Monsieur Macron, entendez l’appel du peuple

Réforme institutionnelle, revenu et service civique universels, pacte fiscal… le médecin urgentiste engagé auprès des populations syriennes et des réfugiés, Raphaël Pitti, prône un nouveau contrat social centré sur un développement économique respectueux de l’écologie.

Tribune. Il y a un temps pour tout et un temps pour chaque chose.

Ce qui compte désormais, c’est agir. Le président de la République s’adresse à la nation. Son crédit est en jeu, le sort du pays est entre ses mains.

La France traverse en ce moment une époque rugueuse. Des revendications sociales, enfouies depuis des années (justice sociale, modèle de répartition de la richesse produite, égalité fiscale), dans un contexte économique de ralentissement global de la croissance et dans une société économiquement libérale qui érige la consommation en veau d’or à l’orée d’une révolution numérique dont les premières conséquences sont l’apparition de nouveaux modes d’échanges (société dite fluide dans laquelle l’horizontal l’emporte sur le vertical et donc sur le jupitérien) et font apparaître un réel décalage avec des pratiques institutionnelles et politiques qui remontent désormais à soixante ans, font craindre le pire.

Le pire c’est l’émergence d’une contestation de la République et de la représentation politique. Le pire, c’est l’ignorance des contextes dans lesquels la France évolue désormais, c’est-à-dire la mondialisation des flux (personnes, capitaux, marchandises) et des enjeux sous la menace de la fin de l’anthropocène. Les diagnostics sont posés, les analyses sont faites. Reste à être à la hauteur des défis de l’histoire.

Misère sociale

Le pire serait aussi d’ignorer l’expression de la misère sociale ou du malaise sociétal sous prétexte qu’elle serait mal portée ou récupérée. Il faut entendre ce que disent les gens, le comprendre et en tenir compte. C’est à ce seul prix que le politique est légitime pour combattre la violence avec laquelle ces doléances s’expriment.

Dans son message à la Nation, le Président doit s’adresser au peuple et non pas à des catégories, ne rien nier des difficultés, des erreurs. Non pas pour lui délivrer un message démagogique mais pour annoncer un tournant.

Nombreux sont désormais les intellectuels et les acteurs dits de la société civile qui tentent de faire coïncider leurs efforts dans des mouvements, de concrétiser leurs réflexions ou de fédérer l’organisation de manifestations diverses. C’est sur ce terreau que se formalise la possibilité de futurs.

C’est un programme qui doit désormais être mis sur la table qui permette de dépasser le sempiternel rétablissement des finances publiques sous le carcan du respect sacro-saint des 3% de déficit budgétaire. Cela nécessite une négociation européenne et l’engagement des forces vives de nos élites dans des batailles plus prometteuses pour l’avenir que celles liées au Brexit qui accaparent depuis deux ans toute l’énergie de l’Union.

De Cyril Dion (appel pour créer ensemble une société où la survie de tous est plus importante que les profits de quelques-uns) à Raphaël Glucksmann, que j’ai rejoint pour mettre au service du développement du mouvement qu’il a initié mon expérience d’élu, de médecin engagé et d’acteur social, des propositions se font jour pour la définition d’un nouveau contrat social : réforme institutionnelle, revenu et service civique universels, délimitation claire entre l’intérêt public et les intérêts privés, définition d’un pacte girondin et d’un pacte fiscal, politique européenne centrée sur un développement économique respectueux de l’écologie.

Renaissance démocratique

L’appel que j’ai adressé au président de la République sur l’accueil des migrants doit être complété par la définition de projets compréhensibles par les citoyens, associés à des calendriers de réalisation et intégrateurs afin que ces derniers deviennent les acteurs de la transformation qui s’impose aux pays et à nos voisins.

Les élections européennes offrent l’occasion de définir un projet, d’envisager un horizon, d’entraîner nos concitoyens dans une renaissance démocratique.

L’augmentation du pouvoir d’achat est le socle sur lequel l’exécutif devrait pouvoir être en mesure d’asseoir une nouvelle impulsion et à partir de laquelle le pouvoir législatif, dont la composition pourrait être enrichie par l’association des citoyens au sein d’assemblées participatives, serait à même de voter un programme d’actions aux conséquences concrètes et respectueuses d’un projet d’avenir. Aux députés européens, enfin, engagés aux côtés du Conseil des chefs d’Etats et de gouvernements, la tâche de redéfinir un sursaut économique et écologique à l’échelle du continent. Tout cela est possible.

Du Général de Gaulle à Jean Moulin, en passant par Stéphane Hessel, Jean-François Deniau ou Simone Veil, les modèles sont connus de ceux qui surent braver les obstacles. Au président de la République et à nous de jouer pour écarter de ce moment si difficile les tentations insurrectionnelles et l’expression de la violence qui finissent toujours par manger ceux qu’elles érigent, le temps de défilés, en héros malheureux de leur cause.

Raphaël Pitti, médecin humanitaire, conseiller municipal délégué de la ville de Metz

Photo : Stéphane Lagoutte
Article tiré de Libération  le 10 décembre 2018
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