Jaune ou rouge, Martigues a fait la jonction des colères

C’est une première et elle s’est déroulée à Martigues : les gilets jaunes, la CGT et la FSU ont défilé ensemble pour faire triompher « l’intérêt général ».

L’acte VIII des gilets jaunes a été marqué par des heurts et la prise d’un ministère à Paris. À Martigues, terre de luttes historique, il en est allé tout autrement. C’est dans un appel commun que gilets jaunes et gilets rouges se sont retrouvés à près d’un millier sous l’aqueduc pour un défilé pacifique destiné à faire émerger les revendications d’intérêt général. Les forces de l’ordre, pourtant prévues en nombre, n’ont pas eu à intervenir.

« Cette volonté partagée s’est faite presque naturellement », explique Yann Manneval, représentant de l’UD CGT 13. À partir du moment où le cahier revendicatif des gilets jaunes a pris forme, « on a vu des points communs émerger, en termes d’exigence de justice sociale et fiscale ainsi que de plus de démocratie ». La FSU liste également les revendications communes : « suppression des taxes, rétablissement de l’ISF, hausse des salaires, retraites et minimas sociaux, accès aux soins et à la santé pour tous, fiscalité équitable pour la population comme pour les PME-PMI, développement des services publics et consultation régulière des citoyens ».

Istres, Saint-Martin de Crau, Châteauneuf, Port-de-Bouc… les militants sont venus de tout le département pour « reprendre le mouvement de plus belle ». Si « au début il y avait de la défiance avec les syndicats et les politiques, mais on est sur le même fond alors peu importe la couleur du gilet, c’est la colère qui s’exprime », assure Angélique, venue en famille et présente sur les ronds points « tous les samedis ».

La colère ne fait pas un programme

Même appréciation pour Paul N’Guyen, délégué CGT portuaires : « sous les gilets, on est tous des citoyens, des voisins, confrontés aux mêmes difficultés et au même ras-le-bol ». C’est jusqu’au maire communiste Gaby Charroux, qui a mis un terrain à disposition du mouvement. Présent dans les rangs des manifestants, il sourit, prévenant la critique : « Ce n’est pas moi qui les récupère, ce sont eux qui m’ont récupéré ». Mais une accumulation de colères ne constitue pas un programme. À ses côtés, le député PCF Pierre Dharréville considère que ce mouvement est à prendre très au sérieux : « cette mobilisation a besoin de politique. Les questions posées sont des questions politiques qui mettent en cause les choix du gouvernement, la percée du libéralisme dans les politiques publiques ». Une alternative pourrait ainsi être en coconstruction.

Car, loin de s’étioler avec les fêtes, comme l’espéraient le gouvernement et le Medef, le mouvement reprend avec une détermination impressionnante. « On est prêts pour un acte IX samedi prochain », lance Jo, un retraité de BP Lavéra, « Le discours du Pharaon n’a pas pris. C’est pour Macron que la fête est finie. Ici, pas de division qui tienne. Les syndicats partagent leur expérience ».

La CGT appelle à l’action tous les jeudis avec une journée de mobilisation le 26 janvier. Dans cette crise profonde, la colère qui perdure doit trouver à s’exprimer et s’accomplir. Martigues amorce le travail.

Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise le 8 janvier 2019

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