Grève à Pôle Emploi – «Demain, il n’y aura plus personne en agence»

Environ 30% des effectifs, selon la direction, ont suivi ce mardi l’appel à la grève pour protester contre la suppression de 800 postes prévue dans le projet de budget 2019. «C’est le meilleur chiffre jamais réalisé depuis l’existence de Pôle Emploi». 

Des agences fermées et des conseillers dans la rue pour protester contre la suppression de 800 postes prévue dans le projet de budget 2019. Selon les chiffres donnés par la direction de Pôle Emploi, environ 5% des sites n’ont pas ouvert leurs portes, ce mardi, en raison d’un mouvement social lancé par les syndicats (CFDT, CFTC, CGT, Snap, SNU, l’Unsa, CGT, Solidaires SUD). Et, au total, près d’un tiers des agents de l’organisme public (29,36%) a participé à la grève. Soit près de 14 700 agents sur les 50 000 que compte Pôle Emploi. La CFDT, elle, a compté «entre 30% et 40% de grévistes». Bien au-delà des chiffres des précédents mouvements sociaux. L’an passé, au mois d’octobre, un précédent appel à la grève soutenu par une intersyndicale n’avait été suivi qu’à 12%. «C’est le meilleur chiffre de grève jamais réalisé depuis l’existence de Pôle Emploi», confirme Guillaume Bourdic, de la CGT. Ce qui prouve, selon lui, «le malaise en cours».

A Paris, ils étaient quelques centaines à s’être donnés rendez-vous, en fin de matinée, devant l’Assemblée nationale – où les députés ont voté, quelques heures plus tard, en première lecture, le budget 2019 – pour défiler vers le ministère du Travail. Rue Grenelle, une délégation a été reçue par un conseiller de la ministre du Travail. Un peu plus tôt, ils étaient quelques-uns à avoir occupé, avec des collectifs de précaires, le «Lab» de Pôle Emploi. Un espace dédié à l’innovation, souvent mis en avant par l’organisme public, mais symbole pour nombre de conseillers de l’évolution vers la «dématérialisation» mise en œuvre par Pôle Emploi. Et son pendant, dénoncé par les manifestants : la «déshumanisation».

«Du travail à la schlague»

Parmi les agents ayant bravé les quelques flocons de neige parisiens pour battre le pavé, beaucoup de manifestants novices. «On nous demande toujours plus de résultats, il faut tout faire en même temps. Mais comment voulez-vous assurer un travail d’accompagnement approfondi quand vous avez 500 inscrits dans vos « portefeuilles ». Certes, ces personnes que l’on doit suivre n’ont pas toutes besoin d’être accompagnées pour chercher un emploi. Mais elles ont toutes accès à nos mails et peuvent nous contacter tout le temps, souvent pour des questions d’indemnisation. Et nous, on est obligé de leur répondre. Et ça nous empêche de faire tout le reste. Ça devient juste un enfer», explique l’une d’entre elles, syndiqué au SNU et venue d’Essonne.

Paris, le 20 novembre 2018 salariés et chômeurs de pole emploi manifestent vers l'Assemblée Nationale COMMANDE N° 2018-1541

«Nos emplois sont en danger, mais ça c’est juste la goutte d’eau qui a fait déborder notre colère, continue sa collègue, du même syndicat. C’est aussi pour le service qu’on se bat.» Une autre alerte sur les effets du tout-numérique : «Demain, il n’y aura plus personne en agence. On en sera plus qu’une « plateforme », c’est cela que veut la direction. Regardez déjà tout passe par les mails. On est sans arrêt contrôlés par un logiciel, et quand un entretien dure un peu plus longtemps que prévu avec un demandeur d’emploi, un responsable vient nous demander d’écourter. C’est du travail à la schlague. Mais en face on a parfois des gens qui sortent de burn-out, qui sont effondrés. Moi humainement, je ne sais pas faire, je ne veux pas travailler comme ça. Le problème c’est que nos directions, y compris locales, ne connaissent rien de nos conditions et ne voient que les chiffres.»

«En Ile-de-France, deux personnes en moins par agence»

«La ministre a justifié la réduction des effectifs par la baisse du chômage, mais c’est un gag, s’agace un autre manifestant de la CFDT. Ce n’est pas le nombre de chômeurs inscrits, mais les va-et-vient, les entrées et sorties, qui nous donnent plus de travail. Or, il y a une hausse des contrats de courte durée ces dernières années, donc on n’arrête pas…» Avec vingt-huit années de Pôle Emploi au compteur, cet agent ne craint pas pour son emploi, «car les 800 suppressions seront en fait des départs en pré-retraites», mais s’inquiète avant tout pour la qualité du service que lui et ses collègues pourront rendre demain.

Un autre manifestant de chez SUD a fait ses calculs : «En Ile-de-France, ce sera deux personnes en moins par agence, l’an prochain. Ce qui veut dire que la surcharge de travail va se répartir sur les agents.» Lui aussi voit d’un œil critique la «montée des outils numériques». Le risque ? Que les personnes «pas assez autonomes face à cela» se retrouvent sur le carreau, explique-t-il. Et que les agents, eux, «passent de conseillers à l’emploi à simple assistant multimédia».

Photo : Boris Allin – Hans Lucas
Amandine Cailhol
Article tiré de Libération  le 20 novembre 2018

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