Climat – Nouvelle COP sur fond d’alerte maximale

Concentration record en CO2, chaleurs extrêmes, recul des glaces : les derniers indicateurs du réchauffement montrent l’accélération d’un phénomène planétaire et disent l’urgence à agir, alors que s’ouvre la 24e conférence de l’ONU sur les changements climatiques.

Quelque 200 pays ont rendez-vous à partir de dimanche en Pologne pour la COP24, une rencontre de deux semaines pour tenter de donner du souffle à l’accord de Paris sur le climat. Car celui-ci est non seulement à la peine politiquement – avec le retrait des états-Unis et le refus du Brésil d’accueillir la COP25 – mais aussi à la traîne en regard des objectifs : cantonner le réchauffement climatique à 1,5°C ou 2°C d’ici la fin du siècle. En amont de cet événement, les rapports des scientifiques se sont multipliés. Et ils sont tous dans le rouge.

1. Les émissions de gaz à effet de serre toujours à la hausse.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES, notamment le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d’azote) – facteur déterminant du réchauffement climatique – ont atteint des records en 2017 et 2018 s’annonce sur la même tendance. En 2017, elles ont atteint le niveau historique de 53,5 gigatonnes (Gt) équivalent CO2, soit 0,7 Gt de plus qu’en 2016 a prévenu l’Agence internationale de l’énergie. Or, pour tenir l’objectif de 2°C, il faudrait que ces émissions soient à 40 Gt en 2030, ou à 24 Gt pour rester sous les 1,5°C. « L’écart entre le niveau actuel des émissions et le niveau nécessaire est plus grand que jamais », a commenté Philip Drost, coordonnateur du rapport annuel sur le sujet pour le programme environnement de l’ONU, le PNUE.

2. Des efforts qui ne sont pas à la hauteur.

Si certains pays – comme la Chine ou la Russie – semblent en mesure de respecter les engagements pris à Paris, ce n’est pas le cas de nombreux autres. Dont l’Union européenne qui, du coup, crie au scandale. Sa contestation s’appuie sur le fait qu’elle a augmenté ses objectifs de réduction des émissions de CO2 à partir de 2030 (de 20 à 40%) et de part de renouvelable dans la consommation énergétique (de 20 à 27%). Mais le rapport du PNUE met surtout en lumière que s’engager et faire est différent.

Passer à l’acte est donc déjà difficile et le PNUE a, de plus, montré que les engagements pris ne sont pas à la hauteur. Si rien ne change, « la température risque d’augmenter de 3 à 5°C d’ici la fin du siècle » , prévient Petteri Taalas, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Le PNUE affirme que pour relever le défi, les pays doivent multiplier leurs engagements par trois pour atteindre le scénario à 2°C et par cinq pour atteindre celui à 1,5°C.

à noter aussi que le Giec a montré, dans un rapport publié en octobre, qu’il y a de nettes différences d’impacts entre un réchauffement de 1,5°C et de 2°C. Les conséquences sur la montée des eaux, la fonte de glacier, la disparition d’espèces… seraient bien moins dramatiques à 1,5°C. Et cela permettrait non seulement aux sociétés de s’adapter plus facilement mais aussi d’éviter des changements irréversibles.

3. Un réchauffement déjà à l’œuvre.

Alors que les 22 dernières années comptent les 20 années les plus chaudes jamais enregistrées, les quatre dernières caracolent en tête de liste a alerté l’OMM jeudi dernier. 2018 devrait ainsi figurer au 4e rang des plus chaudes jamais enregistrées. Une année 2018 qui a également connu son lot de conditions météorologiques extrêmes, autre caractéristique majeure du réchauffement. Elle a ainsi recensé 70 cyclones contre 53 en moyenne habituellement dans la zone pacifique. L’Europe a, elle, été confrontée à l’une des vagues de froid les plus marquantes de ces dernières années, en février-mars, avant de passer à une chaleur et sécheresse exceptionnelles, provoquant des inondations sans précédent. Aux états-Unis, la Californie victime de sécheresse chronique depuis plusieurs années, a été frappée par de violents incendies, dont « Camp Fire » en novembre, et ses, au moins, 85 morts.

4. Les conséquences économiques déjà énormes.

à l’occasion de cette COP24, deux manières de voir les choses ont été présentées. Le coût énorme que représente déjà le réchauffement climatique. L’ONU affirme ainsi qu’entre 1998 et 2007, les pertes liées aux catastrophes naturelles s’élèvent à 2 908 milliards de dollars, soit 2,2 fois plus qu’entre 1978 et 1998. Les tempêtes ont ainsi causé pour 1 330 milliards de dollars de dégâts, les inondations 656, les feux de forêts 68…

Le gouvernement américain s’est, lui, concentré sur l’impact sur l’activité économique pour prédire que le réchauffement climatique allait « provoquer des pertes qui pourraient atteindre des centaines de milliards de dollars dans plusieurs secteurs d’ici la fin du siècle ». « Je n’y crois pas ! », a immédiatement rétorqué Trump, avouant l’avoir lu « un peu ».

5. Un espoir malgré tout.

« Nous sommes la première génération à bien comprendre les changements climatiques et la dernière à pouvoir contrer les conséquences », martèle Petteri Taalas de l’OMM. Car malgré ces rapports très inquiétants, les experts de l’ONU affirment qu’il est encore possible de relever le défi en changeant nos modes de vie, les systèmes énergétiques et les réseaux de transport.

Ils précisent également qu’on ne pourra faire l’impasse sur des systèmes de captation de carbone. Mais ils privilégient les techniques naturelles (forêt, océan, sous-sols…) et invitent à la circonspection quant aux nouvelles technologies en cours de recherche qui peuvent parfois flirter avec des méthodes d’apprentis sorciers. Ainsi celles consistant à injecter de minuscules particules réfléchissantes dans la stratosphère pour imiter, à temps plein, l’impact temporaire des cendres volcaniques sur la température mondiale après une éruption.

Photo : AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 2 décembre 2018

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