, d’accompagner tout le monde et de répondre à toutes les problématiques qui se présentent et qui peuvent être de l’ordre de la psychiatrie, des addictions, voire des deux en même temps. Et on n’est pas forcément outillés pour y répondre. »

C’est cet espace géré par l’association Emmaüs que le gouvernement a choisi pour lancer son plan hiver. « Cette année, nous avons pris l’engagement d’ouvrir en moyenne et en fonction des températures, 14 000 places supplémentaires », a annoncé Julien de Normandie, le ministre en charge de la Ville et du Logement.

Renforcer les maraudes

Ce plan prévoit aussi de mettre plus de moyens sur les maraudes, explique le ministre. « Nous mettrons cinq millions d’euros supplémentaires pour renforcer leur travail. Donc nous appréhendons cette entrée dans la période hivernale avec beaucoup de détermination. Jamais un gouvernement n’a autant fait. »

Un effort sans précédent selon le gouvernement, mais insuffisant pour les associations qui dénoncent des choix budgétaires tournés vers l’hébergement d’urgence au détriment d’un accompagnement vers un logement durable.

Le gouvernement insiste pourtant sur ses efforts pour mieux accompagner les plus précaires vers le logement. Julien Denormandie veut notamment cibler ses efforts sur les familles hébergées en hôtel, pour certaines « depuis dix ans ». « Maintenant il faut aider ces familles à accéder à un logement permanent », affirme le ministre.

Des expulsions en augmentation

Mais même pour ceux et celles qui ont aujourd’hui un toit, la situation ne cesse de se dégrader, s’inquiètent les associations. Les locataires des milieux modestes sont de plus en plus fragilisés et les expulsions sont en augmentation, alerte Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement.

« La plupart des familles font l’objet d’un jugement d’expulsion suite à un impayé de loyer, parce que les loyers ont augmenté, les APL baissent et les ménages des classes populaires – qui constituent la grande majorité des locataires – voient plutôt leurs revenus baisser. Et donc tout ça mène à une augmentation des expulsions, qui n’a cessé d’ailleurs depuis quarante ans. »

Il pointe la responsabilité des pouvoirs publics qui, selon lui, « soutiennent la rentabilité du logement, la spéculation, la gentrification des centres-villes, les opérations d’urbanisme qui chassent les ménages modestes ». Ce qui fait augmenter le prix des loyers. Or, par ailleurs, la baisse des APL affecte les milieux modestes, mais aussi les organismes HLM, « chargés de loger les populations modestes. » Jean-Baptiste Eyraud pointe une situation « anormale et injuste ».

La parenthèse de la trêve hivernale

Mais pour de nombreuses familles qui risquent l’expulsion de leur logement, l’arrivée de la saison froide peut aussi être un soulagement. Car la trêve hivernale, qui commence ce jeudi et dure jusqu’au 31 mars, les met à l’abri d’une mise à la rue pendant quelques mois.

C’est notamment le cas de madame B., mère de famille monoparentale. Elle a reçu un jugement d’expulsion et risque de se retrouver à la rue à tout moment. Le début de la trêve hivernale est comme une bouffée d’air frais pour elle.

« Pendant cinq mois je peux respirer. Je suis tranquille pour l’instant. Mais j’aimerais bien être relogée avant le 31 mars. Je ne veux pas des hôtels avec mes deux enfants, parce que les hôtels sont loin et moi je travaille à la mairie de Paris, mes enfants sont scolarisés ici. »

Accompagnée de sa fille de 7 ans, Houria risque elle aussi de se retrouver à la rue. « J’habite le 15e et j’ai reçu un avis d’expulsion. J’ai même écrit à la mairie pour leur expliquer mon cas et ils m’ont renvoyé un papier disant que vu que je n’étais pas solvable, étant au RSA, ils ne pouvaient pas me trouver de logement. » Avec la trêve, Houria est tranquille pour les prochains mois, mais elle s’inquiète déjà pour l’après. « Je crains d’être dehors avec ma fille. Ma fille elle n’a qu’une peur : c’est de se retrouver dans la rue. »

Sur 10 ans, plus d’un million de locataires en France ont reçu un jugement d’expulsion, près de la moitié habitaient dans le parc HLM.

Photo : AFP – Bertrand Guay
Article tiré de RFI  le 1er novembre 2018

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