Le système Macron en panne

Le président Emmanuel Macron est resté muré dans le silence, hier, au lendemain de manifestations de gilets jaunes émaillées de violences et de scènes de guérillas urbaines, notamment à Paris. Mais la réponse à la profonde crise sociale et politique ne peut être sécuritaire. Le cap doit profondément changer. Or, le chef de l’état ne le veut pas. D’où l’impasse.

Les chiffres font froid dans le dos : 412 personnes interpellées, 378 placées en garde à vue, 133 blessées rien qu’à Paris et 263, au total, dans toute la France. Le bilan humain des manifestations de ce samedi est lourd. Trop lourd. Comme sidéré, Emmanuel Macron est resté muré dans le silence.

Dimanche, à peine rentré d’Argentine où il est allé faire de la figuration au sommet du G20 (lire nos informations page 12), le chef de l’état est allé constater les dégâts dans la capitale notamment à l’Arc de Triomphe dont l’intérieur a été saccagé par des casseurs, samedi.

Il a, dans la foulée, présidé une réunion de crise à laquelle ont participé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, son secrétaire d’Etat Laurent Nuñez et le ministre de la Transition écologique François de Rugy. Des réponses aux questions sont nécessaires. à celles des gilets jaunes en premier lieu. Mais aussi sur la sécurité des manifestations et des rassemblements. Car miser sur l’essoufflement de cette colère est un leurre. Macron a chargé le Premier ministre Edouard Philippe de recevoir, à partir d’aujourd’hui, les chefs des partis politiques et une délégation de gilets jaunes. « Il était temps ! » a réagi Fabien Roussel, le nouveau secrétaire national du PCF.

D’après l’Elysée, la restauration de l’état d’urgence n’a pas été évoquée hier. Mais face à un « climat insurrectionnel », comme ils le qualifient, plusieurs syndicats policiers ont demandé, dès samedi, l’instauration de l’état d’urgence. Alliance réclame ainsi le « renfort de l’armée pour garder les lieux institutionnels et dégager ainsi les forces mobiles d’intervention ».

Le gouvernement n’a pas exclu de recourir à ce régime d’exception notamment mis en place après les attentats terroristes de Paris de 2015 ou après les émeutes urbaines de novembre 2005. Et qui fut créé pendant la guerre d’Algérie.

« Tout ce qui permettra de sécuriser plus, moi je n’ai pas de tabou », a déclaré Christophe Castaner, dans le rôle du pompier pyromane. « Toutes les options doivent être étudiées », a estimé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. La ministre de la Justice a temporisé mais le doute est là.

La Ligue des droits de l’Homme rejette ce scénario. « On ne répond pas à une crise sociale en limitant les libertés publiques », a assuré l’ONG.

Les raisons de la crise prennent leur source dans une politique antisociale qui touche les classes populaires et les classes moyennes. Depuis son élection, Emmanuel Macron mène un train de reformes ultra-libérales. Ses cadeaux fiscaux aux classes riches n’ont pas échappé à cette France invisible qui fait irruption. De nouveaux appels à manifester sont lancés sur les réseaux sociaux pour le samedi 8 décembre.

L’exécutif est en panne, bloqué par une conception autoritaire du pouvoir. Il paie cash sa méthode de fausse concertation notamment avec les syndicats mis devant le fait accompli. Le président Macron ne veut pas changer de cap. Mais son système touche ses limites.

Photo AFP
Françoise Verna avec AFP
Article tiré de la Marseillaise  le 3 décembre 2018

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