Les gilets jaunes vont-ils bousculer les Européennes ?

La déclaration de candidature d’une dizaine de gilets jaunes aux élections européennes pose des questions de légitimité démocratique au sein du mouvement et suscite des réactions politiques en série. Au-delà de cette initiative, la mobilisation pèsera-t-elle sur le vote ?

À la veille de l’acte XI des gilets jaunes, une dizaine d’entre eux se sont déclarés candidats sous la bannière du « ralliement d’initiative citoyenne – RIC » sans pouvoir se prévaloir de l’assentiment du reste du mouvement.Aussitôt, un sondage Elabe pour BFMTV réalisé avant l’annonce indiquait qu’« une liste gilets jaunes » arriverait troisième lors des européennes du 26 mai, avec 13 % des voix, derrière La République en Marche (22,5 %) et le Rassemblement national (17,5 %).

Emmené par Ingrid Levavasseur, une aide-soignante de 31 ans, l’embryon de liste a suscité une vive réaction du président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan qui s’est interrogé sur un possible « coup politique avec Bernard Tapie ». Celui-ci avait prêté début janvier les locaux du journal La Provence à certains gilets jaunes, dont Ingrid Levavasseur. Une accusation récusée par Hayk Shahinyan, celui qui se présente comme directeur de campagne de la liste à venir et dont l’engagement passé au Mouvement des jeunes socialistes a été pointé par Marine Le Pen.

Stratégie à multiples inconnues

La volonté de présenter une liste pourrait se retourner contre eux, prévient Gaël Sliman, président de l’Institut Odoxa : « Soit ils parviennent à s’accorder et à dire des choses précises, et il sera difficile de continuer à plaire à tout le monde ; soit ils n’y parviennent pas, et le flou ne peut pas être toléré pour un parti politique qui se présente aux élections. »

La déclaration de candidature a en tout cas suscité d’importants remous au sein du mouvement et des réactions hostiles de la part d’autres figures médiatiques des gilets jaunes. « Voter Gilets jaunes, c’est voter Macron », prévient ainsi dans un communiqué « La France en colère !!! », le groupe d’Eric Drouet, un gilet jaune habitué à la polémique. Maxime Nicolle, autre personnage controversé des gilets jaunes, dénonce quant à lui une liste « d’opportunistes » et de « vendus ».

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux estime, pour sa part, « plus sain » que le débat se « fasse dans les urnes à visage découvert » avec la constitution annoncée d’une liste « gilets jaunes » aux européennes, un « processus intéressant ».

Imposer la question sociale dans le débat

LREM espère en effet qu’une liste supplémentaire aura pour effet de diviser les voix de l’opposition tout en fracturant le mouvement de contestation que rien n’arrête depuis deux mois et demi.

C’est là tout l’enjeu : au-delà de la présence ou non d’une liste estampillée « gilets jaunes » lors du scrutin européen, la question sociale, celle de l’injustice fiscale ou encore du refus des inégalités, structureront-elles le débat électoral ?

Si c’est le cas, le mouvement des gilets jaunes aura rendu un précieux service aux Français.

Photo AFP
Léo Purguette
Article tiré de la Marseillaise . le 26 janvier 2019

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