Fort de chiffres «historiques», Edouard Philippe défend les 80 km/h

Le nombre de morts sur les routes a atteint l’an passé son plus bas niveau jamais enregistré. De quoi renforcer le Premier ministre, partisan d’une baisse de la vitesse limite.

«Ce sont des résultats historiques», s’est félicité Edouard Philippe. Alors que ressurgit le débat sur les 80 km/h, le Premier ministre a présenté lundi les chiffres de la sécurité routière pour l’année 2018. Y trouvant matière à défendre le train de mesures adoptées l’année passée, parmi lesquelles la baisse de la vitesse maximum sur le réseau secondaire. «Depuis qu’on mesure l’accidentologie routière, il n’y a jamais eu aussi peu de morts sur les routes françaises», a insisté l’hôte de Matignon depuis un établissement accueillant des blessés de la route à Coubert (Seine-et-Marne) : 3 259 décès précisément, soit 5,5% de moins qu’en 2017. Le nombre de blessés a diminué dans les mêmes proportions. Quant au nombre d’hospitalisations de plus de vingt-quatre heures, il a baissé de 24,8%.

Si le nombre de morts sur la route s’est effondré sur le long terme – il dépassait les 18 000 au début des années 1970 – un rebond de la mortalité depuis 2013 avait décidé Edouard Philippe à annoncer, au début de l’an passé, une série des mesures répressives : possible suspension du permis en cas d’usage du téléphone au volant, développement des éthylotests antidémarrage… mais surtout une baisse générale, de 90 à 80 km/h, de la vitesse limite sur les routes à deux voies sans séparateur. Une mesure très impopulaire qui, pour de nombreux élus et automobilistes, pénalise les populations rurales, les plus dépendantes de la voiture dans leur vie quotidienne.

«Modalités»

Pour Edouard Philippe, ces bons résultats démontrent le bien-fondé de ces mesures : «La sécurité routière, ce n’est pas le destin qui s’écroule sur vous, c’est quelque chose sur quoi on a la main, a-t-il insisté. Il y a des mesures qui permettent d’obtenir des résultats.» Mais le Premier ministre a aussi reconnu que la baisse de la vitesse avait «parfois suscité l’incompréhension, et d’une certaine façon la colère». Et n’a pas écarté de futurs ajustements, en concertation avec les élus locaux. «Au cours du mois de février, je ferai connaître département par département les chiffres à chaque président de conseiller départemental. [Chacun] pourra réagir et faire part de ses propositions», a-t-il annoncé, sans s’avancer sur les «modalités» d’une éventuelle révision.

De tels ajustements ont déjà été évoqués par Emmanuel Macron. «Peut-être que par un dialogue plus territorial, […] on pourrait trouver quelque chose de plus pragmatique, qui soit mieux accepté et qui ait le même résultat», a récemment estimé le chef de l’Etat devant une assemblée de maires normands.

Il est vrai que la mesure – en théorie expérimentale – ne figurait pas au programme du candidat Macron ; celui-ci l’avait même explicitement écartée durant sa campagne. L’an passé, plusieurs proches du chef de l’Etat avaient fait connaître leurs doutes, voire leur franche opposition à un projet soutenu avant tout par le Premier ministre. Redoutant qu’il ne creuse l’incompréhension entre la ruralité et un macronisme souvent jugé «déconnecté» et centré sur les grandes métropoles. Une préoccupation ravivée par la crise des gilets jaunes et le grand débat national ouvert par l’exécutif : sur la plateforme en ligne de ce dernier, de nombreuses contributions d’internautes réclament le retour aux 90 km/h.

A la carte

Sous pression, le Premier ministre a dû se déclarer lundi moins attaché aux «modalités» de sa politique routière qu’à ses «résultats» «C’est important que nos concitoyens nous disent si oui ou non ils partagent l’objectif de faire baisser le nombre de morts et d’accidentés, s’ils sont prêts ou non à changer un certain nombre de comportements ou de règles […] Tous ceux qui viendront faire des propositions pour les maintenir ou les améliorer seront les bienvenus», a-t-il assuré. Sans écarter ni confirmer que les départements pourront, à l’avenir, choisir de revenir aux 90 km/h sur certains tronçons.

Un tel changement reviendrait à reconnaître au moins une erreur de méthode. L’idée d’une adaptation «à la carte» de la vitesse avait été défendue par les élus locaux, mais écartée par Matignon au profit d’une baisse uniforme. Les chiffres publiés lundi placent toutefois Edouard Philippe en position de force face aux critiques : «Il serait inouï, a-t-il jugé, de prendre des décisions qui auraient pour impact de faire augmenter le nombre de morts.»

Photo : Albert Facelly
Dominique Albertini
Article tiré de Libération  le 28 janvier 2019

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