Venezuela – Peut-on parler d’un coup d’Etat ?

Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris et spécialiste de l’Amérique latine, décrypte les ressorts de la nouvelle crise politique qui secoue le pays.

Regain de tensions au Venezuela depuis la réélection contestée du président chaviste Nicolás Maduro en mai. «Est-il suffisant que nous nous en tenions à la Constitution sous une dictature ?» avait récemment lancé Juan Guaidó, à la tête du Parlement contrôlé par l’opposition et désormais président par intérim autoproclamé, qui avait appelé à une grande mobilisation (le 23 janvier) et à un gouvernement de transition avant de nouvelles élections. Si les Etats-Unis, le Brésil, le Canada, le Chili, l’Argentine, le Pérou et la Colombie lui ont d’ores et déjà apporté leur soutien, Cuba et la Bolivie ont dénoncé un coup d’Etat. Mais dans quelles circonstances peut-on réellement parler de coup d’Etat ? 

C’est une notion chargée d’histoire en Amérique latine, notamment depuis les indépendances au XXsiècle. «Ces régions subissent des coups d’Etat permanents, rappelle le directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Amérique latine Christophe Ventura. Nombre d’entre eux ont été appuyés par Washington, d’où la critique régulière de l’impérialisme américain», une nouvelle fois réitérée par Maduro. Son prédécesseur, Hugo Chávez, en avait fomenté un en 1992 ce qui lui avait d’ailleurs valu la prison, avant d’en être la cible en 2002. «Depuis 2009, on parle aussi de coups d’Etat parlementaires, légaux ou soft. Certains présidents, comme au Honduras ou au Brésil, ont été renversés sans la force brute militaire mais avec la majorité politique et l’appareil judiciaire»,rappelle le spécialiste.

Guerre de communication

Dans l’immédiat, difficile de parler de coup d’Etat au Venezuela, pour la simple et bonne raison que deux pouvoirs cohabitent encore, celui de Maduro qui bénéficie toujours de l’appui de l’armée, et celui de Juan Guaidó. «Il s’agit d’un coup de force de l’opposition qu’elle présente comme une révolte démocratique et que le pouvoir maduriste définit, lui, comme un coup d’Etat jugeant d’une dimension conspirationniste, souligne Christophe Ventura évoquant une guerre de communication. Un coup d’Etat serait consommé en cas de destitution violente de Nicolas Maduro. Mais aujourd’hui, l’armée lui est loyale, même si on a vu ici ou là des mini soulèvements dans certaines casernesLe système institutionnel ne fonctionne plus. Rien ne se déroulera de façon pacifique. Ça pourrait même déboucher sur une guerre civile. Pour sortir de l’impasse, il faut un dialogue minimal entre les deux parties.»

Juan Guaidó ne semble pas en prendre le chemin puisqu’au cours d’une récente interview télévisée, il a appelé les Vénézuéliens à poursuivre la mobilisation. Pour le moment, les troubles ont fait au moins 26 morts en quatre jours, selon l’ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social et plus de 350 manifestants ont été arrêtés au cours de la semaine, selon l’ONU.

Photo AFP/Federico Parra
Aurore Coulaud
Article tiré de Libération . le 25 janvier 2019

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