Juan Guaidó, d’inconnu politique à président autoproclamé du Venezuela

Jusqu’à début janvier, Juan Guaido n’était qu’un député de l’opposition parmi d’autres. Retour sur le parcours de l’homme qui incarne désormais l’anti-chavisme.

L’homme qui porte les espoirs de millions de Vénézuéliens opposés au régime de Nicolás Maduro était encore un quasi inconnu au début du mois. En s’autoproclamant président par intérim du Venezuela le 23 janvier, Juan Guaidó a brusquement fait irruption sur la scène internationale. Le premier véritable fait d’armes du «gamin qui joue à la politique» – dixit Maduro – remonte au 5 janvier quand, à 35 ans, il est élu plus jeune président de l’Assemblée nationale. Cette institution, la seule à avoir échappé à la mainmise des chavistes, étant privée de tout pouvoir depuis 2017, la fonction lui confère essentiellement un rôle symbolique de chef de l’opposition.

Le baptême politique de cet ingénieur de formation remonte à 2007 lors des manifestations étudiantes qui éclatent contre Hugo Chávez, le prédécesseur de Nicolás Maduro. Deux ans plus tard, il co-fonde le parti Volonté populaire, avec Leopoldo López, un des principaux opposants qui va porter les espoirs des anti-chavistes pendant les grandes manifestations de 2014, avant d’être emprisonné puis placé en résidence surveillée.

«Volonté populaire représente les classes moyennes et aisées, qui ont toujours été au cœur de l’opposition, tout en affirmant une volonté sociale, explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS et responsable de l’observatoire de l’Amérique latine à la Fondation Jean-Jaurès. Mais comme tous les partis d’opposition, le cœur de son programme est le changement de régime.» En 2015, c’est comme membre de ce parti qu’il est élu député de l’Etat de Vargas, dans le nord du pays, dont il est originaire.

Réunions publiques 

L’arrivée de Juan Guaidó à la présidence de l’Assemblée nationale répond à un vide politique, côté opposition. Leopoldo López est toujours en résidence surveillée ; Henrique Capriles, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2013, est condamné à quinze ans d’inéligibilité ; et Freddy Guevara, ancien vice-président de l’Assemblée, est réfugié depuis plus d’un an à l’ambassade du Chili. «Les députés ont misé sur une nouvelle tête issue d’un parti assez radical pour donner un second souffle à l’opposition en difficulté, poursuit Jean-Jacques Kourliandsky. En décembre, un sondage a montré que 80% des personnes interrogées étaient opposées à Maduro, mais 25% seulement faisaient confiance à l’opposition.»

Depuis janvier, Juan Guaidó s’emploie à parler à l’électorat populaire, n’hésitant pas à mettre en avant ses origines assez modestes – son père, chauffeur de taxi à Tenerife, fait partie des nombreux Vénézuéliens qui ont quitté le pays à cause de la crise économique. A peine installé à son nouveau poste, il organise des réunions publiques, qui attirent plusieurs dizaines de milliers de personnes, pour libérer la gronde citoyenne, restée latente depuis les dernières grandes mobilisations de 2017. Lui-même est brièvement arrêté le 13 janvier par les services de renseignement. Une «décision unilatérale» de certains fonctionnaires, immédiatement démis de leurs fonctions, se défend le gouvernement, tandis que Maduro parle de «show médiatique» monté pour dépeindre Guaidó comme une cible du pouvoir.

«Consensus par la force»

Ces derniers jours, les évènements se sont accélérés pour le président de l’Assemblée. Après la prestation de serment de Maduro pour son second mandat, considéré comme illégitime par l’opposition, Juan Guaidó annonce le 11 janvier être prêt à assumer le pouvoir dans un gouvernement de transition. Et convoque dans la foulée une grande manifestation pour le 23 janvier, jour symbolique de la démocratie au Venezuela depuis la chute, en 1958, de la dictature de Marcos Pérez Jiménez. La foule est au rendez-vous et l’occasion parfaite. Alors Juan Guaidó se lance et jure «d’assumer formellement les compétences de l’exécutif national comme président en exercice du Venezuela pour parvenir à un gouvernement de transition».

Sa plus grande réussite jusqu’ici est d’avoir récolté le soutien des anciens leaders de l’opposition tout en redonnant un visage à la lutte anti-chaviste. «Sa décision de s’autoproclamer président est une manière de relancer l’opposition, de lui donner une unité, en provoquant le gouvernement. Ce qui pourrait ouvrir un cycle de répression. C’est la création du consensus par la force», conclut Jean-Jacques Kourliandsky. Après avoir fédéré l’opposition autour de sa personne, Juan Guaidó va devoir démontrer qu’il est capable d’unifier tout le pays derrière lui.

Photo : AFP – Federico Parra
Nelly Didelot
Article tiré de Libération le 24 janvier 2019

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