Enquête Cevipof – Flambée de défiance contre les institutions politiques

Dans la dixième vague de son baromètre annuel, la cote de confiance en Emmanuel Macron s’érode un peu plus. En revanche, la tolérance de la population au vivre ensemble s’améliore doucement.

Un séisme démocratique. De mémoire de sondeur du Centre d’étude de la vie politique (Cevipof), la défiance des Français envers leur classe politique n’a jamais été aussi forte depuis le lancement de l’enquête, en 2009. «Nous n’avions jamais vu un tel sentiment de dégoût, de morosité mais aussi de colère», relève Bruno Cautrès, le coordinateur du baromètre annuel de l’institut, publié par le Figaro. Réalisée par Opinionway du 13 au 24 décembre, cette dixième vague confirme la progression spectaculaire des trois sentiments, les plus représentatifs de «l’état d’esprit actuel des Français» sur un an : +7 points pour la lassitude, +8 pour la morosité et +4 pour la méfiance. Une tendance qui trouve à s’exprimer au travers de la crise des gilets jaunes, qu’une majorité de l’opinion continue de soutenir. Plus inquiétant encore est le regard que portent les Français sur la politique : pour 32% d’entre eux, c’est le «dégoût» qui l’emporte, un score en hausse de 7 points par rapport à 2017…

20% des Français font encore confiance à Macron

Dix-huit mois après l’élection d’Emmanuel Macron, et du léger regain d’optimisme qu’avait traduit le baromètre fin 2017, le désenchantement est général. «Tout le terrain gagné a été intégralement perdu et c’est encore pire», souligne Bruno Cautrès. La fonction comme la personne du chef de l’Etat est à l’épicentre du mécontentement. Lequel s’exprime d’autant plus que le nom des titulaires des mandats est cité. Ainsi, les Français sont seulement 23% (-13 points) à faire confiance au «président de la République actuel» et moins encore (20%, -16 points) à «Emmanuel Macron». En revanche, comme sur les dix dernières années, la proximité des élus ou des organisations demeure un atout pour conserver l’estime de ses concitoyens : la confiance en son maire continue de progresser (58%, +3 points). De la même façon, les organisations les plus dignes de confiance aux yeux des Français sont celles auxquelles ils ont un accès direct : les hôpitaux (78%, +2 points), les PME (78%, +2 points), l’armée (74%, -1 point) et la police (74%, +1 point) sont loin devant les partis politiques (9%, =), les réseaux sociaux (13%) ou les grandes entreprises privées (36%, -4 points).

Pour 70% des Français, la démocratie ne fonctionne «pas très bien»

Depuis 2009, l’écart entre ceux qui considèrent que la «démocratie fonctionne bien ou assez bien» et ceux qui pensent qu’elle ne fonctionne «pas bien ou pas bien du tout» n’a cessé de croître. Mais sur un an, il augmente de manière spectaculaire : 18 points. Ainsi, le vote aux élections est de moins en moins perçu comme un bon moyen pour peser sur les décisions prises en France (55%, -6 points), tandis que manifester dans la rue est perçu comme un moyen d’action autrement plus efficace (42%, +16 points). Dans la même veine, le sentiment que les responsables politiques se désintéressent de l’opinion de leurs administrés progresse (85%, +2 points). Un indicateur à mettre en relation avec un autre puisque 49% des Français estiment qu’un «bon responsable politique» est d’abord quelqu’un qui «prend l’avis du plus grand nombre de citoyens avant de décider».

23% des Français pour supprimer la loi sur le mariage pour tous

Si la crise démocratique se lit dans la plupart des indicateurs, paradoxalement, la tolérance progresse plutôt sur plusieurs grands sujets sociétaux. Les adversaires du mariage pour tous sont en recul (-1 point à 23%). L’adhésion à la procréation médicalement assistée pour les femmes seules ou homosexuelles, elle, augmente : les Français sont désormais 48% à souhaiter qu’on l’autorise (+3 points). Le sentiment qu’«il y a trop d’immigrés en France» recule de 3 points même s’il demeure majoritaire (60%) et l’idée que «la France est constituée de communautés ayant des droits qu’il faut respecter même s’il faut limiter certaines libertés» rassemble 59% des sondés. En revanche, le rétablissement de la peine de mort reste un sujet sensible : 46% Français y sont favorables, soit un point de plus que fin 2017.

Photo : AFP – Ludovic Marin
Nathalie Raulin
Article tiré de Libération  le 11 janvier 2019

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