Aide alimentaire – Plus de jeunes et de seniors concernés

Ils sont de plus en plus nombreux à pousser la porte des associations de solidarité dans les Bouches-du-Rhône. Constat inquiétant, de nouveaux profils sont concernés.

Retraités, étudiants ou encore jeunes travailleurs. 2018 a confirmé une tendance constate-t-on parmi les associations de solidarité marseillaises : les bénéficiaires d’aides ne sont pas seulement des personnes en rupture sociale.

« Le panel est beaucoup plus large que ça, explique Gérard Gros, président de la Banque alimentaire des Bouches-du-Rhône. Je pense aussi aux femmes seules avec enfants, aux migrants et même aux salariés, notamment ceux à mi-temps. »

En 2018, son association a collecté 3 600 tonnes de denrées alimentaires, soit environ « 7,3 millions de repas », estime-t-il. À l’échelle de la région, on dépasse les 15 millions de repas servis par année. En 2015, 2.7 millions ont été servis dans les Alpes-Maritimes, 4.4 millions dans le Vaucluse en 2017 ou encore 1,3 million dans le Var l’an passé.

Dans les Bouches-du-Rhône, c’est même mieux que les années précédentes, notamment grâce à la plate-forme internet Proxidon. Développée par la Banque alimentaire, elle met en relation petits et moyens magasins alimentaires avec les 170 associations partenaires afin de récupérer les invendus et dates courtes. Pour sa première année d’utilisation complète, Proxidon a permis de récolter 400 tonnes de nourriture, soit un neuvième du total. « Ce sont des produits que nous n’avions pas avant. Ce sont 400 tonnes supplémentaires. Il n’y a pas de cumul avec d’autres collectes », se réjouit Gérard Gros.

16 000 enfants en bas âge

Selon l’Insee, le taux de pauvreté dépassait 18.6 % de la population des Bouches-du-Rhône en 2014. Quatre ans plus tard, ce chiffre se vérifie sur l’activité des associations. Toutes celles que nous avons contactées ont un constat identique à celui de Gérard Gros. Thierry Comte, en charge des dons et des manifestations aux Restos du cœur des Bouches-du-Rhône, livre : «Beaucoup d’étudiants de master viennent nous voir, même à Aix ». Laurence Botton, présidente de la même association identifie également « beaucoup de familles monoparentales et de personnes âgées ». Cette dernière catégorie a fait son apparition parmi les bénéficiaires depuis plusieurs années maintenant. « On en accueille régulièrement. On n’est même plus choqué. Avant, ils n’osaient pas venir, c’est le côté ancienne génération qui ne veut pas demander de l’aide et qui a l’impression de mendier. Heureusement, il n’y a plus cette gêne. »

Lors de la campagne 2017-2018, 3,4 millions de repas ont été servis par l’association créée par Coluche, pour 519 800 personnes dont 16 000 enfants en bas âges.

Secrétaire générale départementale, Sonia Serra assure elle aussi que le nombre de gens dans le besoin a augmentée ces cinq dernières années. Le Secours populaire, ce sont environ 10 000 familles soit 40 000 personnes aidées. « Il y a davantage de personnes âgées et énormément de jeunes, dit-elle. Des travailleurs à temps partiel ou en situation non stable comme ceux qui sont en intérim. »

Une pensée aux élections européennes

Et la situation pourrait s’accentuer. « On reçoit beaucoup plus de gens cette année ! » témoigne Thierry Comte. La campagne de son association a débuté en décembre dernier. Pour l’heure, difficile de donner des chiffres, car « on reçoit toujours du monde », assure-t-il. La demande est telle que tous les dossiers ne peuvent être validés. Dans beaucoup de cas, les associations sélectionnent leurs bénéficiaires sur la base d’un barème, appelé « reste à vivre » chez certaines d’entre-ales, soit les ressources financières une fois les charges déduites des revenus. « Parfois, on est obligé de refuser notre aide à des gens qui sont pauvres, mais pas assez pour qu’on puisse les aider… C’est le plus difficile », se désole Thierry Comte. Pour autant, « on n’est pas des machines, si les revenus sont 2 euros supérieurs au barème, on donne », poursuit sa présidente.

Côté dons, chacun note une certaine stabilité. « Nos donateurs sont assez fidèles, estime Sonia Serra. Ce qui ne veut pas dire qu’on en a assez, on a toujours besoin de plus. »

À la Banque alimentaire, on partage cette ambition. « On doit atteindre un total de 4 000 tonnes pour remplir notre rôle, ce qui correspond à 8 millions de repas », poursuit Gérard Gros. Pour ce faire, son équipe va lancer un atelier de transformation de fruits et légumes dans l’année. « Nous avons une grosse richesse agricole, détaille-t-il. L’inconvénient, est que les produits sont saisonniers et périssables. Si on les transforme, on augmente leur durée de vie ! » Autre enjeu de 2019, les élections européennes, dont l’issue aura une influence certaine. « On va être attentif et alerter les candidats, assure le président de la Banque alimentaire. Le Fonds européen d’aide aux plus démunis pourrait être remis en cause. Or il est trop important pour nous ! »

Étienne Estarellas
Article tiré de la Marseillaise  le 13 janvier 2019

 

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