[#BalanceTonTaudis] « Les pompiers ont vu la toiture et nous ont dit de partir »

Le nombre d’évacués des taudis marseillais ne cesse d’augmenter. Si la plupart sont pris en charge, d’autres, par manque d’info ou par négligence, ne le sont pas. Le manque de transparence des bailleurs et de la Ville renforce l’incertitude.

Des volontaires de la Croix-Rouge servent des tasses chaudes à une foule de personnes entassées à l’abri de la pluie qui tombe fort à l’extérieur. Elles entrent une à une dans les locaux du 2, rue Beauvau, à deux pas du Vieux-Port, devenus le lieu Espace d’accueil des personnes évacuées (EAPE). Ici se présentent les victimes des immeubles insalubres de Marseille. La barre du millier d’évacués a été franchi. Le cap semble mis sur les 1500…

Parmi eux, il y a Alice, locataire d’un appartement au 4e étage du 37, rue Thubaneau, dans le 1er arrondissement de Marseille. Comme beaucoup, après l’effondrement de la rue d’Aubagne, elle prête attention à des petits détails de son immeuble qui lui paraissaient jusqu’ici sans importance : la porte d’entrée qui ne ferme plus, les tomettes cassées au sol, les fissures aux murs, sous les paliers, etc. Trois jours de pluie supplémentaires la convainquent d’appeler la sécurité civile. « Les pompiers ont vu l’état de la toiture, ils nous ont aussitôt dit de partir », se rappelle-t-elle. Un coup d’œil au palier suffit à dissuader quiconque de grimper les escaliers : de larges fissures balafrent les paliers du 3e et du 4e étage.

Résidents recherchent arrêtés de péril

Si Alice a pu être relogée à l’hôtel, ce n’est pas le cas de Sarah, sa voisine du 2e étage. « L’expert nous a dit oralement qu’il y avait péril imminent pour le 4e mais que je pouvais rentrer chez moi et dormir sur mes deux oreilles », soupire-t-elle. Il y aurait donc danger d’effondrement pour le 4e mais pas pour le 2e ? Autorisée à réintégrer son logement, Sarah ne peut être relogée. Elle vit donc seule dans un immeuble dont la porte d’entrée ne ferme plus, régulièrement squatté et dont un étage menace de s’effondrer.

Autre immeuble, autre cas : au 38 , boulevard Philippon (4e arrondissement), 10 locataires ont été évacués. « Les services de la ville nous ont demandé qui pouvait se reloger ailleurs. Ma voisine est partie chez une amie, mais elle ne possède aucun document prouvant son évacuation », raconte Sylvaine, une locataire évacuée.

Le nœud du problème ? Les arrêtés de péril imminent. C’est le seul document qui prouve l’imminence du danger. Quand la Ville les transmet, syndics et propriétaires se gardent bien de les montrer aux locataires. De peur des cambriolages dans les immeubles restés vides, la mairie a cessé de les placarder aux portes d’entrée. Jusqu’à hier, elle ne les publiait pas. Elle a commencé à les mettre en ligne hier. Pour le moment, seuls 10 arrêtés sont disponibles. Aucun pour la rue d’Aubagne. La liste est encore longue.

Marius Rivière
Article tiré de la Marseillaise . le 22 novembre 2018

Marius Rivière

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