LREM – L’ouverture en détricotant

Les députés de la majorité changent de stratégie vis-à-vis de l’opposition : ils pourraient voter plusieurs textes, discutés jeudi dans l’hémicycle. Non sans avoir d’abord limité largement leur portée. 

Les députés La République en marche seraient-ils touchés par la grâce du grand débat national ? Ils pourraient bien voter, jeudi dans l’hémicycle, trois propositions de loi présentées par leurs collègues socialistes. Un pas vers l’opposition, plutôt exceptionnel pour cette majorité qui avait plutôt pour habitude de rejeter aussi sec toute idée ne venant pas de ses rangs. Ce gage pourrait pourtant aboutir à une situation paradoxale : des macronistes applaudissant un beau moment de consensus et d’unité face à des socialistes finalement dépités du sort réservé à leurs textes.

Car ces derniers ont été échaudés par les débats qui se sont tenus en commission la semaine précédente. Certes, côté pile, leurs propositions de loi visant à créer un fonds d’indemnisation pour les victimes de pesticides, à lutter contre les déserts médicaux ou pour l’inclusion des élèves handicapés ont été adoptées. Mais côté face, il n’y a pas de quoi se réjouir pour Boris Vallaud : «Les amendements de la majorité ont consisté à travestir nos textes.» A l’arrivée, déplore le député socialiste, «des lois réduites à pas grand-chose que la majorité a votées, fière de sa ruse mais qui n’ont plus rien à voir» avec les versions initiales. Boris Vallaud, qui a croisé, la semaine dernière dans les couloirs, le président du groupe LREM, Gilles Le Gendre, lui a glissé son amertume : «J’ai entendu dire que vous changiez de stratégie. Si c’est pour vider nos propositions de leur substance, ce n’est pas la peine.»

«On désosse tout ce qui ne nous va pas»

La majorité a en effet décidé d’aborder autrement ces «niches» parlementaires. Une «niche», c’est pour chaque groupe politique, une fenêtre de tir – une journée par an – pour inscrire à l’ordre du jour les textes de son choix. Jusqu’alors les députés LREM ne s’embarrassaient pas avec leurs opposants. Ils faisaient adopter, dès le départ, une motion de rejet, qui coupait court au débat et hop, retour à l’envoyeur. Mais à l’automne dernier, la niche réservée au groupe Les Républicains, leur a laissé un souvenir cuisant. Après avoir renvoyé directement une proposition de loi sur les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), ils avaient eu affaire à un François Ruffin furibard, les accusant de «paresse» et de «sectarisme» et espérant que «le pays ne le leur pardonnerait pas». A l’heure où Emmanuel Macron mise sur le grand débat pour apaiser la crise des gilets jaunes, ses troupes veulent donc montrer qu’elles sont ouvertes aux idées des autres.

Les marcheurs semblent vouloir y mettre les formes. D’autant que le PS se targue d’avoir choisi des thèmes consensuels, sans partir bille en tête sur des marqueurs impossibles à faire voter comme le retour de l’ISF. Mais si elle daigne débattre des sujets portés par d’autres, la majorité n’hésite pas, au passage, à les réécrire à sa sauce. «Nos oppositions nous tendent une embuscade avec leurs textes ? Nous, on renverse le truc. D’accord, on ouvre le dossier mais on désosse tout ce qui ne nous va pas», feinte un député LREM.

«Peau de chagrin»

Sur l’école inclusive, les deux premiers articles – affectation d’un accompagnant pour les élèves handicapés au plus tard quarante-cinq jours avant la rentrée et recrutement des AESH en CDI –, ont ainsi été rejetés. De quoi «retirer au texte sa substance et sa raison d’être», regrette son rapporteur le socialiste Christophe Bouillon. Quant à l’indemnisation des victimes de pesticides, les députés ont bien voté la création d’un fonds d’ici au 1er janvier 2020 mais ils en ont limité la portée en restreignant le champ des personnes concernées et le régime de réparation. «C’est un petit pas. A quoi sert de créer le fonds si c’est une coquille vide», s’agace Dominique Potier, rapporteur du texte. Rappelant qu’un projet de loi gouvernemental sur la santé arrive à l’Assemblée mi-mars, la majorité avait aussi taillé dans les dispositions sur les déserts médicaux présentés par l’ancien ministre Guillaume Garot. Lequel s’est désolé de voir son texte «dévitalisé» et réduit à une «peau de chagrin».

Si elle a ratiboisé un peu court, la majorité pourrait être plus conciliante dans l’hémicycle jeudi, après avoir obtenu quelques compromis auprès du gouvernement. «Le PS va être surpris de voir qu’on a vraiment négocié», fait miroiter un membre du bureau du groupe LREM. Et sur le fonds d’indemnisation des pathologies liées à l’exposition aux pesticides, le député marcheur Matthieu Orphelin ne désespère pas de décrocher des avancées. Il a même redéposé des amendements.

Se défendant de piéger l’opposition, la vice-présidente du groupe LREM, Amélie de Montchalin, voit dans ces procédures une «majorité dans son rôle, qui étudie des propositions, les enrichit quand elle peut et ne vote pas des positions qui seraient orthogonales» à la ligne présidentielle. Valérie Rabault, présidente du groupe PS met, elle, les marcheurs au défi, en ces temps de consultation nationale : «Soit ils sont dans une démarche sincère, soit ils pratiquent une ouverture de façade. Jeudi, ce sera un moment de vérité sur ce qu’est réellement le grand débat.»

Photo : AFP – Philippe Lopez
Laure Equy
Article tiré de Libération  le 30 janvier 2019

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