Foulards rouges – Entre «majorité silencieuse» et «peur du bide»

Partisans d’un retour à l’ordre face aux gilets jaunes, ils attendent pour dimanche au moins 9000 personnes dans les rues de Paris. Un événement qui gêne le camp présidentiel.

Combien seront-ils, dimanche, à marcher contre le «désordre» et la «dérive factieuse» des gilets jaunes ? Trois collectifs ont confirmé leur appel à «tous les Français», invités à défiler à Paris le 27 janvier dans l’après-midi. «Il ne s’agit pas de s’opposer aux gilets jaunes ou de soutenir le gouvernement mais de faire en sorte que la majorité silencieuse puisse montrer qu’elle existe», a assuré jeudi lors d’une conférence de presse le Toulousain Laurent Soulié, ingénieur dans l’aéronautique et à l’origine de l’appel, s’efforçant de souligner le caractère «apolitique» d’un mouvement parfois décrit comme une émanation macroniste.

«Oppositions opportunistes»

Derrière cet événement, trois groupes actifs principalement sur les réseaux sociaux : les «foulards rouges», les «gilets bleus» et la page «Stop, maintenant ça suffit». C’est sur cette dernière, administrée par Laurent Soulié, qu’a été posté en décembre le premier appel à manifester. L’homme est adhérent de LREM, et la marche est alors présentée comme un acte de «soutien» au chef de l’Etat. Un engagement auquel ont depuis renoncé les organisateurs, qui centrent désormais leur discours sur le «chaos» provoqué par les manifestations des gilets jaunes : «On en appelle à la majorité silencieuse qui ne peut plus aller dans les centres-villes le samedi après-midi, poursuit Laurent Soulié. On veut montrer que les gilets jaunes ne sont pas tout le peuple.»

«Des emplois précaires ont été détruits, des CDD et des missions d’intérim annulés», ajoute Laurent Segnis, un juriste de la région parisienne, représentant des gilets bleus et lui aussi adhérent de LREM. Plus politique, le porte-parole des foulards rouges, Théo Poulard, dénonce «des oppositions opportunistes qui veulent prendre leur revanche». Le jeune boulanger quimpérois se défend pourtant de tout parti pris, précisant avoir voté «pour Benoît Hamon» au premier tour de la présidentielle.

D’abord censé relier les places de la République et de la Bastille, le cortège démarrera finalement place de la Nation à 14 heures. Jeudi, un peu plus de 9 000 personnes déclaraient sur Facebook vouloir y participer, mais l’un des organisateurs, optimiste, espérait «peut-être 30 000 personnes». Et «tous les Français sont bienvenus, peu importe le parti politique», précise l’équipe, alors qu’un porte-parole affirmait récemment à Libération que des invitations avaient été adressées à tous les parlementaires, sauf ceux du Rassemblement national et de La France insoumise.

Tiédeur

L’événement a déclenché une certaine gêne dans le camp présidentiel. Si plusieurs députés macronistes ont déclaré vouloir s’y rendre ou «l’envisager», tous insistent sur le caractère «personnel» de leur participation. Dans un communiqué diffusé mardi, La République en marche a précisé ne «pas appeler à manifester le 27», tout en partageant«les valeurs portées par les organisateurs».

La macronie redoute d’être associée à un mouvement au succès incertain, mais aussi de renforcer son antagonisme avec les gilets jaunes, alors que le grand débat national ouvert la semaine passée doit substituer le dialogue aux manifestations. «Quand on entend ces mots d’ordre républicain et démocratique, ça me parle, a reconnu jeudi sur RTL le secrétaire d’État Gabriel Attal. Mais dans le cadre du grand débat, est-ce que c’est la place des ministres d’être dans une manifestation ? La question se pose, je n’en suis pas certain.» Pour le député LREM Didier Paris, qui ne marchera pas dimanche, «nous avons trop souffert du manque de dialogue pour accréditer l’idée d’une France opposée à l’autre, au moment où nous ouvrons le grand débat national».

Une tiédeur qui en déçoit certains, comme le sénateur macroniste François Patriat : «J’ai dit qu’il fallait qu’on y soit, on n’est pas assez courageux depuis le début de la crise des gilets jaunes. On est frileux face à 50 000 personnes qui tétanisent la France». Un autre, dépité, évoque «la consigne donnée aux ministres de ne pas participer. L’idée, c’est que le timing n’est pas bon, qu’il ne faut pas faire bosser les flics une journée de plus et qu’il faut montrer l’exemple au moment du débat. Mais au fond, je pense qu’ils ont surtout peur du bide».

Laure Equy Dominique Albertini
Article tiré de Libération le 24 janvier 2019

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