En matière de logement, l’État laisse la main au marché

Action Logement (ex 1% logement) et le Medef ont annoncé, jeudi, le lancement d’un plan national à 9 milliards d’euros pour le logement. Comment ? En recourant à un emprunt sur les marchés financiers. Les associations et collectifs redoutent une financiarisation du secteur.

Sur le papier, le montant peut sembler à la hauteur des enjeux en ces temps de restrictions budgétaires : 9 milliards d’euros pour « faciliter l’accès au logement des salariés et favoriser leur mobilité ».

C’est le plan présenté jeudi, par Action Logement, un organisme paritaire rassemblant syndicats et État et dirigé par Bruno Arcadipane, représentant du Medef. Créé en 1953 en pleine crise du logement, la participation des employeurs à l’effort de construction (PEEC) ou « 1 % logement » comme on l’appelle alors, oblige toutes les entreprises de plus de 20 salariés à verser 1 % de la valeur de leur masse salariale pour aider les travailleurs à accéder au logement. Aujourd’hui, ce taux se situe plutôt autour de 0,45 %.

En pleine crise des gilets jaunes, le plan annoncé « se veut une réponse forte aux questions concrètes de pouvoir d’achat ». Il doit être mis en place au premier trimestre 2019. Il se divise en sept axes : rénovation thermique, soutien à la mobilité, aménagement du logement pour les handicapés et les seniors, transformation de bureaux vacants en logements, amélioration de l’habitat dans les Outre-mer, aides aux opérateurs HLM et action contre la dégradation de l’habitat ancien. Voilà pour les grandes lignes.

Vers une financiarisation du logement ?

Dans le détail, le plan prévoit, par exemple, une aide au déménagement de 1 000 euros pour les salariés habitant à plus de 30 km de leur lieu de travail et jusqu’à 20 000 euros d’aides pour la rénovation énergétique de logements. « Toutes ces mesures existent déjà. Quid d’un encadrement des loyers, ou du lancement de grands programmes de constructions HLM ? », grince Fathi Bouaroua, président de la communauté Emmaüs Pointe Rouge et membre du collectif du 5 novembre. « C’est un plan très ambitieux avec des mesures qui améliorent le quotidien des Français », répond de son côté Julien Denormandie, ministre du logement. L’exécutif peut effectivement se réjouir, il ne débourse pas un centime pour ce plan. « au lieu de prendre en main la gestion du logement, le gouvernement délègue ses compétences au secteur privé », s’indigne Frédéric Boccara, économiste et membre du comité exécutif du PCF.

Le financement de ce plan  soulève de sérieuses interrogations. Pour trouver les fonds, l’organisme aura recours à des emprunts sur les marchés financiers, une première en France. Il a notamment collaboré avec la banque américaine d’investissement JP Morgan dans le but d’obtenir une note de crédit dès l’été 2019. « Un recours accru à un endettement maîtrisé et soutenable », pour Action Logement. Une folie pour les associations et professionnels du secteur. « C’est un nouveau pas dans le désengagement de l’État et le signe de la financiarisation du logement social », décrypte Patrick Lacoste d’un Centre-Ville pour tous.

« Action Logement va soumettre la construction et la rénovation de logements aux aléas de la bourse », alerte Fathi Bouaroua avant de conclure : « Ce sont ces mêmes marchés financiers qui ont spéculé sur les biens immobiliers et provoquer la pénurie de logements et l’envolée des loyers ».

Marius Rivière
Article tiré de la Marseillaise  le 14 janvier 2019

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s