«Macron est resté sur sa ligne, on va rester sur la nôtre», répondent les «gilets jaunes»

En Bretagne et à Nice, les «gilets jaunes» restent mobilisés après le discours d’Emmanuel Macron, loin de les avoir convaincus.

Ils restent sur leur faim. Alors qu’ils s’attendaient à des annonces sur des baisses de taxe, les «gilets jaunes» rencontrés par Libération ne sont pas satisfaits par le discours d’Emmanuel Macron et restent mobilisés, de la région rennaise à Nice.

Pour les Bretons, «il aurait fallu des avancées concrètes sur la pression fiscale»

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Emmanuel Macron n’a pas convaincu les gilets jaunes bretons. «Il n’y a eu aucune annonce, estime Benoît Rotrou, chauffeur routier, l’un des porte-parole du mouvement dans la région rennaise. Mais on s’y attendait. On n’espérait pas qu’il nous ait entendus réellement. La question du prix du carburant est symbolique et des mesures pour limiter la hausse des taxes en fonction des cours mondiaux ne répondent pas à ce qu’on attend. Il aurait fallu des avancées concrètes sur la pression fiscale. Il nous donne rendez-vous dans trois mois, mais est-ce que ce n’est pas pour calmer le jeu ? Il est resté sur sa ligne, on va rester sur la nôtre. Seul le ton a changé, la manière de parler, pas le fond. Ce qui me fait peur c’est que certains se radicalisent.»

Jérémy, 29 ans, agent de sécurité, investit dans la coordination du mouvement, est lui aussi resté sur sa faim. «Le monologue a été le même que d’habitude. Il ne change pas de cap. Ce ne sont que des mots de politicien. Il n’y a pas d’annonce claire, dénonce-t-il. Il parle à sa manière et une partie des gens ne le comprennent pas. Il devrait être plus franc, plus direct, ne pas y aller par quatre chemins. Vraiment parler au peuple. La suppression de la hausse des taxes sur le carburant serait déjà une annonce que tout le monde pourrait comprendre. Il n’a pas reparlé non plus de la taxe d’habitation. Cette année je m’attendais à une baisse de 30% et elle a augmenté de 200 euros. Vouloir rencontrer des porte-parole du mouvement, c’est positif. Mais ça arrive trop tôt. Il faut nous laisser le temps de nous organiser.»

Une assemblée générale des gilets jaunes de la région rennaise est prévue mardi soir pour désigner des «porte-parole officiels», des personnes chargées des réseaux sociaux, des relations avec la presse, des ressources matérielles du mouvement et des actions à mener.

A Nice, «Macron est hermétique à la souffrance des Français» 

Céline a fait le choix de «boycotter Macron». Mardi matin, cette gilet jaune n’a ni regardé ni écouté le discours du président de la République. Elle n’a pas non plus lu les déclarations sur internet. C’est sa mère qu’il l’a appelée pour lui faire un petit topo. Elle lui a transmis l’idée générale : Emmanuel Macron assure «entendre les protestations d’alarme sociale»«Selon moi, il vit dans un autre monde. Il y a une différence entre écouter et comprendre. Je pense qu’il entend notre brouhaha parce qu’il ne peut pas faire autrement. Mais qu’il n’écoute pas ce qu’on dit, estime-elle. Il est hermétique à la souffrance des Français.» Active sur les réseaux sociaux et mobilisée sur le terrain, Céline aurait forcément été déçue. La Cannoise de 38 ans, salariée dans l’aide à la personne, ne demande qu’une seule chose : la démission d’Emmanuel Macron. «Soit on gagne totalement soit on se battra jusqu’au bout, dit-elle. On ne demande pas simplement un effort, on veut la destitution du président de la République. On sera satisfaits le jour où la politique sera faite par le peuple, avec des référendums. C’est le moment de trouver un plan B.»

Le «plan B» de Cyril est différent. «Faire une transition écologique, c’est bien, punir le peuple l’est beaucoup moins, réagit le Niçois après l’allocution d’Emmanuel Macron. Ce que j’attendais, c’est la suppression de la taxe sur les carburants. Et l’annonce d’un prêt à taux zéro pour aider à l’achat d’une voiture électrique.» Cet étudiant en droit de 22 ans a placé un gilet jaune sur son tableau de bord «dès le début du mouvement, il y a trois mois» : «Tous ces discours, ça ne sert à rien. J’écouterai un président le jour où il ira à la pompe mettre de l’essence dans sa voiture, le jour où il paiera les factures d’électricité de l’Elysée, le jour où il enverra un chèque aux impôts.» Ce n’est donc pas cette prise de parole qui contentera ces gilets jaunes de la première heure. Ni qui apaisera leur mouvement. «Plus Macron parle, plus les gilets jaunes sont motivés», projette Céline. La Cannoise, qui s’attelle à «fédérer les villes de la Côte-d’Azur entre elles», annonce encore des actions sur le terrain dès la fin de semaine.

Photo : AFP – Damien Meyer
Pierre-Henri Allain, correspondant à Rennes et
 Adèle Sifaut, correspondante à Nice
Article tiré de Libération  le 28 novembre 2018

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