A Paris, Ruffin rêve de «bobos» en gilets jaunes

Le député de la Somme, qui a organisé un petit meeting sur la place de la République, a demandé à «la classe intermédiaire, celle qui a le choix de se ranger derrière qui elle veut» de rejoindre le mouvement dans la rue, afin de «bloquer le quinquennat» de Macron.

Jeudi soir, la révolution n’a pas eu lieu sur la place de la République. Le réveil a été frais pour les organisateurs de Nuit debout, rebaptisée La fête à Macron. Monté à la va-vite en moins d’une semaine, notamment par François Ruffin, l’événement, qui a réuni un peu plus de 500 personnes, a affiché des objectifs précis : mettre en mouvement les militants de la capitale afin de filer un coup de main aux «gilets jaunes» pour grossir les troupes, et affaiblir le pouvoir. Le plan est mignon sur le papier, une autre histoire sur le terrain.

Comme souvent dans ce genre de soirée, le député de la Somme attire les lumières : curieux, presse et admirateurs. Comme toujours, il garde le micro un peu plus que les autres. François Ruffin s’imagine en «passerelle» entre le monde rural et les grandes villes : «Mon rôle est d’éviter le mépris réciproque entre les gilets jaunes et les métropoles.» Dans un silence d’hiver, il donne un cours d’histoire à la foule tassée sur la place : «Cette ville a son histoire, malgré la gentrification, malgré l’embourgeoisement. Paris s’est soulevée en 1789, elle s’est soulevée en 1871, en 1936, en 1945 à la Libération et pendant mai 1968.»

Trop belle

Sur la place de la République, François Ruffin s’est pointé avec des arguments à la pelle. Selon lui, les «gens» qui restent en dehors de la «lutte, dans l’inaction» roulent de fait pour Emmanuel Macron. «Vous appartenez à la classe intermédiaire, celle qui a le choix de se ranger derrière qui elle veut», dit-il avant de rappeler les priorités de la bataille : «Rendre l’ISF et supprimer la taxe sur le gazole.» L’agitateur file des conseils aux militants de la capitale pour rafler la mise : organiser des apéros dans les lieux de pouvoir, genre devant les ministères ou l’Assemblée nationale, et participer aux différentes manifestations en compagnie des gilets jaunes, qui luttent contre la hausse des taxes sur le carburant à laquelle se sont greffées un tas de revendications.

Paris, le 28 novembre 2018. Place de la République. Assemblée publique de la fête à macron pour s'accorder à rejoindre le mouvement des gilets jaune. COMMANDE N° 2018-1600Photo Boris Allin. Hans Lucas

Samedi, le député de la Somme se rendra sur les Champs-Elysées, comme le chef des parlementaires insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Il demande aux présents et à tous ses amis sur les réseaux sociaux d’en faire autant. Le dispositif de sécurisation s’annonce énorme. A en croire France Bleu, plus de 4 000 CRS seront déployés dans la capitale. Quoi qu’il arrive, les insoumis et Ruffin seront sur le bitume pour accompagner les gilets jaunes. L’occasion est trop belle pour l’opposition. Pas moyen de rater la fête.

«Course»

Présent jeudi soir sur la place de la République, Alexis Corbière est resté en retrait. Face à la presse, il a tenté de mettre un terme à la petite musique qui tourne, celle qui met en compétition François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon. Le député de La France insoumise a félicité Ruffin pour son initiative, un «bon point de départ», souffle-t-il. A l’image de nombreux insoumis et dirigeants de l’opposition, Alexis Corbière a l’air heureux face à la rébellion de «gens qui ne se résignent pas, des gens qui se sentent humiliés civiquement». Mais il le sait, ce «bouillonnement peut bien ou mal finir».

Le député de Seine-Saint-Denis ne cache pas une des réalités politiques du moment : une course s’est engagée entre sa famille politique et «l’extrême droite» afin de tirer une majorité de gilets jaunes, mouvement illisible et inclassable, du bon côté de la force. François Ruffin est sur la même longueur d’onde. C’est pour cette raison qu’il s’est lancé dans cette course folle, celle de convaincre les bobos, «les éduqués des grandes villes» de rejoindre «la lutte» afin de faire pencher la balancer du bon côté idéologiquement, et arracher «la victoire». Pour le trublion et fondateur du journal Fakir«ce n’est pas seulement le prix de l’essence mais le blocage du quinquennat de Macron» qui se joue.

Photo : Boris Allin/Hans Lucas
Rachid Laïreche 
Article tiré de Libération  le 30 novembre 2018

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