Mort de Bernardo Bertolucci, réalisateur du “Dernier Tango à Paris”

Le cinéaste italien, lauréat de l’Oscar du meilleur réalisateur pour “Le Dernier Empereur” en 1987, est mort ce lundi 26 novembre à l’âge de 77 ans.

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci s’est éteint ce lundi à 26 novembre à l’âge de 77 ans, annonce le site de La Repubblica. Fils du poète Attilio Bertolucci et frère du réalisateur Giuseppe Bertolucci, Bernardo Bertolucci est notamment connu pour Le Dernier Empereur, qui lui a valu deux Oscars en 1987, Dernier Tango à Paris (1972) ou encore Little Buddha (1993). Il a en outre signé le scénario de Il était une fois dans l’Ouest (1968), de Sergio Leone.

En 1993, à l’occasion de la sortie de Little Buddha, il nous racontait comment il avait rencontré le bouddhisme : « A 22 ans, avec La vie de Milarepa, un livre que m’avait offert Elsa Morante. Et puis, il y a eu d’autres rencontres. Et enfin, il y a quelques années, j’ai été vraiment initié, à Hollywood… Ça fait drôle, mais c’est vrai : je rendais visite à un ami, je l’ai trouvé assis par terre avec des copains, chantant le Livre des morts tibétain. On m’a mis un petit cordon protecteur autour du cou, et je les ai regardés et écoutés avec sympathie, amitié, fascination. Peu après, alors que je tournais Un thé au Sahara, on m’a proposé de faire un film sur la vie du Bouddha. J’ai refusé, parce que j’avais plutôt envie de confronter la pensée d’un homme qui a vécu il y a 2 500 ans à notre mentalité d’aujourd’hui. Mais je me suis mis à lire beaucoup d’ouvrages sur le bouddhisme. J’ai rencontré le dalaï-lama pour lui dire que j’avais envie de faire un film qui ouvrirait, en Occident, une fenêtre sur le bouddhisme. “Vous n’êtes pas bouddhiste ?, m’a- t-il demandé. – Non. –  Très bien.” Alors, je lui ai dit que j’étais d’origine catholique mais plus du tout croyant, et il a dit : “Ça va” »

“Je trouve que mes films vont vers une quête de la simplicité”

 

Et lorsqu’on on lui demandait s’il ne préférait pas tourner des films intimistes plutôt que des grosses machines, comme 1900Le Dernier Empereur ou Little Buddha, il répondait : « C’est curieux, ce moralisme anti-fric ! Comme si réaliser un film cher était un péché mortel. Comme si un gros budget devait nécessairement étouffer l’inspiration… Il y a pourtant des exceptions célèbres : Citizen Kane, par exemple. Moi, un jour, j’ai ressenti le besoin d’un contact avec le grand public. Je me sentais pris au piège du monologue. D’ailleurs, je trouve – au contraire de ce que vous dites – que mes films vont vers une quête de la simplicité : un dieu devient homme (Le Dernier Empereur), l’agonie d’un couple conduit une femme au désert (Un thé au Sahara). Ici, dans Little Buddha, une famille américaine (qui ne ressemble en rien à celles décrites par Hollywood, puisque c’est la juxtaposition de trois solitudes) découvre le dépouillement bouddhique. »

En 2003, nous lui avions aussi demandé de revenir sur le tournage du Dernier Tango à Paris (film dont la scène du viol de Maria Schneider par Marlon Brando a continué de faire polémique jusqu’à récemment) : « Brando a apporté beaucoup de lui-même dans le rôle du Dernier Tango à Paris. De façon troublante. D’ailleurs, quand je pense à ce film, je ne dis jamais les noms des personnages, mais Maria et Marlon. Il avait beaucoup improvisé les dialogues. Il apportait son vécu et la mémoire de ses autres films. On a écrit que j’avais été un pionnier du sexe à l’écran avec Le Dernier Tango. Je l’ai fait sans trop y penser. La dramaturgie de cette histoire menait fatalement à ces rencontres dans le huis clos de l’appartement. Je n’ai pas analysé l’impact du film, son côté scandaleux. Je me foutais de ce qui poussait les gens dans les salles – porno ou pas –, ce qui m’intéressait, c’était leur tête à la sortie, la manière dont le film les remuait. C’est la condamnation dont j’ai été victime en Italie qui m’a fait ressentir l’ampleur de l’onde de choc. J’étais un peu innocent, et je le suis encore. Aujourd’hui, le sexe dans mon film Les Innocents (2003) ne provoque aucune discussion, même s’il y a plus de fluides (urine, sperme, sang) que dans Le Dernier Tango. Ça passe sans problèmes. C’est une vision de l’érotisme plus joyeuse qu’à l’époque, ni dramatique, ni morbide. »

Article tiré de Télérama . le 26 novembre 2018

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