La famine comme arme de guerre au Yémen

Malgré les pressions de la communauté internationale, les combats se sont intensifiés mardi à Hodeida, ville portuaire par laquelle transite les trois quarts de l’aide internationale déjà insuffisante pour éviter la famine à 14 millions de civils.

Cela a du sens de se réunir, de discuter des enjeux de la planète et de pouvoir connecter des mondes qui ne se connectent pas facilement. Mais les sujets qui fâchent, le Yémen, la Syrie, les grandes crises humanitaires oubliées ne sont pas à l’ordre du jour », regrette Florent Geel. Directeur Afrique pour la Fédération internationale des droits de l’Homme (Fidh), il participait hier avec une centaine d’autres ONG et entreprises à la suite du Forum de Paris sur la Paix.

Pourtant, le Yémen était dans toutes les têtes hier. Car, malgré les pressions de Washington et de Londres, les combats se sont poursuivis hier dans la ville portuaire d’Hodeida. Des combats très meurtriers avec 111 rebelles, 32 loyalistes et sept civils tués durant les dernières 24 heures. Rappelant la tenue prochaine d’une réunion « importante » en Suède sans cependant donner de date, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, est également monté au créneau hier pour exhorter la « communauté internationale » à « arrêter les frais » qualifiant le conflit de « sale guerre ».

« La faim sciemment utilisée pour tuer »

Sale guerre ? Ce conflit, qui oppose depuis 2015 des forces pro-gouvernementales appuyées par l’Arabie saoudite et les émirats arabes unis aux rebelles Houthis en place depuis 2014 et soutenus par l’Iran, a fait quelque 10 000 morts, majoritairement des civils, et plus de 56 000 blessés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Bien plus, selon des responsables humanitaires.

Des milliers de morts et 14  millions de personnes en situation de pré-famine. Il y a un an, le Programme alimentaire mondial (PAM) prévenait que la nourriture était « une arme de guerre » au Yémen. « La faim est instrumentalisée comme une arme de guerre contre les populations civiles. Bombarder les marchés, bloquer l’accès aux routes, empoisonner les puits, détruire les champs… sont autant de manières d’affamer et d’asservir les populations », a rappelé hier l’ONG Action contre la faim qui, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, a lancé l’opération #stophungercrime. « La faim est sciemment utilisée pour tuer, au même titre que les bombes et les balles », insiste-t-elle.

Risques de « sabotage » des infrastructures

Hier encore le secrétaire général Antonio Guterres a de nouveau appelé au cessez-le-feu, expliquant que « si à Hodeida, il y a une destruction du port, ça peut engendrer une situation absolument catastrophique ».

Point d’entrée de trois quarts des importations et de l’aide internationale, cette ville portuaire est sous contrôle des rebelles depuis 2014. Les forces loyalistes tentent de la reconquérir depuis juin. L’offensive sur Hodeida a été suspendue en juillet pour donner une chance aux efforts du médiateur de l’ONU. Après l’échec en septembre de la médiation onusienne, la coalition a annoncé la reprise de l’assaut sur Hodeida qui s’est intensifié à partir du 1er novembre. Les observateurs du conflit décryptent que la coalition estime nécessaire de reprendre Hodeida aux rebelles avant d’entamer des pourparlers de paix avec les Houthis afin de donner plus de poids politique au gouvernement yéménite à la table des négociations.

Intervenant sur place, l’ONG Save the children souligne qu’il « y a un très fort risque que davantage d’attaques aériennes ou terrestres coupent (…) la dernière voie de ravitaillement en produits alimentaires, essence et médicaments des quelque 20 millions de Yéménites qui dépendent des importations passant par Hodeida ». D’aucun craignant également le risque de « sabotage » des infrastructures du port par les Houthis, s’ils étaient forcés de se retirer.

Photo AFP
Article tiré de la Marseillaise . le 14 novembre 2018

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