Les raisons de la grève des cantines marseillaises

Parents et agents des écoles étaient rassemblés mardi devant l’hôtel de ville, unis par la même colère. Motif : 15 ans de mépris de la Ville pour les conditions d’encadrement des 77 000 enfants inscrits dans les 444 écoles marseillaises.

C’était chips et sandwiches pour tous au menu des écoles marseillaises mardi. Une fois encore, à plus de 200, les parents d’élèves de plus de 45 écoles et les agents territoriaux spécialisés des écoles et maternelles (Atsem) de Marseille ont exprimé leur ras-le-bol. Les « effets d’annonce » de la veille comme les flèches décochées par l’adjointe au maire Danièle Casanova (LR) à l’encontre des personnels pour diviser le mouvement, n’ont fait qu’attiser les foudres des manifestants, qui n’entendent pas lâcher le mouvement d’ici Noël.

Les drapeaux CGT, FSU, FO et Sud Solidaires sont brandis devant la mairie. Les « tatas », les surveillants, les parents et leurs enfants ont organisé un pique-nique très bruyant sous les fenêtres du maire, absent. Les demi-pensionnaires de 287 écoles étaient lundi encore privés de cantine pour faits de grève. Les parents souffrent. Or, « ce n’est pas pour le fun qu’on organise ce pique-nique » indique également une « tata ».

Dans les écoles maternelles, les Atsem passent 9 heures par jour avec les enfants dont 1h30 dans les classes. Elles surveillent la cour pendant la pause méridienne, s’occupent des enfants à la cantine, surveillent les toilettes et le dortoir, font le ménage des locaux. Ces personnels sont en moyenne 1 pour 50 en primaire et 1 pour 30 en maternelle selon FO, syndicat majoritaire, contre 1 pour 18 selon la Ville, qui ne prend pas les « congés de complaisance » en compte, dixit l’élue à l’éducation qui évoque une grève « sans fondement ».

« Les enfants ne peuvent pas être en sécurité dans ces conditions », estime Samira, Atsem à l’école Jean-Jaurès. « Nous travaillons dans le bruit et le stress permanent de mal faire. Les petits sont conditionnés à aller vite. On a 45 minutes pour les faire manger. Imaginez quand il y a un régime spécifique à respecter… » Et l’état de délabrement des écoles qui n’est plus à prouver, ajoute au malaise. « On vit avec les rats dans les cuisines, à Canet Larousse, on a trouvé des crottes dans le four, témoigne un autre agent, on manque de personnels. A Sacoman, c’est un agent de maîtrise qui fait la surveillance ». Les fournitures font aussi défaut : « Au point que pour ceux qui ont encore des couches, on doit les changer sur une serviette à même le sol ».

Un problème qui se répète depuis 15 ans

Le problème est plus que récurrent à Marseille. Et les annonces faites lundi pour désamorcer la colère n’ont pas eu l’heure de convaincre. Pas même les parents qui craquent : « Voilà bien 15 ans que c’est la même histoire. On n’en sort pas », constate Annie, qui vit elle cette situation depuis 8 ans. Avec l’association Les Loustiques, les parents de Sainte-Anne ont pris un avocat. Car « enfin, un encadrant pour 100 enfants dans la cour, c’est invivable. Pour les travailleurs, pour les enfants et pour les parents. Et la mairie tente de nous diviser au lieu de répondre sérieusement aux besoins ».

Même sentiment pour Frédérique, dont les enfants sont scolarisés à Chateau-Gombert : « C’est pas facile d’expliquer à un patron qu’on doit s’absenter tous les jours pour aller faire manger ses enfants dans une voiture ». Ces parents ont beau s’organiser, ils se voient confier leurs bambins « à d’autres gens qu’on ne connaît pas et dont ce n’est pas le métier ». Dans ce groupe scolaire, une vingtaine d’enfants ont été ainsi déscolarisés : « Les parents les ont envoyés en vacances anticipées chez les grands-parents. On risque la perte de notre poste pour défendre le poste des tatas et le droit à des conditions d’éducation normales pour nos enfants », précise cette maman.

Lancé la semaine dernière dans les écoles par la CGT pour les effectifs et les rémunérations le mouvement a été suivi par FO, la FSU, et Sud Solidaires et s’est étendu aux crèches et promet de durer jusqu’à Noël. Hier, 287 cantines étaient fermées contre 82 ouvertes pour les enfants qui apportent leur casse-croûte et seulement 75 servaient des repas chauds.

La municipalité estime que le mouvement est né de sa décision de porter le temps de travail à 1 607 heures annuelles, après que la chambre régionale des comptes et le parquet financier l’ait épinglée à ce sujet. Les syndicats dénoncent quant à eux la réalité et la pénibilité du travail avec un des quotas de surveillance les plus faibles de France.

Mais quelle autre commune souffre de grève des cantines de manière aussi récurrente depuis plus de 15 ans ? La politique municipale marseillaise a quelque chose d’unique. La Ville a déjà commencé à s’organiser au cas où les cantines ne rouvriraient pas en janvier.

Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 20 décembre 2018

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