« La lutte ne doit pas se cantonner aux ronds-points »

Dans les rangs de la CGT et d’autres organisations syndicales qui ont appelé à manifester vendredi, l’idée d’une convergence avec les gilets jaunes et toutes les autres luttes pour « une vraie révolte sociale » a fait son chemin. 

A la veille de l’acte V, vendredi, les rues de Paris résonnaient déjà de slogans pour l’augmentation des salaires avec la manifestation initiée par la CGT, aux côtés de la FSU, de Solidaires et de l’Unef. Parmi les 15 000 personnes qui ont défilé entre République et Nation, Didier, délégué syndical CGT dans une entreprise du bâtiment, explique qu’il « regarde attentivement » le mouvement des gilets jaunes et relève nombre de revendications communes. Au départ, pourtant, le syndicaliste était « un peu réticent car le mouvement était hétéroclite, y compris avec des petits patrons qui ne veulent payer ni impôt ni cotisation – avec ça, à la fin, la facture est pour nous. Et puis il y a une frange d’extrême droite ». Si, depuis le mouvement a un peu changé de physionomie à ses yeux, « il ne faut pas que la lutte se cantonne sur les ronds-points, il faut que les revendications soient portées dans les entreprises », insiste-t-il, en dénonçant « l’enfumage de Macron » sur le Smic.
« Le seul moyen de se faire comprendre du gouvernement, c’est bloquer l’outil de travail, renchérit un peu plus loin dans le défilé Stéphane Petit, cheminot CGT de la gare Montparnasse. S’il n’y a pas de richesses produites, les capitalistes meurent, c’est ça qui peut faire céder les patrons. » Le syndicaliste exprime aussi quelques regrets : « On a lutté plus de trois mois pour le service public, on n’a pas vu grand monde nous soutenir ». Mais il n’est pas rancunier : «  Là, c’est l’occasion pour que les mouvements fusionnent et qu’il y ait une vraie révolte sociale », espère le cheminot.

« La plupart de nos revendications sont semblables »

Un peu plus tôt, avant que le cortège s’ébranle, Christophe et Jean-Claude attendent place de la République, leur gilet jaune sur le dos. « On est venu de notre propre initiative, parce que cette manifestation c’est pour les salaires, le coût de la vie. On veut aussi montrer qu’on peut être gilet jaune et manifester en commun avec d’autres organismes. On n’est pas d’accord sur tout, mais on a des idées qui se rejoignent », explique le premier. Ils ne sont pas très nombreux à revêtir la chasuble fluo, en dehors de celles siglées CGT, mais le signe est jugé encourageant. « Ces gens n’ont pas forcément de contacts avec les organisations syndicales car ils ne sont pas dans les endroits où on est le plus présent », souligne Roland, adhérent de Solidaires. Lui aussi apprécie que « désormais, le mouvement porte sur des revendications de justice sociale et de partage des richesses ».
Comme beaucoup de gilets jaunes, Julien Giraud, prof d’EPS à Paris et membre de la FSU, estime que  « les réponses (d’Emmanuel Macron – NDLR) ne sont pas à la hauteur et (que) nous ne sommes plus dans un Etat de droit ». Venu dans le cadre du mouvement déclenché par les lycéens pour l’éducation, il souhaite lui aussi la convergence des mobilisations. « C’est le but aujourd’hui. Après, pour l’instant, on manifeste vendredi, pas samedi », souligne-t-il. Quant à la défiance à l’égard des syndicats : « Est-ce que c’est parce que les gens ne se reconnaissent pas dans ce qu’on porte ? Est-ce dû aux mythes sur les syndicats véhiculés par les médias ? Il faut se poser ces questions parce que, quand on compare nos revendications, la plupart sont semblables », estime-t-il à son tour. « Macron a tout fait pour mettre les syndicats de côté », avance de son côté Françoise Boriath, de la CGT retraités. « Les gens ne croient plus en rien et, en même temps, il y a ce mouvement citoyen. Ils ont envie d’être entendus, de participer et de prendre leurs affaires en main. C’est un espoir », se réjouit-elle. Déjà, ajoute la syndicaliste, de premiers pas sont faits. Comme cette manifestation à l’appel de la CGT de Paris, samedi, le jour de l’acte V.
Julia Hamlaoui
Article tiré de l’Humanité  le 16 décembre 2018
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