Midterms 2018 – Cinq raisons de s’intéresser aux élections de mi-mandat qui pourraient bouleverser l’équilibre politique des Etats-Unis

Donald Trump bénéficie d’une super-majorité républicaine au Congrès, mais tout pourrait basculer lors des élections législatives américaines, le 6 novembre, qui tiennent lieu de « référendum » sur le bilan du président. Franceinfo suivra la nuit américaine en direct. 

La seconde moitié de la présidence de Donald Trump va se jouer lors des élections américaines de mi-mandat (les midterms). Mardi 6 novembre, les citoyens américains sont appelés à renouveler leurs législateurs (à l’échelle locale et fédérale), ainsi qu’une grande partie des sièges de gouverneurs. Et ce scrutin s’annonce d’ores et déjà comme un tournant de l’ère Trump. Franceinfo vous explique les enjeux de ces élections outre-Atlantique qui pourraient modifier en profondeur l’équilibre politique du pays, deux ans après l’élection du milliardaire.

1 – De nombreux postes sont en jeu

Les midterms sont des élections importantes aux Etats-Unis, même si elles mobilisent souvent peu d’électeurs. Il s’agit de renouveler les deux chambres du Congrès qui vote les lois. Ces élections surviennent à la moitié du mandat de quatre ans du président et influent donc sur la fin de sa mandature en cas de défaite de son camp. Dans le détail, voici ce que les Américains renouvelleront par leur vote le 6 novembre 2018.

Les deux chambres du Congrès. Lors des élections de mi-mandat, l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants, la chambre basse du Congrès, est renouvelé. Les électeurs américains vont également renouveler un tiers (35) des 100 sièges du Sénat, la chambre haute. Sous la présidence Trump, l’enjeu est grand pour les démocrates qui espèrent reprendre une majorité au Congrès : pour l’instant, ils ne détiennent que 193 des 435 sièges de la Chambre des représentants et 49 sièges au Sénat.

Les chambres législatives locales. Chaque Etat américain dispose de deux chambres législatives locales, à l’exception du Nebraska. Des élections pour 87 de ces 99 chambres auront aussi lieu, le 6 novembre (dans 27 d’entre elles, seule une portion des sièges sera soumise au vote). Là encore, les démocrates ont beaucoup à gagner puisqu’ils n’en contrôlent que 14 alors que les républicains dominent les chambres législatives dans 31 Etats, indique la Conférence nationale des législatures étatiques (en anglais).

Trente-neuf postes de gouverneurs. Les Américains voteront aussi pour leurs gouverneurs. Des sièges sont en jeu dans 36 Etats, ainsi que dans trois territoires américains (Guam, îles Vierges des Etats-Unis, îles Mariannes du Nord). Ces postes sont cruciaux, car les gouverneurs sont les chefs de l’exécutif d’un Etat ou d’un territoire. Or, pour l’instant, ils sont majoritairement contrôlés par les républicains, lesquels les détiennent dans 33 des 50 Etats.

2 – Le scrutin est un référendum sur la politique de Trump

Le 6 novembre, aucun bulletin de vote ne portera le nom de Donald Trump. Pourtant, c’est bien pour exprimer leur approbation ou non à la politique menée par le président que nombre d’électeurs vont se déplacer dans les bureaux de vote.

Selon la société de sondage Rasmussen Reports (en anglais), 48% des personnes interrogées voient dans ces élections un référendum sur Donald Trump. Selon le Pew Research Center (en anglais), plus de 60% des électeurs estiment que l’opinion qu’ils ont du milliardaire influencera leur vote : 34% pensent ainsi voter contre lui, 26% en sa faveur. C’est plus qu’aucun autre président des trente-cinq dernières années. « C’est toujours le cas pour l’administration en place, mais ce le sera encore plus cette année, compte tenu des passions que suscite Donald Trump », affirme ainsi Henry Olsen, spécialiste du Parti républicain au sein d’un think tank de Washington, interrogé par Le Monde (article abonnés). 

« Donald Trump est immensément populaire auprès de l’électorat républicain, qui est mobilisé par son récit de réussite économique et diplomatique, et de persécution par les élites médiatiques. A l’inverse, Trump est, pour les démocrates, le repoussoir absolu, celui qu’on soupçonne de vouloir détruire tous les contre-pouvoirs de la démocratie américaine », résume Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste des Etats-Unis, interrogé par franceinfo. Et le résultat dépendra de la participation des électeurs. « C’est la force de ces deux effets contradictoires et la mobilisation de ces deux électorats qui donnera le résultat », poursuit-il.

3 – Le camp démocrate est bien parti pour reprendre des couleurs

Historiquement, les élections de mi-mandat sont défavorables au président en poste. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le parti du président perd en moyenne 26 sièges à la Chambre de représentants et 4 au Sénat, lors des midterms, souligne Bloomberg (en anglais). Et ces résultats sont corrélés à la cote de popularité du président. Or, celle de Donald Trump est en berne, à seulement 40%, selon Realclear Politics. Elle est même inférieure à celle de Barack Obama en 2010, lors de sa débâcle aux midterms : les démocrates avaient alors perdu 63 sièges à la Chambre des représentants, et 6 au Sénat.

A quelques jours du scrutin, la grande majorité des instituts de sondage indiquent que les démocrates devraient effectivement profiter de cette élection. Les électeurs démocrates semblent, en tout cas, très motivés pour se rendre aux urnes et marquer leur opposition à Donald Trump. Selon un sondage de NBC (en anglais), 65% d’entre eux évaluent l’intérêt de ces élections à 9 sur une échelle de 1 à 10, contre seulement 49% des républicains. 

Selon le site FiveThirtyEight (en anglais), qui agrège les différentes enquêtes d’opinion, le camp bleu – la couleur des démocrates – a désormais cinq chances sur six (83,6%) de reconquérir la Chambre des représentants. En revanche, obtenir le Sénat s’annonce plus complexe. Sur les 35 sièges de sénateurs en jeu, 26 sont actuellement détenus par des démocrates et neuf par des républicains. Avec deux sièges à reconquérir pour reprendre la majorité dans la chambre haute, les démocrates ont donc peu de marge de manœuvre. Selon FiveThirtyEight, il y a tout juste une chance sur six que le Sénat redevienne bleu.

4 – Le résultat pourrait paralyser la fin du mandat de Trump

Une vague démocrate serait une mauvaise nouvelle pour Donald Trump. Si les républicains perdaient leur majorité à la chambre basse, la suite de l’agenda législatif du président américain s’en trouverait paralysée, notamment sur des dossiers sensibles : immigration, abrogation de la réforme de santé d’Obama ou encore coupes dans les programmes sociaux. « Si la chambre devient bleue, il va y avoir un blocage de son agenda, et c’est préoccupant pour le bilan de son mandat », analyse pour franceinfo Marie-Cécile Naves, politologue à l’IRIS et spécialiste des Etats-Unis.

Surtout, en cas de victoire, les démocrates reprendraient le contrôle des puissantes commissions d’investigation de la Chambre des représentants. « Une attaque d’auditions, citations à comparaître et enquêtes [pourraient ainsi s’abattre] sur presque chaque recoin de l’administration Trump », analyse le New York Times (en anglais). Les démocrates souhaitent ainsi rouvrir l’enquête sur l’ingérence russe durant la présidentielle de 2016, rapidement fermée par les républicains.

Avec une majorité au Sénat, le président républicain pourrait, toutefois, poursuivre les nominations de juges fédéraux conservateurs. Par ailleurs, il ne serait pas bloqué dans la conduite de sa politique étrangère car il pourrait faire ratifier ses traités par le Sénat. Et le président aurait toujours la possibilité d’avancer ses pions en signant des décrets présidentiels, mais ceux-ci seraient susceptibles d’être défaits par une simple signature d’un prochain président.

Le pire scénario pour Donald Trump – mais le moins probable – serait donc de perdre sa majorité républicaine dans les deux chambres du Congrès, lequel serait alors dominé par une « super-majorité » démocrate. « On irait vers une situation inédite, avec une Maison Blanche ‘bunkérisée’, un président assiégé à la fois par le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif », avance Corentin Sellin.

5 – La prochaine élection présidentielle en dépend

Le Parti républicain fera-t-il bloc derrière Donald Trump lors de la prochaine élection présidentielle, en 2020 ? Ce soutien dépendra, lui aussi, du résultat des élections de mi-mandat. Si le parti républicain est submergé par une vague bleue, cela pourrait ébranler les allégeances des législateurs à un homme qui n’était pas du sérail politique. Dans le cas contraire, cela renforcerait encore la prise de Donald Trump sur le Grand Old Party.

Quant aux démocrates, ils ont besoin d’une nouvelle figure charismatique qui puisse rallier leurs électeurs en 2020, et le parti compte sur ces élections du 6 novembre pour la faire émerger. En effet, les futurs gouverneurs vont disposer d’une couverture médiatique considérable, et « les démocrates aiment bien investir des gouverneurs qui peuvent faire valoir un héritage exécutif », relève Marie-Cécile Naves.  

D’autre part, les vainqueurs des élections locales vont aussi peser sur le redécoupage électoral. Dans de nombreux Etats où les chambres locales sont contrôlées par les conservateurs, les républicains ont ainsi pu redécouper les circonscriptions électorales pour s’assurer des ballottages favorables, une tendance que les démocrates pourraient tenter de renverser.

Photo AFP/Mandel Ngan
Louise Hemmerlé
Article tiré de Franceinfo . le 5 novembre 2018

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