Le dossier de la lutte contre l’abus des emplois courts fait frémir le patronat

Devant des gilets jaunes, Emmanuel Macron a répété en fin de semaine dernière sa volonté de contrer  l’abus de contrats courts. Un sujet sur lequel les négociations entre syndicats et patronat viennent de buter.

Lors de sa rencontre avec des citoyens dans la Drôme jeudi, Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de réguler les contrats courts par un système de « bonus-malus », consistant à moduler les cotisations chômage de l’employeur en fonction du taux de rupture de contrats de travail. « Je souhaite qu’on aille au bout, branche par branche, parce que c’est vertueux », a-t-il déclaré… tout en précisant d’emblée que les règles devaient varier selon les secteurs d’activité, confrontés à des besoins différents.

Ces contrats courts ont été multipliés par trois en 20 ans pour atteindre le chiffre vertigineux de 17,6 millions. Beaucoup plus nombreux, les contrats sont aussi beaucoup plus courts : 46 jours en moyenne en 2017 contre 112 en 2001 comme le rappelle une étude de l’Office français de conjoncture économique (OFCE) de fin 2018. Des moyennes qui masquent que certains contrats sont d’un seul jour voire… à l’heure. Enfin, cela s’accompagne d’une forte hausse de la pratique de la réembauche par un même employeur. Non content de favoriser le chômage et la précarité, cela génère un surcoût estimé à 2 milliards d’euros pour l’Unedic.

Le sujet vient à nouveau (comme en octobre dernier) de conduire dans l’impasse les négociations sur l’assurance chômage entre patronat et syndicats. Mardi, la séance a été suspendue et la négociation prolongée jusqu’au 20 février. Les trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) sont vent debout contre l’idée d’un bonus-malus. Et de lister les « effets pervers » que provoquerait une modulation des cotisations chômage de l’employeur en fonction du taux de rupture de contrats de travail. Ce serait « un frein à l’activité » car « les entreprises refuseraient des commandes pour ne pas avoir à embaucher des contrats courts », il « fragiliserait les entreprises en difficulté » qui doivent licencier ; il « pénaliserait les PME » dont « l’activité est plus volatile que les grandes entreprises ».

Présentation à charge

Des arguments qui n’ont pas convaincu les syndicats de salariés. « C’était la présentation à charge d’une piste qu’ils ne veulent pas ouvrir », résume Marylise Léon de la CFDT, qui défend « une cotisation dégressive » en fonction de la durée du contrat. « Je n’ai pas renoncé au bonus-malus, ça reste pour nous une condition d’une éventuelle signature d’accord », martèle Michel Beaugas de FO. « Pas question d’abandonner nos propositions de malus pour les donneurs d’ordre », plaide pour sa part Denis Gravouil de la CGT. La centrale est en effet opposée au « bonus », estimant que « les entreprises bénéficient déjà beaucoup d’aides que ce soit des exonérations ou des aides publiques ».

Beaucoup voient dans la sortie de Macron un effet de com’ et attendent de voir pour croire. Ce serait en effet la première fois que le président irait à l’encontre des exigences de l’entreprise.

Photo : AFP
Angélique Schaller avec AFP
Article tiré de la Marseillaise  le 28 janvier 2019

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