Habitat indigne – Après le drame, comment on règle le problème ?

Le drame de lundi a révélé l’ampleur du logement insalubre à Marseille. L’état des lieux est connu. Quid des solutions ? « La Marseillaise » a posé la question aux élus et aux associations de terrain.

Comment éviter à nouveau un tel drame ? Depuis l’effondrement des 63, 65 et 67 de la rue d’Aubagne, les témoignages de locataires vivant dans des logements insalubres affluent. Un chiffre mérite d’être rappelé pour constater l’urgence de la situation : à Marseille « 40 000 logements présentent un risque pour la santé ou la sécurité des habitants », selon Christian Nicol, inspecteur général honoraire dans son rapport sur l’insalubrité du parc immobilier privé marseillais remis à Sylvia Pinel, alors ministre du Logement en 2015. Soit 100 000 habitants potentiellement en danger.

Depuis 30 ans, les plans de « rénovation urbaine », de « réhabilitation », de « requalification », selon la terminologie du moment, se sont succédé, sans succès jusqu’ici. Alors, comment faire ? Élus locaux et responsables associatifs ont des propositions.

« La priorité numéro un, c’est la production massive de logements sociaux », affirme Florent Houdmon, directeur de la Fondation Abbé Pierre Paca. « Les locataires ne vivent dans des logements insalubres que parce qu’ils ne peuvent pas loger en HLM », ajoute-t-il. Le quartier de Noailles, où se situe la rue d’Aubagne, ne compte que 5% de logements sociaux. Pendant ce temps-là, les taudis prospèrent. La loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), qui prévoit que les communes de plus de 3 500 habitants disposent de 25% de logements sociaux a bien du mal à être respectée. En 2017, Marseille atteignait péniblement les 20% avec une plus forte progression du « logement moins social », à destination des classes moyennes.

À quand une vraie volonté politique ?

Autre proposition : le permis de location soutenu par Jean-Luc Mélenchon et Samia Ghali, respectivement député insoumis et sénatrice (PS) des Bouches-du-Rhône. « L’idée, c’est d’autoriser la location uniquement après un contrôle des services de la Ville », décrit Samia Ghali. « Si le logement est aux normes, aucun problème. S’il ne l’est pas, soit le propriétaire a les moyens et fait les travaux de rénovation, soit il ne les a pas et c’est la Ville qui reprend le bail et rénove le bien », détaille-t-elle. « Ce permis peut servir sur des micro-territoires mais le généraliser pourrait créer de la vacance » nuance Florent Houdmon. Plus que le permis location, Patrick Lacoste, président de « Centre-ville pour tous » préfère le plafonnement des loyers. « D’autant que la loi Elan a corrigé les défauts de la loi Duflot. Aujourd’hui, la Métropole peut faire voter cette mesure », explique-t-il. De quoi lutter contre les marchands de sommeil. On l’a vu à Noailles, plusieurs propriétaires n’hésitent pas à louer 700 euros des appartements insalubres.

Tous les acteurs de terrain en conviennent : les moyens existent déjà. Reste à les appliquer correctement. « La puissance publique doit renforcer ses moyens coercitifs pour acquérir ou exproprier des biens avant de les réhabiliter », appuie Florent Houdmon.

Dernier aspect : le volet incitatif. « Les subventions des collectivités pour inciter les propriétaires à engager des travaux existent mais fonctionnent mal. Pour la rénovation énergétique ou l’adaptation de logements anciens, on y arrive mais pour réhabiliter des logements insalubres, il n’y a plus personne », dénonce Florent Houdmon.

Et Jean-Marc Coppola de conclure : « Toutes ces mesures ne pourront être prises qu’avec une vraie volonté politique d’en finir » .

Marius Rivière
Article tiré de la Marseillaise . le 8 novembre 2018

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