Logement social – Marseille plus inégalitaire que jamais

La publication du dernier rapport du centre communal d’action sociale de Marseille sur les besoins sociaux souligne la nécessité de construction de logements sociaux. Marseille présente de cruelles carences en la matière.

Jusqu’ici tout va bien. Avec ses 20,1 % de logements sociaux, Marseille n’est, en apparence, pas la pire des élèves en la matière. La loi SRU de 2000, renforcée par la loi Duflot en 2013, impose certes 25 % à toute agglomération de plus de 50 000 habitants, « mais la tendance est à la hausse », assure la mairie de Marseille. « Il y a eu un vrai effort de construction dans la ville depuis le début des années 2000 », confirme Florent Houdmon, président de la Fondation Abbé Pierre Paca. « Mais si on y regarde de plus près, la situation est loin, très loin, d’être resplendissante », ajoute-t-il.D’abord parce que la répartition des logements sociaux dans la ville fait apparaître une fracture Nord/Sud plus marquée que jamais. Les chiffres les plus récents (2015) parlent d’eux-mêmes. Selon l’Agam (Agence d’urbanisme de l’Agglomération marseillaise), on compte 4,2 % de logements sociaux au titre de la loi SRU dans le 6e arrondissement, contre 43,7 % dans le 14e… « Il y a une volonté politique d’éloignement des plus pauvres. On en arrive à une formation de ghettos de riches et de pauvres qui ne se côtoient plus », détaille Fathi Bouaroua, président de la communauté Emmaüs Pointe-Rouge et membre du collectif du 5 novembre.

La mixité sociale marseillaise, si souvent mise en avant, est loin d’être une évidence dans toute la ville. La Fondation Abbé Pierre, Un Centre-Ville pour tous ou le PCF militent désormais pour que les grandes métropoles appliquent ce taux de 25 % à l’échelle de l’arrondissement.

Un chiffre illustre une autre réalité moins reluisante : chaque année, 72 500 demandeurs sont en attente d’un logement social dans la Métropole Aix-Marseille-Provence dont près de la moitié attend depuis plus d’un an. Pourquoi ? « Car les personnes les plus vulnérables ne peuvent plus accéder à du logement social. En commission d’attribution, on s’aperçoit que leurs revenus ne permettent pas d’y prétendre et ça, c’est inacceptable », lâche Fathi Bouaroua. Explications.

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Les plus démunis exclus

En réalité, il existe trois catégories de logement social définies selon des abréviations que l’administration goûte tant. Le PLS, Prêt locatif social, pour les logements situés en zone tendue. Le PLUS, Prêt locatif à usage social, « qui représente 80 % des logements sociaux », selon le Centre communal d’action sociale (CCAS), destiné aux ménages aux revenus modestes. Et enfin, le PLAI, Prêt locatif aidé intégration, dont les loyers sont les plus bas et destiné aux ménages les plus démunis. Or 74 % des demandeurs sont éligibles au PLAI pour seulement 16 % des constructions…

« Il y a un manque cruel de PLAI. Il faut arrêter avec les idées reçues. Le logement social est aujourd’hui destiné aux classes moyennes, pas aux plus démunis », dénonce Florent Houdmon. « Ces gens, ce sont eux que l’on retrouve dans les bras des marchands de sommeil rue d’Aubagne, au Parc Corot ou à la Castellane », renchérit-il. « La vérité, c’est que depuis une vingtaine d’années, on a fait du logement un bien de consommation et non plus de première nécessité », explique Fathi Bouaroua.

Le choc du 5 novembre va-t-il changer la donne ? Depuis le drame, les responsables des collectivités locales promettent avec chants et trompettes un changement de pratiques. Un coup d’œil au Plan local de l’habitat (PLH) permet d’en douter. Actuellement en phase de concertation publique, ce document de plusieurs centaines de pages cadre et fixe le cap de la politique du logement de la Métropole pour la période 2020-2026. Ensuite, le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) grave dans le marbre les règles en vigueur. « La consultation est complètement vide. Il n’y a aucune exigence de production de logement social. La décision est laissée aux promoteurs », se désole Patrick Lacoste, d’un Centre-Ville pour Tous.

« À Michelet, un projet de construction de 800 logements a été validé : zéro logements sociaux de prévu. Aux Caillols, idem pour les 1 000 nouveaux logements d’un autre projet. Pour l’instant on continue comme hier », abonde Florent Houdmon. Après leur rendez-vous avec Jean-Claude Gaudin, les associations et collectifs de citoyens concernés ont reçu la promesse que le PLH pourrait être amendé. Martine Vassal, présidente LR de la Métropole, a promis que les conclusions des assises de l’habitat seraient incluses dans le plan. « Dont acte », avertit Florent Houdmon avant d’ajouter : « les citoyens doivent maintenir la pression post 5 novembre ».

Photo : Mohammed El Hamzaoui
Marius Rivière
Article tiré de la Marseillaise  le 6 janvier 2018

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