Saleh Muslim - « Daech n’a pas été vaincu au Nord de la Syrie »

À l’exception de Poutine, le retrait des troupes américaines de Syrie décidé par Trump provoque la consternation, y compris dans son propre camp. Le chef du Pentagone Jim Mattis a ainsi démissionné avec fracas, insistant sur la nécessité pour les États-Unis de « traiter les alliés avec respect ».

Le « lâchage » américain place en effet dans une situation compliquée d’autres pays qui ont aussi misé, comme la France, sur les Kurdes pour vaincre l’état islamique (EI) et couper court à ses projets d’attentats planifiés depuis la Syrie. Des représentants de la coalition arabo-kurde en Syrie sont d’ailleurs venus à Paris vendredi demander un « soutien diplomatique et militaire ». Ils veulent notamment que Paris fasse « pression sur la Turquie pour qu’elle arrête ses menaces », précisant que les Kurdes pourraient devoir renoncer à combattre les jihadistes en cas d’offensive turque.
(Saleh Muslim est le représentant de la Fédération de Syrie du Nord.)

La Marseillaise : Quels sont vos commentaires à la décision de Trump de retirer ses troupes de Syrie et du Rojava ?

Saleh Muslim : Il a dit que l’EI avait été vaincu.Ce n’est pas vrai. L’EI existe toujours et dans de nombreux endroits la guerre continue. Il n’est donc pas approprié de se retirer dans une période comme celle-ci. En effet, ce retrait donnera l’occasion à Daech de se raviver.

La presse a qualifié ce retrait de trahison envers les Kurdes, qu’en pensez-vous ?

S.M. : Pour parler de trahison, il aurait fallu des décisions écrites et officielles, ce qui n’est pas le cas. Nous combattions déjà l’EI avant l’arrivée des États-Unis et des forces de la coalition et nous continuerons à les combattre après qu’ils se soient retirés. Peu importe de qui provient l’attaque, nous défendrons notre population et nos acquis. Les États-Unis et la coalition sont venus pour défendre leurs propres intérêts. Nous avons toutefois agi ensemble et cette association a fait reculer l’EI d’une manière importante.

Comment envisagez-vous la période qui s’ouvre ?

S.M. : Elle va être difficile. On sait que la Turquie menace le Rojava.Si elle attaque, la population va lutter pour se défendre. Ce qui signifie aussi que le nombre de soldats combattant l’EI deviendra insuffisant. Ceci convient cependant au gouvernement turc puisqu’Erdogan veut protéger l’EI en attaquant les Kurdes.

La Turquie a-t-elle un rôle dans la décision de retrait des États-Unis ?

S.M. : Les États-Unis ont récemment signé un contrat de vente d’armes s’élevant à 3.5 milliards de dollars avec la Turquie.Dans les circonstances actuelles, une telle décision donne à réfléchir. Par ailleurs, nous ne savons pas ce qui a été discuté en secret. Des calculs ont manifestement été faits sur la Syrie et la situation s’éclaircira dans les jours qui viennent.

Après la décision de retrait des États-Unis, la France a déclaré ne pas retirer ses soldats, présents dans la coalition militaire de lutte contre l’EI et assuré qu’elle travaillerait pour la sécurité du Nord de la Syrie. Des commentaires ?

S.M. : Ce que nous appelons la coalition est composé de 67 états. Certains pays combattent l’EI avec des forces au sol et certains déploient leurs forces en appui aérien.Il est compréhensible que certaines de ces forces veuillent rester sur scène. Beaucoup de pays savent que les États-Unis ont pris une mauvaise décision, que la lutte contre l’EI n’est pas terminée et que leur retrait engendrerait l’anarchie et le chaos. Nous trouvons les annonces, en particulier de la France, positives et nos amis sont en contacts avec le gouvernement.

Après la dernière action de retrait des États-Unis, l’assemblée démocratique syrienne (le Rojava) pourrait-elle se rapprocher de l’État russe ?

S.M. : Nous sommes toujours ouverts au dialogue. Nous avions des avis et nous pourrions en avoir encore. Par le passé, l’assemblée démocratique syrienne qui représente le Nord de la Syrie et le Rojava, a entrepris beaucoup de pourparlers avec la Russie et le gouvernement syrien. Ces dialogues ont parfois été constructifs, et parfois ils ont été interrompus. Notre volonté est de trouver une solution en Syrie par le dialogue, par des voies démocratiques.

Photo LM
Entretien réalisé par Umut Akar
Article tiré de la Marseillaise . le 26 décembre 2018

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