Fabien Roussel (PCF) – « Il faut une une augmentation du Smic de 200 euros nets au 1er janvier »

 

A l’issue du congrès extraordinaire du PCF, Fabien Roussel a été élu secrétaire national. Il livre ses réflexions sur la situation politique et la feuille de route de son parti à « La Marseillaise ».

Le député du Nord a été porté à la tête du PCF par les délégués des différentes fédérations. Il avait soutenu le texte alternatif à celui de la direction sortante qui – pour la première fois – était arrivé en tête lors du vote des adhérents. Pierre Laurent devrait être élu président du conseil national lors de sa première réunion.

Tous les ingrédients étaient réunis pour un congrès de déchirements. Il n’en a rien été. Que s’est-il passé ? S’agit-il d’un arrangement de façade ?
Fabien Roussel : On savait que ce serait un congrès extraordinaire. C’est un congrès extraordinaire. Il y avait en effet un risque de déchirement, d’explosion. Il n’y a rien eu de tout ça. Essentiellement parce que les communistes nous ont dit, à Pierre, à moi mais aussi aux secrétaires fédéraux de France et de Navarre : « Rassemblez-vous ». C’est ça qui s’est passé au congrès. Le texte a été largement amendé, enrichi, sans qu’il soit dénaturé. Nous avons reçu plus de 7 000 amendements, jamais un texte n’a été autant débattu. C’est une richesse. Ensuite avec Pierre Laurent, loin des arrangements de façade, on a beaucoup parlé. On a créé une relation de confiance. On s’est donné notre état d’esprit. Moi je ne voulais pas construire une direction en repartant de zéro. Je voulais m’appuyer sur l’expérience de Pierre, ses huit ans de secrétaire national et en même temps je voulais qu’il y ait une direction en cohérence avec les débats du congrès. C’est ça qu’on a construit. Il n’y a pas eu de perdant, le gagnant c’est le parti.

Le mouvement des gilets jaunes secoue le pays. Quel regard portez-vous sur lui ?
On a beaucoup parlé de cette actualité. Elle montre qu’il y a beaucoup de colère dans le pays. Cette colère est sincère, profonde. Le gouvernement dit l’entendre sauf qu’il ne fait que l’entendre. Quand va-t-il passer aux actes ? Il faut répondre à cette question du pouvoir d’achat. Les communistes proposent une augmentation du Smic de 200 euros nets au 1er janvier et d’engager une négociation sur l’élévation des salaires dans le privé comme dans le public. Il faut aussi une augmentation des pensions, les retraités sont aujourd’hui injustement pénalisés.

Est-ce que c’est possible ? Crédible aux yeux des gilets jaunes qui se mobilisent plutôt en disant qu’il faut baisser les taxes ?
Les gilets jaunes disent plein de choses. Ils parlent aussi de l’évasion fiscale, de rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune. Les gens savent bien que des cadeaux ont été faits aux riches et qu’on leur demande à eux de payer. Il y a aussi un climat qui vise à dire « trop de taxes et stop aux impôts ». Nous, communistes, nous disons que l’impôt est utile mais qu’il doit être juste. Aujourd’hui ce n’est pas le cas. La TVA tout le monde la paye, l’impôt sur le revenu repose essentiellement sur des ménages modestes. Les riches, eux, ont vu leurs impôts baisser. Pour établir une justice fiscale, nous apportons nos propositions au débat.

Vous avez partagé l’affiche du meeting de clôture avec Ian Brossat. Les congressistes le proposent comme « tête de liste » pour les européennes. S’agira-t-il d’une liste communiste ? D’une liste de rassemblement ?
Nous avons dit que Ian serait le bon candidat pour conduire cette liste que nous voulons très large. Nous avons dit aussi que nous souhaitions poursuivre les discussions avec les forces de gauches et les acteurs de la vie sociale et syndicale sur une idée : on doit remettre en cause les traités libéraux. On a besoin d’un maximum de députés européens communistes qui, demain, refuseront d’inscrire dans le droit européen le pacte budgétaire qui est à l’ordre du jour de la prochaine session. J’ajoute que sur la question européenne nous avons été constants, depuis Maastricht on ne peut pas nous reprocher d’avoir virevolté, d’avoir changé d’avis trois fois. Les gens peuvent compter sur nous pour dire non à cette Europe de la finance et oui à une Europe des peuples et des nations souveraines, pour la coopération et le bonheur commun.

La volonté de faire d’Ian Brossat une tête de liste est une inflexion stratégique importante. Signe-t-elle l’impossibilité durable, pour vous, de travailler avec la France insoumise ?
Je n’y vois pas de changement stratégique, comme si le Parti communiste n’avait jamais présenté de candidats aux élections européennes, ce serait une première. Pour travailler avec la France insoumise, encore faudrait-il qu’elle ouvre les bras. Aujourd’hui elle reste sur une orientation semblable à celle des législatives.

Comment envisagez-vous l’échéance des municipales ?
Les municipales pour les communistes, c’est l’occasion de créer les plus beaux rassemblements de personnes qui savent se retrouver dans la diversité de leurs opinions, pour défendre ensemble un projet local. On a 7 000 élus, beaucoup dans les communes, reconnus dans leur travail de proximité. L’objectif c’est de préparer ville par ville cette échéance dès maintenant en tenant compte des réalités locales, des contextes politiques, pour faire gagner nos idées. Les communes sont nées de la Révolution, ce sont les sentinelles de la démocratie et de la République française. Elles sont méprisées par Emmanuel Macron et le gouvernement. C’est honteux ! On se bat pour qu’elles aient les moyens de répondre aux besoins des gens.

Qu’est-ce que signifie pour vous le Parti communiste du XXIe siècle ?
C’est un parti communiste qui a la tête dans les étoiles et les pieds ancrés dans la glaise. Un parti qui doit créer l’espoir d’un changement de société, inventer un nouveau modèle social et écologique qui place l’homme et la planète au centre. Un parti dans les luttes, dans l’action avec les gens. Un parti qui doit prendre notre peuple tel qu’il est avec ses excès, avec ses contradictions mais surtout avec tout ce qu’il a de fort, de puissant.

Propos recueillis par Léo Purguette 
Article tiré de la Marseillaise  le 27 novembre 2018

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