L’article à lire pour comprendre la réforme du bac

Examen final resserré et contrôle continu, fin des séries générales, liste de spécialités… Alors que syndicats de professeurs et lycéens battent le pavé contre la future réforme du lycée et du bac, franceinfo détaille les changements qui entreront en vigueur dès la rentrée 2019 pour les futurs élèves de première.

Nouvelle journée de mobilisation dans l’Education nationale. Une intersyndicale des professeurs du second degré (dont le Snes-FSU, majoritaire) ainsi que les organisations lycéennes UNL et FIDL appellent à une « grève massive », jeudi 24 janvier. Parmi les revendications des organisations syndicales, le retrait de la réforme du lycée et du baccalauréat.

La fin des séries scientifique (S), économique et social (ES) et littéraire (L), une liste de spécialités à choisir pour les élèves de première dès la rentrée 2019, un examen final resserré, l’introduction du contrôle continu… Franceinfo vous explique les enjeux du nouveau bac général. 

1 – Qu’est-ce qui va changer pour les épreuves du bac ?

Le nouveau bac général verra le jour en 2021. Les premiers élèves concernés sont donc ceux qui sont entrés en classe de seconde en septembre 2018. Ce qui ne change pas : les élèves auront une épreuve anticipée de français – écrite et orale – en classe de première.

En revanche, l’examen comptera seulement quatre épreuves en terminale (contre 12 à 16 auparavant). Les candidats devront plancher sur une épreuve de philosophie, deux portant sur des enseignements de spécialité (voir la question 3) et un grand oral d’une vingtaine de minutes. Pour cet oral, il s’agira de présenter un projet entamé en première en lien avec l’une des matières principales choisies par le lycéen.

Ces épreuves compteront pour 60% de la note finale de l’examen. Les 40% restants proviendront du contrôle continu : 30% lors d’épreuves communes au sein des établissements organisées en première et terminale et 10% des notes figurant sur les bulletins scolaires de ces deux années. Enfin, l’oral de rattrapage est maintenu.

2 – Quel est le but de cette réforme ?

Cette réforme du bac général, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, se base sur les propositions issues d’un rapport (document PDF) remis par Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille. Ce politologue fait le constat que le bac est devenu un examen trop lourd et trop cher à organiser, trop lourd également pour les candidats incités au bachotage. Pierre Mathiot pointe aussi un diplôme vide de sens, car la majorité des lycéens ne choisit pas sa filière (scientifique, économique et social ou littéraire) en fonction de son orientation post-bac.

Ainsi, le bac S est devenu la série la plus généraliste : « Les meilleurs lycéens, matheux ou pas, s’y inscrivaient pour ne pas se fermer de portes, au détriment des séries littéraires et économiques, et même au détriment du niveau scientifique global », résume Challenges. Enfin le rapport de Pierre Mathiot déplore « le poids de l’échec en première année de licence »à l’université, lié à la forme actuelle du bac et aux choix d’orientation.

Résultat : la réforme du lycée menée par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, prévoit la fin des séries actuelles de la voie générale (S, ES et L) au profit d’un nouveau tronc commun et de spécialités pour les classes de première et de terminale. « Nous voulons ainsi offrir plus de choix aux élèves, éviter les hiérarchies artificielles entre les séries », a promis le ministre en février 2018. Ce changement accompagne donc le nouveau visage du bac, un examen resserré autour de quatre épreuves, un grand oral et du contrôle continu.

3 – Quelles sont les spécialités qui vont remplacer les séries S, ES et L ?

Dans le cadre du nouveau bac général, les élèves suivront des enseignements communs déterminés par le ministère de l’Education nationale : du français en première puis de la philosophie en terminale ; de l’histoire-géographie ; un enseignement scientifique ; un enseignement moral et civique ; deux langues vivantes ; et de l’éducation physique et sportive.

Pour remplacer les séries littéraire, économique et social et scientifique, les élèves choisiront trois matières parmi douze spécialités en classe de première, ramenées à deux en terminale. Cela représente trois fois quatre heures hebdomadaires pour l’emploi du temps de première et deux fois six heures par semaine en terminale.

Le ministère de l’Education a défini douze spécialités : arts ; biologie-écologie ; histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; littérature et langues et culture de l’antiquité ; mathématiques ; numérique et sciences informatiques ; physique-chimie ; sciences de la vie et de la Terre ; sciences de l’ingénieur ; et sciences économiques et sociales.

Concernant le bac technologique, les séries actuelles sont conservées. A la manière de la filière générale, « des ajustements seront apportés pour proposer un socle de culture commune articulé avec les enseignements de spécialité », promet le ministère de l’Education. De même, le bac professionnel doit faire l’objet d’une réforme dédiée.

4 – Ces spécialités seront-elles proposées dans tous les lycées ?

Toutes les spécialités ne seront pas proposées par l’ensemble des établissements et la situation est contrastée selon la taille des lycées et leur implantation géographique. Sur les douze spécialités, Jean-Michel Blanquer a promis, dans une interview au Parisien, de « faire en sorte que les élèves aient un large choix, autour de sept spécialités dans leur établissement ou à proximité ».  Il s’agit de l’histoire-géographie, de la géopolitique et des sciences politiques ; des humanités, littérature et philosophie ; des langues, littératures et cultures étrangères ; des mathématiques ; de la physique-chimie ; des sciences de la vie et de la Terre ; et des sciences économiques et sociales.

Les cinq autres spécialités, moins classiques, ont fait l’objet d’arbitrages au niveau académique afin de garantir « l’accès des élèves à ces enseignements dans un périmètre géographique raisonnable », s’est engagé le ministère. Des lycéens devront donc se déplacer afin de suivre une spécialité qui n’est pas proposée dans le lycée auquel il est rattaché. Une carte des enseignements de spécialité par académie et par lycée a été publiée par le ministère. Attention, il s’agit pour le moment d’un « projet ».

En fonction des vœux définitifs, formulés par les élèves en fin de seconde, les listes de spécialité pourraient évoluer. « On ne pourra pas ouvrir une spécialité pour un ou deux élèves », prévient Philippe Vincent, le secrétaire général du SNPDEN, le syndicat des chefs d’établissement. Il fait état de « disparités entre académies car chacune n’a pas retenu le même mode de répartition dans les spécialités ». Par exemple, certaines ont choisi la « mutualisation » : plusieurs établissements se regroupent pour offrir davantage de spécialités en précisant à l’élève que certaines disciplines seront dispensées dans un autre lycée que celui de rattachement.

5 – Les lycéens seront-ils vraiment libres de choisir les spécialités qu’ils veulent ?

Conséquence du point précédent, les combinaisons de trois thématiques en première puis de deux en terminale ne seront pas toutes possibles pour les lycéens qui ne se verront pas forcément proposer toutes les spécialités. Pour Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, la réforme va « accentuer les inégalités »« Dans les lycées prestigieux et les lycées de centres-villes, vous trouverez quasiment l’intégralité des spécialités. De l’autre côté, les lycées de petites villes, de périphérie et ruraux ont une liste de disciplines bien plus réduite », explique-t-il.

Selon l’endroit où l’on vit, on ne pourra pas avoir accès à toutes les spécialités qui sont pourtant la pierre angulaire de la réforme. – Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE à franceinfo

Si un élève souhaite suivre une spécialité non proposée par son établissement de rattachement, il peut changer de lycée ou décider d’aller suivre cet enseignement spécifique dans un autre lycée que le sien. Mais là aussi, la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) redoute une « rupture d’égalité »« Au fur et à mesure que vous vous éloignez des centres-villes, c’est-à-dire soit en banlieue, soit dans des zones rurales, c’est impossible. Tout ça, c’est du temps de transport, c’est un coût… », met en garde Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE. « Qui peut croire qu’un lycéen ira seul dans un autre établissement suivre une spécialité ? Sans parler des problèmes d’emploi du temps, de transport… », surenchérit la secrétaire générale du Snes-FSU.

6 – Mais les séries S, ES et L vont-elles vraiment disparaître ?

La promesse de choix des spécialités et de liberté pour les élèves sera-t-elle tenue ? « Beaucoup d’établissements régulent les choix des élèves et recréent plus ou moins les anciennes séries », témoigne ainsi Frédérique Rolet.

« Avec dix spécialités, on peut faire 120 combinaisons possibles », calcule Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, qui se prépare au « casse-tête des emplois du temps »« Il y aura des limites, prévient-il, nous avons des contraintes en termes de salles de cours, de matériel… »  Mais il rappelle la « philosophie de la réforme » voulue par le ministère : « Partir du choix des élèves et aménager les classes. On fera tout pour laisser ces choix les plus ouverts possibles. »

Si on dit aux élèves qui prennent les maths, de choisir aussi physique-chimie et sciences et vie de la Terre, on fait un bac S et on tue la réforme. – Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN à franceinfo

En ne proposant que certaines spécialités (souvent les plus classiques), on peut s’attendre à la reproduction des séries L, ES ou S. « Au fur et à mesure qu’on s’éloigne des centres-villes, avec seulement les sept spécialités promises par le ministère, on peut recréer les séries », constate de son côté Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE.

7 – Et quelles conséquences pour les choix d’orientation ?

La réforme du bac intervient après celle de l’orientation post-bac. Un nom revient sur toutes les lèvres : Parcoursup, la plateforme qui recueille désormais les vœux des futurs bacheliers et de la procédure qui leur permet d’accéder à l’enseignement supérieur. Avec ce système, les universités passent les dossiers des élèves à la loupe pour les classer et leur accorder ou non une inscription. Pour déterminer si le profil du futur étudiant correspond au contenu de ses formations, l’université se base notamment sur « des attendus » fixés au niveau national par le ministère de l’Education nationale (au niveau local, chaque université peut affiner ses critères).

Conséquence : le choix des spécialités devient « conditionné à Parcoursup », déplore la secrétaire générale du Snes-FSU. Par exemple, les facultés de médecine estiment que la spécialité sciences de la vie et de la Terre est « incontournable » pour entrer en première année de médecine. « Mais on n’a pas une vision très claire des attendus, cela manque de transparence et il peut y avoir des cas contradictoires. Le risque, c’est d’enfermer des élèves dans des impasses sans le savoir », redoute Frédérique Rolet.

Si les spécialités ont vocation à entrer en cohérence avec les études poursuivies après le bac, les parents d’élèves dénoncent aussi un choix trop précoce. « Des enfants de seconde sont en plein développement psychologique et intellectuel, en éveil sur la société, leurs choix ne sont pas encore figés », souligne le coprésident de la FCPE.

8 – Pourquoi certains redoutent un bac « plus inégalitaire » ?

Au-delà des inégalités géographiques liées à l’accès aux spécialités, le poids pris par le contrôle continu dans l’évaluation des lycéens pose également problème aux détracteurs de la réforme. « L’offre de formation est différente selon les établissements, et l’organisation même des épreuves varie d’un établissement à l’autre », alerte Claire Guéville, professeure d’histoire-géographie en lycée et secrétaire nationale du syndicat Snes-FSU. « Partout où [l’évaluation par le contrôle continu] a été mis en place, on a observé un creusement des inégalités », affirme-t-elle.

Frédérique Rolet redoute un « bac à plusieurs vitesses » : « On dira ‘Là, l’évaluation est plus indulgente. Ici, les notes plus sévères…' » Un avis qui n’est pas partagé par les parents d’élèves de la FCPE qui se réjouissent de cet aspect de la réforme. « On ne pouvait sanctionner trois ans de vie lycéenne en une seule journée, surtout quand on connaît l’influence du stress sur les candidats », dit Rodrigo Arenas.

9 – J’ai eu la flemme de tout lire, vous pouvez me faire un résumé ?

Dans le cadre du nouveau bac, dont la première édition se déroulera en juin 2021, les séries littéraire (L), économique et social (ES) et scientifique (S) de la voie générale sont supprimées. L’examen final du bac sera resserré autour de quatre épreuves écrites et un grand oral, contre plus d’une dizaine auparavant.

A la rentrée 2019, les élèves de première devront suivre des enseignements communs et trois enseignements de spécialité, qui seront ramenés à deux en terminale. Les lycéens ont le choix entre douze spécialités, mais tous les établissements ne pourront pas les proposer. Parents d’élèves et syndicats dénoncent des inégalités territoriales. Ces spécialités s’annoncent déterminantes pour la poursuite des études après le bac.

Photo AFP/Philippe Lopez
Vincent Daniel
Article tiré de Franceinfo . le 24 janvier 2019

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