1 600 personnes délogées, 33 218 logements vides !

Alors que l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et plusieurs collectivités s’engagent dans la remise en location de logements vacants, focus sur la situation marseillaise. Depuis le 5 novembre plus de 1 600 sinistrés sont toujours hébergés à l’hôtel.

Les logements vides ne sont pas une fatalité. C’est en somme la conclusion du guide du logement vacant publié conjointement par l’Agence nationale pour l’Habitat (Anah) et l’Eurométropole de Strasbourg, que La Marseillaise a consulté en avant-première.

La simple existence de ce guide démontre la volonté de certaines collectivités locales d’en finir avec les logements vacants sur leur territoire. Les Métropoles de Strasbourg ou de Lille ont su réduire la vacance de certains bâtiments et les mettre à disposition des personnes dans le besoin. Aux yeux des services fiscaux, un logement est considéré comme vacant après un an d’inoccupation.
Qu’en est-il à Marseille ? Selon le dernier décompte effectué par l’Insee en 2015, la ville comptait 33 218 logements vacants. Avec près de 24 700 demandes de logements sociaux en souffrance à Marseille en 2016 et au moment où plus de 1 600 évacués après le drame de la rue d’Aubagne sont toujours hébergés à l’hôtel, le nombre de logements vacants résonne cruellement.

« Parmi ces logements, beaucoup sont insalubres », tempère Patrick Lacoste d’un Centre-Ville pour Tous. Une spécificité locale. « En Paca, 26 % des logements vacants depuis plus de trois ans sont potentiellement insalubres contre 6 % pour ceux vacants depuis moins d’un an », relevait la Fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel sur le mal-logement publié en janvier 2018. Combien seraient mobilisables rapidement ? « On peut raisonnablement estimer qu’au moins 10 000 sont utilisables », pointe Patrick Lacoste. En 2016, l’association dénombrait 1 100 logements vides sur la seule rue de la République (lire La Marseillaise du 26 décembre). « Même chose boulevard des Dames… Avec 12 000 personnes à la rue à Marseille, c’est un non-sens. Il y a quelque chose qui ne va pas », soupire Sébastien Regnault, un des porte-parole du Droit au Logement (DAL).

Manque de mesures coercitives

Pourtant, les solutions pour remédier à la vacance existent. Dans leur guide du logement vacant en forme de mode d’emploi, les auteurs préconisent la mise en place d’un diagnostic précis du nombre de logements vides. Première étape en vue d’une remise sur le marché locatif de ces biens. Une fois le diagnostic connu, reste à pousser les propriétaires à remettre leur bien en location. Depuis quelques années, les pouvoirs publics ont multiplié les mesures incitatives à destination des bailleurs : aides financières à la rénovation de l’Anah, accompagnement juridique, garantie des loyers, etc…

Mais aussi des mesures coercitives. La loi sur le logement de Cécile Duflot a instauré une taxe sur les logements vacants pour toutes les communes situées en zone tendue. Marseille en fait partie. « Au vu du nombre de logements vacants, l’inefficacité de cette taxe est avérée », soulève Fathi Bouaroua, membre du collectif du 5 novembre et ancien directeur de la Fondation Abbé Pierre Paca. « Depuis la fin des opérations de rénovation à Marseille, il n’y a plus de mesures coercitives. L’encadrement des loyers en zones tendues, on n’en a jamais entendu parler à Marseille », ironise Patrick Lacoste.

Depuis le 5 novembre, les mobilisations contre la politique municipale en matière d’habitat indigne se multiplient. Une revendication émerge : la réquisition des logements vacants. « Il n’y a pas d’autres solutions. Il y a trop de logements vides et trop de gens qui vivent dans des conditions effroyables », appuie Fathi Bouaroua. « Ça coûterait bien moins cher que les nuits d’hôtel que paie actuellement la mairie », ajoute-t-il.

La dernière fois que la procédure a été utilisée, c’était en 1995 par… Jacques Chirac, alors maire de Paris. À Marseille, la mairie et la préfecture bottent en touche jusqu’ici. « Si Chirac l’a fait pour quelques centaines de logements à Paris, qu’est-ce qui nous empêche de le faire à Marseille ? », interroge Fathi Bouaroua.

Marius Rivière
Article tiré de la Marseillaise  le 29 décembre 2018

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