Gaudin – Une fin de règne qui tourne au désastre

Municipalité. Une information judiciaire vient d’être ouverte pour homicide involontaire suite au drame de la rue d’Aubagne à Marseille. La Ville pourrait être la cible principale des investigations tant sa responsabilité est engagée. Tout un système municipal sur la sellette.

Après la fureur de la rue, la municipalité marseillaise va-t-elle à nouveau constituer une cible ? Pour la justice cette fois. L’ouverture d’une information judiciaire pour « homicides involontaires » aggravés « par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité » pourrait bien faire s’écrouler un système municipal déjà largement décrié. Système qui ne date pas de l’ère Gaudin, mais que les événements récents ont brutalement mis en lumière. Des rapports d’experts alertaient depuis des années sur le péril qui planait sur les habitants faute de réhabilitation sérieuse de centaines de logements insalubres. Au pourrissement volontaire de certaines situations dégradées viennent s’ajouter le trouble quant aux intérêts particuliers, une usure manifeste du pouvoir et une coupure devenue béante entre le peuple marseillais et ses dirigeants politiques. Les derniers projets municipaux en attestent. De la requalification de la rue de la République, voie désormais presque désertée, à la réfection de la place Jean-Jaurès à la Plaine, qui a soulevé l’indignation, le divorce dans la douleur entre Marseille et ses élites est acté.

Usure et solitude du pouvoir

« La politique, c’est toute ma vie, je n’ai vécu qu’à travers elle. » Début septembre, en annonçant sa démission de la présidence de la Métropole, Jean-Claude Gaudin sait qu’il amorce le crépuscule d’une très (trop ?) longue carrière politique. Élu sans discontinuer au conseil municipal depuis 1965, il cumule plus de 120 ans de mandat. Conseiller municipal, maire depuis 1995, député, ministre, sénateur, président du conseil régional, conseiller général… pas un siège politique ne manque à son palmarès. Sans compter les hautes fonctions internes qu’il a occupées au sein de sa famille politique de droite (Démocratie libérale, UMP, LR). « C’est le mandat de trop », commence-t-on à chuchoter dans son propre camp. Alors que bon nombre de ses adjoints revendiquaient jusque-là avec fierté leur filiation. Seul et las, Jean-Claude Gaudin laisse les rênes opérationnelles du pouvoir à ses hommes de l’ombre. Claude Bertrand, directeur de cabinet, son adjoint Maurice Battin, le directeur général des services Jean-Claude Gondard et son adjoint Jean-Pierre Chanal compteraient parmi les éminences grises qui centralisent les décisions. Déni de réalité et coupure avec le peuple

Mais au-delà des individus c’est la vision politique qui révèle un décalage flagrant entre les aspirations de la population et les projets portés par la Ville. L’ère Gaudin est celle des grands projets vitrines, ceux qui claquent et qui changent l’image de la ville à l’extérieur : le Palais de la Glisse et de la Glace à la Capelette (une patinoire à 54 millions d’euros), la rénovation du stade Vélodrome, la Tour Méditerranée (dont la location de bureaux par les services de la Métropole pendant 12 ans va coûter 75 millions d’euros aux contribuables marseillais) ou la rénovation de la rue de la République. Cette artère haussmannienne qui relie le Vieux-Port à la Joliette, réhabilitée en 2004 dans le cadre du projet Euroméditerranée, incarne à elle seule l’échec de la stratégie de la Ville en manière de renouvellement urbain. La municipalité veut attirer des cadres sup’ en centre-ville et elle ne s’en cache pas. « Je ne souhaite pas que les 600 familles [à expulser avant évacuation, Ndlr] soient relogées sur place », assurait en 2004 sans ciller Danièle Servant, alors adjointe au maire chargée du logement. 14 ans après, le constat est sans appel.

Le commerce n’a jamais décollé, des panneaux « à louer » ornent aujourd’hui encore la grande majorité des locaux de la rue. Et pour cause, les logements, eux aussi, sont vides. « En 2016, on a répertorié 1 114 appartements vides », détaille Patrick Lacoste de l’association un Centre-ville pour tous, qui milite pour une réquisition de ces logements afin de reloger les évacués des taudis marseillais. Lors du dernier conseil municipal, Jean-Claude Gaudin a pourtant assuré : « La rue de la République, c’est mieux qu’avant. » Pour qui ? L’échec de cette réhabilitation plane sur le projet de requalification (pour un montant de 20 millions d’euros) de la place Jean-Jaurès à la Plaine. Déjà, l’impact sur le commerce se fait sentir. « J’ai perdu 40% de mon chiffre d’affaires depuis que le mur a été érigé », indique le gérant de la brasserie d’Ambrine située au bas de la place.

Jean-Claude Gaudin le répète, il est le maire « de tous les Marseillais ».

Deux poids, deux mesures

Et pourtant, le traitement politique de certains arrondissements infirme ses dires. La part de logements sociaux est à ce titre un indicateur flagrant des inégalités municipales. 8e arrondissement ? 7,6% de logements sociaux. Le 14e ? 43,7%… Noailles, où se situe la rue d’Aubagne, compte lui 4% seulement de HLM… Les double-casquettes de certains élus sèment également le trouble. Dernièrement, Bernard Jacquier, vice-président de la Métropole chargé de la commande publique et des appels d’offre, a démissionné de sa délégation à la Métropole après que La Marseillaise ait révélé qu’il était propriétaire d’un appartement insalubre à la Belle-de-Mai. Yves Moraine, maire des 6e et 8e arrondissements a aussi été avocat de plusieurs groupes de BTP tels que Vinci ou Dumez. Et les condamnations : Dominique Tian, premier adjoint, a été condamné en janvier dernier à 12 mois de prison avec sursis, 1,5 million d’euros d’amende et trois ans d’inéligibilité pour « déclaration mensongère de patrimoine » et « blanchiment de fraude fiscale ». Il a fait appel et conserve pour l’instant son poste. Ces faits ne peuvent que « nourrir la méfiance des citoyens envers ceux qui les représentent », expliquait ce jour-là la présidente du tribunal. Une méfiance qui n’a fait que croître depuis…

Article tiré de la Marseillaise  le 29 novembre 2018

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