Les «stylos rouges» cherchent leur mode d’action

A la suite d’un rassemblement à Créteil, noyés au sein d’autres organisations syndicales et politiques, les stylos rouges de l’académie de Créteil se sont rassemblés pour la première fois pour prévoir les prochaines initiatives. 

Les stylos rouges l’avaient prévu comme leur première action dans la rue. Se réunir près de la nouvelle Maison du handball à Créteil, que le président Macron devait inaugurer, pour l’interpeller et se faire entendre. Finalement très peu nombreux, les enseignants en colère (une quinzaine) ont été noyés mercredi en début d’après-midi au sein d’autres organisations syndicales et quelques gilets jaunes. Repoussés par les CRS et rapidement gazés, ils ont été parqués très loin du Président, ne pouvant faire passer leur message. Si certains profs n’hésitaient pas à exprimer leur déception face à l’urgence de montrer leur colère, Célestine, administratrice du groupe et professeure des écoles, notait : «C’est le premier rassemblement, ça se met en place tout doucement. Il y a peu de monde car les délais étaient serrés. On vise une action unitaire mais il faut qu’on soit bien structuré.» Une pierre à l’édifice a tout de même été posée ce mercredi puisqu’une première assemble générale – diffusée en live sur le groupe Facebook – a été organisée par les stylos rouges de Créteil afin d’en débattre. Bien plus suivie, elle a réuni une centaine de personnes pendant pas moins de trois heures.

Classes remplies de moisissures

Lors de prises de paroles, les stylos rouges ont soulevé leur mal-être et revendications, cette fois de visu faisant apparaître une multitude de profils. Des profs du premier au second degré en passant par des CPE, directeurs, contractuels, parents, tous unis pour la même cause : revendiquer de meilleures conditions de travail pour les profs comme les élèves et faire apparaître la réalité de leur métier aux yeux du public. Damien, professeur des écoles en Seine-Saint-Denis, tonne : «Le niveau de salaire au début de notre carrière m’a fait sentir que mon métier est déconsidéré. Un stagiaire commence à 1 300 euros net alors qu’il a un bac +5 et un concours en poche.» Il poursuit : «J’avais aussi participé au mouvement « Pas de vague » pour témoigner des conditions de travail que l’on subit, des classes remplies de moisissures dans certaines écoles de Seine-Saint-Denis, de la violence. Il y a un ras-le-bol d’être des laissés-pour-compte.»

© Corentin Fohlen/ Divergence. Creteil, France. 9 janvier 2019. Assemblee generale des enseignants pour organiser le mouvement des Stylos Rouges, a la Maison des Syndicats de Creteil. COMMANDE N° 2019-0060Photo Corentin Fohlen pour Libération

 «Eclopés de l’Education nationale»

Mohamed, professeur de maths en lycée à Pantin, a également été motivé par un sentiment d’injustice persistant chez les profs : «Les clichés des profs fainéants tout le temps en vacances, qui ne font que dix-huit heures par semaine, il y en a marre. Il y a un long travail derrière. Beaucoup ne le voient pas ou ne veulent pas le voir.» Plus que d’un ras-le-bol, Isabelle, 55 ans, professeure des écoles attendant un reclassement professionnel, témoigne d’une réelle souffrance : «Depuis dix ans, je n’en peux plus de ce métier, de la discipline permanente. Malgré mes trois demandes de poste adapté, alors que j’avais du mal à me lever pour aller au travail, rien n’a été fait et j’ai fait un burn-out. J’ai mis deux ans à m’en remettre, là je sors la tête hors de l’eau. Mais on ne me trouve pas de postes, je suis payée à ne rien faire comme d’autres éclopés de l’Education nationale. Je le vis très mal.»L’enseignante a trouvé dans ce mouvement un réel réconfort, retrouvant le contact et la bienveillance de collègues. «Si je m’y inscris c’est pour les jeunes, qu’ils ne vivent pas ce que j’ai vécu, une fatigue énorme du fait des effectifs et une souffrance face à la mauvaise considération de l’opinion publique.»

Point d’orgue de l’AG, le choix des actions. Divisée sur la question de se joindre ou pas au mouvement des gilets jaunes (une question déjà tranchée par la négative au niveau national), l’assemblée a balayé la question et a décidé d’organiser mercredi devant le rectorat de Créteil, à 15 heures, et samedi devant le lycée Henri-IV à Paris, à 10h30 des rassemblements. Une consigne (non votée) a aussi été lancée : envoyer des stylos rouges au Président. Un moyen (un peu plus sûr ?) de pouvoir l’approcher.

Photo : Corentin Fohlen
Marlène Thomas
Article tiré de Libération le 10 janvier 2019

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