Jérémie Gauthier – « On ne peut pas parler de bavures puisque l’usage de ces armes s’inscrit dans une volonté politique » (vidéo)

 

Après un nouveau week-end marqué par un climat de tension de plus en plus tendu, le sociologue Jérémie Gauthier, co-auteur de Police, questions sensibles (PUF, 2018), est l’invité de #LaMidinale.

 

 Sur les gilets jaunes 
« Il faut rappeler que cette mobilisation est une mobilisation qui concerne des questions économiques, l’imposition la justice fiscale, les taxes, mais qui concerne aussi l’ordre symbolique avec une volonté d’exister dans l’espace public, dans les médias, d’être écoutés pour un certain nombre de personnes qui n’ont pas accès à ces espaces de paroles. »
« Petit à petit, au cours de ces mobilisations, les questions policières ont pris de plus en plus de place. »

 Sur la réponse policière 
« Il est assez clair que la réponse qui a été privilégiée de la part des autorités est une réponse policière. »
« Pour évaluer la nature et l’intensité de ces confrontations, il faut regarder dans l’histoire. On peut remonter aux grandes grèves de l’après-guerre, en mai 68, les manifestations autonomes des années 70 et évidemment les confrontations qui ont lieu dans les quartiers populaires des grandes villes depuis la fin des années 70. »

 Sur la radicalisation des manifestants et des forces de l’ordre 
« Le terme de radicalisation est compliqué a manié dans le contexte actuel. »
« Les manifestants semblent s’être déradicalisés puisqu’on ne manifeste plus en France avec des armes à feu (…). Du côté des forces de l’ordre, l’équipement est sans commune mesure avec ce qu’il était il y a encore une vingtaine d’année. »

 Sur l’équipement des forces de l’ordre 
« Certaines des armes des forces de l’ordre sont fabriquées par des sociétés qui produisent de l’armement guerrier. »
« La comparaison européenne montre que la police française se caractérise par à la fois des stratégies et à la fois un équipement particulièrement dolosif et des stratégies particulièrement répressives. »
« Du côté allemand, toutes les observations qu’on a menées montrent qu’en manifestation, ces types d’armes – de type flash ball – ne sont pas utilisées. »
« D’une manière générale, le nombre et l’intensité des blessures qu’on relève ces derniers temps en Allemagne est sans commune mesure avec ce qu’on relève en ce moment en France. »

 Sur la formation des forces de l’ordre 
« La police française est une institution qui forme, spécialise ses agents dans le maintien de l’ordre. »
« On voit de plus en plus fréquemment – principalement depuis les révoltes dans les quartiers populaires – que, à ces unités spécialement formées pour le maintien de l’ordre, on y ajoute des unités issues de la police de sécurité publique comme les brigades anti criminalité, qui sont des policiers en civiles, très mobiles. »

 Sur le cas de Jérôme Rodrigues et les blessés côté manifestants 
« Ces actes, ces blessures, ces mutilations interviennent dans le cadre d’une doctrine d’emploi des policiers. »
« Dans le contexte du maintien de l’ordre, les policiers sont très fortement encadrés par leur hiérarchie et le pouvoir politique qui garde un oeil très attentif sur ces stratégies de maintien de l’ordre. »
« Je ne pense pas qu’on puisse parler de bavures puisque l’usage des ces armes s’inscrit dans une volonté politique, une volonté policière et une doctrine d’emploi de la police. »

 Sur le bilan des victimes des violences policières (et la transparence) 
« On constate que d’un côté, les policiers sont très fréquemment sanctionnés mais ils le sont pour des faits qui relèvent d’actes d’atteintes à leur propre institution : actes de corruption, de vol de matériel, d’atteintes à leurs propres collègues. En revanche, quand il s’agit de faits de violence envers des manifestants, envers la population, ces faits-là, sont beaucoup plus rarement sanctionnés par l’administration policière. Peut-être est-ce en raison, en France, de l’absence d’une organisation de contrôle de la police, indépendante. »
« Dans ce type d’affaires [Jérôme Rodrigues], il est important de mettre en cause la responsabilité du pouvoir politique – les gens qui définissent la doctrine d’emploi, et l’armement de ces policiers. »

 Sur les relations police/population (comparaison avec l’Allemagne) 
« En Allemagne, c’est qui est très frappant, quand on observe la police du quotidien allemande, c’est qu’on lui donne pour mission d’être une police de service public, de réponses aux demandes de la population, une police de résolutions de conflits et les policiers sont formés pour cela – ils valorisent ce type de missions – alors qu’en France ce sont d’autres types de missions qui sont valorisées par les policiers, souvent des missions qui sont liées à l’anti-criminalité et à l’anti-délinquance. »

Article tiré de Regards  le 28 janvier 2019

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