Les coraux, victimes du changement climatique

Dans le monde, plus de 500 000 personnes dépendent de près ou de loin des récifs coralliens, qu’il s’agisse de la pêche ou du tourisme. Pourtant, les coraux sont aujourd’hui les victimes de la surpopulation littorale et du réchauffement des océans, provoqué par le changement climatique. Pour faire l’état des lieux et comprendre le fonctionnement de ces précieux récifs coralliens, l’expédition scientifique Tara Pacific est partie pendant 2 ans et demi sur le plus grand océan de la planète.

Un périple riche de science

40% des coraux vivent dans l’océan Pacifique et la biodiversité des récifs est à son paroxysme dans le « Triangle de corail », situé en Asie du Sud-Est. La goélette Tara a donc parcouru plus de 100 000 km constater l’état des coraux sur les plus grands récifs coralliens que sont la grande barrière australienne et le récif de Nouvelle-Calédonie.

L’expédition a exploré 32 sites, où marins et chercheurs ont prélevé 36 000 photos et échantillons de coraux, d’eau de mer et d’organismes associés. Ces prélèvements sont destinés à être étudiés dans les 23 institutions de recherche partenaires de l’expédition, mais également à construire la plus vaste base de données jamais élaborée sur ce sujet.

Un paysage contrasté

Au cours de 2 677 plongées, les taranautes, marins et chercheurs, ont découvert les récifs coralliens dans des états variables et très contrastés.

D’un côté, ils ont vu des récifs magnifiques, comme aux îles Chesterfield ou en Nouvelle-Calédonie. Et dans l’archipel de Palau, en Micronésie, où la protection de l’environnement est inscrite dans la Constitution, le corail fait de la résistance : malgré l’acidification de l’océan, le récif est resté malgré tout en bonne santé et abrite 500 espèces différentes de coraux.

Mais les plongeurs ont aussi découvert des récifs très dégradés et blanchis. C’est le cas aux îles Samoa, dans le Pacifique sud, où le récif subit des rejets d’eaux usées et de substances chimiques : la couverture corallienne y est aujourd’hui inférieure à 10% sur la quasi-totalité des 124 sites observés.

Le corail, un animal bizarre

Les chercheurs de Tara se sont spécifiquement intéressés à 3 grandes familles de corail constructeur : un corail massif, les porites, qui peut croitre jusqu’à 15 mètres de diamètre à partir d’une seule larve de quelques millimètres, un corail branchu, le pocillopora, et le corail de feu, qui est une famille proche des méduses.

Un corail en pleine forme ne vit pas seul : il vit en symbiose avec une algue, la zooxanthelle, qui le colonise. Cette algue fournit 80% de son énergie au corail et lui donne sa couleur, raison pour laquelle le blanchissement du corail est le signe d’une mauvaise santé.

Pour Denis Allemand, du Centre Scientifique de Monaco et co-directeur scientifique de Tara Pacific, les enjeux de la recherche sur les coraux sont multiples, car on sait finalement peu de choses sur les nombreux virus et bactéries qui interagissent avec le corail, et  l’adaptation du corail à des conditions dégradées est encore un mystère.

L’humain, premier responsable de la dégradation

Il y a d’une part des dégradations locales dues à la surpêche, à la pêche à l’explosif, à l’invasion touristique, aux rejets de produits chimiques ou à l’absence d’épuration des eaux usées.

Et il y a une cause globale : le changement climatique, qui provoque l’acidification et le réchauffement de l’océan. Quand l’eau de mer dépasse 31° ou 32°, le corail stresse et casse la symbiose en expulsant la zooxanthelle. Il devient alors translucide, blanchi, puis le manque d’énergie engendrera la mort cellulaire de l’individu puis de la colonie. Ce phénomène devient irréversible si la hausse de température dure au-delà de 2 à 3 semaines.

L’heure est à l’action

Pour Serge Planes, chercheur au CNRS et directeur scientifique de l’expédition Tara Pacific, il faut mettre en place une dynamique à deux niveaux.

Il y a d’une part l’action globale : l’arrêt du réchauffement climatique, mais celle-ci va prendre du temps.

En revanche, il est possible d’agir localement et rapidement sur la gestion du littoral : arrêter les rejets d’eaux usées dans le lagon, travailler sur les problèmes de bassins versants et de déforestation qui amènent beaucoup d’alluvions sur le récif et étouffent le corail, stopper les pollutions, gérer le tourisme pour qu’il soit plus réduit et enfin réguler la pêche sur les récifs coralliens.

L’idée est de ralentir la dégradation et de laisser au corail le temps et la possibilité de récupérer : jouer sur la résilience naturelle du récif corallien et lui permettre de se restaurer.

Agnès Rougier
Article tiré de RFI  le 6 novembre 2018

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