A Evry, la gauche ne s’unit même pas contre Macron

Le PS et EELV ont refusé d’appeler à voter pour la candidate insoumise Farida Amrani qui s’oppose à l’ancien bras droit de Manuel Valls, soutenu par la droite et LREM. Le second tour de la législative partielle a lieu dimanche.

Rien n’y a suffi. Ni le rejet d’Emmanuel Macron après dix-huit mois d’exercice du pouvoir, ni le mouvement des « gilets jaunes », ni le symbole d’une circonscription scrutée par tous les observateurs, où l’abstention atteint des sommets. Dans l’Essonne, la gauche a échoué à s’unir pour le second tour de la législative partielle de l’ancienne circonscription de Manuel Valls, prévu dimanche 25 novembre.

Le PS et EELV ont refusé d’appeler à voter pour la candidate insoumise Farida Amrani, opposée à Francis Chouat, l’ancien bras droit de Manuel Valls soutenu par la droite locale et LREM (lire notre reportage).

Au premier tour, le scrutin a été marqué par une abstention spectaculaire : seuls 18 % des électeurs se sont déplacés. C’est Francis Chouat qui est arrivé largement en tête avec 30 % des voix, devant Farida Amrani (18 %) et le candidat du RN, Grégory Saillol (14 %). L’écologiste Éva Sas, soutenue par le PS, a échoué à la quatrième position (10,5 %), devant le LR Jean-François Bayle (10 %) et le communiste Michel Nouaille (8,5 %).

Pour espérer l’emporter dimanche, Farida Amrani, qui avait échoué à quelques dizaines de voix près en 2017, doit faire le plein des voix de gauche – le total du premier tour atteignant à peine 40 % des bulletins – et mobiliser les abstentionnistes.

C’est peu dire que l’étalage des divisions de la gauche cette semaine n’est guère de bon augure pour l’Insoumise et son suppléant Ulysse Rabaté. Si le PCF, Génération.s, le parti de Benoît Hamon, le NPA d’Olivier Besancenot et les Radicaux de gauche ont appelé à voter LFI pour sanctionner la politique d’Emmanuel Macron, le PS et Europe Écologie-Les Verts s’y sont refusés.

« Nous prenons acte du choix des électeurs qui ont placé Francis Chouat et Farida Amrani au second tour. Nous constatons qu’aucune de ces deux candidatures n’[a] su défendre l’écologie sociale dans cette élection au premier tour », ont indiqué, au soir du premier tour, Éva Sas et son suppléant socialiste Jérôme Brézillon. Ce dernier a affirmé sur Twitter qu’il voterait blanc.

Un choix confirmé depuis par le PS de l’Essonne. « Notre démocratie offre à chacun la liberté de voter ce qu’il souhaite ; y compris voter blanc. Pour notre part, nous ne soutenons ni Francis Chouat ni Farida Amrani dans ce scrutin. » Si le premier, qui fut longtemps militant socialiste, est « le candidat de la droite », la seconde représente un mouvement « incompatible avec nos valeurs et nos méthodes », justifie la fédération de l’Essonne.

Cette décision a suscité une vive émotion à gauche, bien au-delà des rangs insoumis.

Jeudi, le PS au niveau national s’est finalement fendu d’un communiqué de deux lignes, nettement moins catégorique mais guère plus enthousiaste à l’égard de LFI. « Le Parti socialiste est dans l’opposition à la politique libérale conduite par Emmanuel Macron et sa majorité. Dimanche, dans la première circonscription de l’Essonne, aucune voix de gauche ne doit aller au candidat qui défend cette politique et est soutenu par LREM et la droite. »

Julien Dray, à la fois proche de François Hollande et critique de la ligne qu’il juge parfois mollassonne d’Olivier Faure, a appelé à voter pour LFI, lui qui fut longtemps le baron des socialistes dans le département

Plusieurs figures écologistes ont également appelé à voter pour Farida Amrani : le franc-tireur Noël Mamère, mais aussi la députée européenne EELV Michèle Rivasi.

À l’inverse, un élu EELV d’Évry, Hervé Pérard, a appelé à voter pour Chouat. Quant à Éva Sas, elle a dû se défendre de rumeurs d’accords secrets avec le maire d’Évry et ex-bras droit de Manuel Valls : « Je ne négocie rien et ne soutiens certainement pas Francis Chouat pour le second tour, dont je ne partage ni les alliances douteuses avec les maires de droite, ni les orientations antisociales de la politique budgétaire d’Emmanuel Macron. »

Sur le papier pourtant, et vu de loin, l’équation semble simple : une alliance de barons locaux, allant de LR à LREM et incarnée par l’héritier de Valls, parti pour Barcelone, vsun duo insoumis, plutôt jeune et implanté localement, dans un contexte bien loin de l’état de grâce postprésidentiel de 2017.

Depuis, la poussière macroniste est largement retombée : le positionnement de centre-gauche a fait long feu ; l’électorat populaire est bien souvent refroidi par un président perçu comme celui des « riches » ; les « gilets jaunes » font entendre la colère des « petits moyens » qui peinent à finir les mois ou se sentent injustement traités.

Les Insoumis n’ont pourtant pas réussi à faire l’union. Signe que la gauche reste empêtrée dans ses divisions, incapable même de faire front commun face à Emmanuel Macron. Signe aussi que le mouvement emmené par Jean-Luc Mélenchon ne parvient pas à inclure l’ensemble des sensibilités. Ses adversaires dénoncent un manque d’ouverture, sur le fond comme sur la forme. Les récentes perquisitions visant le mouvement n’y sont pas non plus pour rien.

Farida Amrani est également la cible répétée d’attaques très violentes : les « vallsistes » et l’ensemble de la droite lui reprochent un pseudo-soutien à une ligne communautariste – elle est même qualifiée de « candidate indigéniste » par le président du Printemps républicain. En attendant, la droite et LREM se frottent les mains.

Lénaïg Bredoux
Article tiré de Mediapart  le 23 novembre 2018

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