Pour le «mois du pouvoir d’achat», on repassera

La grogne sur le prix des carburants est venu cristalliser différents mécontentements sur le porte-monnaie des Français et pulvérise totalement la communication du gouvernement.

Ce devait être le mois du pouvoir d’achat. «Ceux qui travaillent» – comprendre surtout les salariés du privé… – devaient enfin se rendre compte du «gain» issu de la suppression des cotisations salariales chômage et maladie : une dizaine d’euros de plus par mois pour une personne au smic, une centaine pour un cadre. Ces derniers devaient enfin changer d’avis sur la politique du gouvernement et constater qu’il y en avait aussi pour eux.

La suppression du premier tiers de la taxe d’habitation pour les 80 % des Français les moins aisés devait également participer à cette prise de conscience collective. «L’heure de la preuve. […] Les Français vont pouvoir constater de visu», plastronnait Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, il y a encore deux semaines dans le Journal du dimanche quand son voisin de Bercy, Bruno Le Maire, investissait la une du Parisien dimanche pour marteler le même message : «Le travail doit payer. […] C’est l’objet de la baisse des cotisations salariales, de la revalorisation de la prime d’activité, de la suppression du forfait social sur l’intéressement dans les PME.»

Facture

Ce devait donc être le mois où la fameuse «pédagogie» allait fonctionner. Mais le gouvernement n’y arrive pas. D’abord parce que la hausse sur les carburants est venue anéantir ses messages. Les taxes sur l’essence et le diesel n’ont pourtant pas bougé depuis le 1er janvier (et ne bougeront pas avant la même date en 2019), les prix à la pompe ont cristallisé cet automne les mécontentements sur le pouvoir d’achat, diffus depuis plus d’un an : baisse des APL, hausse de la CSG sans compensation pour les retraités, gel du point d’indice pour les fonctionnaires…

L’exécutif paie une facture qui date du premier budget de l’ère Macron. D’une part, pour présenter très vite à Bruxelles un déficit public sous les 3 % de PIB, le gouvernement a choisi d’étaler dans le temps les baisses d’impôts quand les augmentations de taxes sur les carburants ou celle sur la CSG entraient en vigueur dès janvier. D’autre part, en tenant ferme sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, la mise en place d’une flat tax sur les revenus du capital et autres mesures censées rendre la France plus «attractive», l’exécutif a laissé l’impression que la baisse des impôts des plus riches était plus urgente que celle du reste de la population. A partir de là, difficile, voire impossible, d’imprimer le moindre message de «justice sociale» dans l’opinion.

Lilian Alemagna
Article tiré de Libération  le 13 novembre 2018

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