Mickaël Benavï – « Réformer la justice exige un vrai débat »

Mickaël Benavï, avocat au barreau de Marseille, spécialisé en droit du travail. Alors qu’ils demandaient 1 000 magistrats, le gouvernement a proposé aux avocats la numérisation.

Mardi, en solidarité au mouvement national, aucune audience ne s’est tenue à Marseille où magistrats, avocats, greffiers et même éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) étaient en grève. Mickaël Benavï fait le point sur les travers de la réforme de la justice en cours.

La Marseillaise : Le syndicat de la magistrature dénonce un projet « néfaste ». En quoi cette réforme porte-t-elle atteinte aux justiciables ?
Mickaël Benavï : En premier lieu ce qui est regrettable, c’est qu’à l’heure où il lance un grand débat national, cette réforme est imposée, sans discussion et dans la précipitation. Mais au-delà, on assiste à une déshumanisation de la justice qui se symbolise par la numérisation des procédures. L’automatisation a pour principale conséquence le désert judiciaire, elle éloigne le justiciable du juge. Par ailleurs, avec la fusion des tribunaux, le gouvernement répond encore une fois à une logique purement comptable et financière.

Quelles incidences pour les professionnels de la justice ?
La justice en ligne favorise les procédures amiables ou de médiation et cela participe encore de l’éloignement, c’est expéditif et le risque est de faire rentrer des dossiers dans des cases. On perd la démarche de personnalisation des dossiers. La justice prud’homale est aussi impactée et elle est vouée à disparaître ou à être modifiée. Avec ces fusions, le salarié ne sera plus représenté comme il se doit ni jugé par ses pairs. C’est la garantie d’équité qu’on perd.

Le gouvernement prévoit d’augmenter le budget de la justice de 1,6 milliard en 5 ans. De quoi en « finir avec une situation sinistrée » ?
Cela restera insuffisant au regard des besoins, de la complexité des procédures et de leur multiplicité. Car on assiste à une judiciarisation de la vie qui demande plus de moyens humains et matériels. Il faut plus de greffiers, plus de magistrats, plus de juges.

Le député communiste Alain Bruneel propose un moratoire sur cette loi. Qu’en pensez-vous ?
Un moratoire a le mérite de poser le débat afin d’écouter les forces en puissance. Il n’y a aucune raison que la justice soit écartée du débat national. On ne peut répondre numérisation alors que ce sont des hommes et des femmes qui rendent les décisions.

Entretien réalisé par Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 18 janvier 2019

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