Espagne – Une hausse du salaire minimum pour calmer les ardeurs catalanes

Le chef du gouvernement socialiste a annoncé ce mercredi une hausse de 22 % du salaire-plancher. Une annonce forte qui vise à obtenir le soutien des partis indépendantistes catalans pour rester au pouvoir.

Sous la pression des gilets jaunes, Emmanuel Macron a – entre autres mesures – décidé d’augmenter le salaire minium interprofessionnel de 100 euros. Pris dans la nasse catalane, Pedro Sánchez s’est résolu ce mercredi à l’augmenter du double. En d’autres termes, le chef du gouvernement socialiste s’emploie ainsi à élever le salaire-plancher espagnol de 22 %, soit la hausse la plus consistante depuis 1977 : à partir du 1er janvier, il passera de 858 à 1 050 euros ; soit un déboursement de 340 millions d’euros pour les caisses de l’Etat. «Un pays riche ne peut avoir des travailleurs pauvres», a déclaré Pedro Sánchez qui évoque cette mesure depuis l’été dernier. Celle-ci a aussitôt été saluée par son rival politique, quoique actuellement son grand allié parlementaire, Podemos, par son chef de file Pablo Iglesias : «Il était temps que notre pays fasse un geste social, à la fois réel et symbolique, pour montrer qu’il se préoccupe des couches les plus défavorisées». Et un des porte-parole de cette formation de gauche radicale (la troisième de la Chambre des députés) de fustiger sur la chaîne publique RTV2 «l’indifférence sociale» de Macron, «une des causes de l’explosion contestataire des gilets jaunes, une rébellion que nous voulons éviter».

Si Pedro Sánchez n’a pas, lui, à affronter une pareille fronde, il doit faire face à une menace permanente de la part des indépendantistes catalans, au pouvoir dans la région, et dont les leaders les plus notoires se trouvent en prison, dans l’attente d’un jugement pour «rébellion» ou «sédition» contre l’Etat espagnol – une charge qui tient à l’organisation d’un référendum illégal et interdit le 1er octobre 2017. Sa décision de rehausser au plus vite le salaire minimum est directement liée à l’épée de Damoclès sécessionniste qui pèse au-dessus de son fragile mandat : avec seulement 84 députés, le chef du gouvernement est sur la sellette alors qu’il doit impérativement «boucler» sans tarder son budget annuel. Or, avec la féroce opposition de la droite (Parti populaire et Ciudadanos), le seul soutien en la matière des radicaux de Podemos lui est insuffisante : il lui faut l’appui des deux formations catalanes séparatistes, Esquerra (ERC) et PdeCat, le parti de l’ancien chef de l’exécutif régional Carles Puigdemont, réfugié en Belgique pour éviter les sanctions de la justice espagnole. Quant aux nationalistes basques du PNV, ils conditionnent leur vote du budget à l’assentiment des Catalans.

Mettre les indépendantistes au pied du mur

Les partis catalans approuvent théoriquement le budget à forte coloration sociale de Pedro Sánchez, mais à la seule condition que le pouvoir central se soumette à leur revendication incessante : la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne. Une requête relancée la semaine dernière avec insistance par Quim Torra, l’actuel chef de l’exécutif régional, au vu d’enquêtes d’opinion accordant une légère majorité en Catalogne aux partisans du divorce avec l’Espagne. Or, étant donné que le pouvoir socialiste ne peut accéder à une telle exigence, le blocage politique est total. «En décidant d’augmenter le pouvoir d’achat des couches populaires, Pedro Sánchez essaie de mettre les indépendantistes catalans au pied du mur afin qu’ils acceptent de voter son budget», souligne le site Infolibre. De manière stratégique, le chef du gouvernement officialisera la hausse de 22 % du salaire minimum lors du conseil des ministres du 21 décembre qui, une fois n’est pas coutume, aura lieu à Barcelone.

La conjoncture catalane pourrait être favorable au pouvoir central. Depuis une marche sociale à Barcelone, le 29 novembre, réunissant médecins, personnel sanitaire, professeurs et fonctionnaires administratifs, la région est sur les charbons ardents. Ces secteurs dénoncent des coupes claires dans les budgets de l’enseignement et de la santé depuis 2011, et réclament une amélioration de leurs conditions, notamment la récupération des heures supplémentaires non payées en 2013 et 2014. Les fonctionnaires de Catalogne étant les seuls des 17 régions espagnoles à ne pas avoir touché ce manque à gagner. A en croire le pouvoir socialiste, à Madrid, l’approbation du budget souhaité supposerait aussi la hausse des retraites pour 200 000 Catalans. En face, les indépendantistes emmenés par Quim Torra (qui a mis le feu aux poudres en se réclamant de la «voie slovène», une nation qui a obtenu son indépendance en 1991 dans le sang) rétorquent qu’en cas de sécession la Catalogne récupérera sa «souveraineté fiscale, et donc sociale». Si en janvier Pedro Sánchez ne réussit pas à arracher le soutien des séparatistes catalans pour l’approbation de son budget, il sera obligé d’annoncer des élections générales anticipées, certainement pour mai prochain.

Photo : AFP – Patricia de Melo Moreira
François Musseau 
Article tiré de Libération  le 12 décembre 2018

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