Violences policières – Le poker menteur de Macron, Castaner et Nuñez

Dix semaines de gilets jaunes, des milliers de blessés, onze morts et un pouvoir qui oscille entre déni de réalité et mensonges au sujet de la violence des forces de l’ordre.

En matière de « faits alternatifs » et de « post-vérité », Donald Trump est le fer de lance à l’échelle planétaire. En France, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et même quelques cadres Les Républicains s’y sont récemment illustrés avec le pacte de Marrakech et le traité d’Aix-la-Chapelle. La palme revient à la tête de liste RN aux élections européennes, Jordan Bardella, invité sur France Inter le 22 janvier dernier et qui, alors que Léa Salamé le prend en flagrant délit de mensonge, rétorque : « On a le droit d’avoir un avis divergent ». 2019, la réalité des faits compte moins qu’un « avis ».

Mais l’extrême droite n’a pas le monopole de la mauvaise foi politicienne.

Depuis plus de dix semaines, les gilets jaunes manifestent chaque samedi leur colère à l’encontre de la politique d’Emmanuel Macron. En réponse à leurs demandes sociales, ils n’auront eu droit qu’à des tirs de LBD (c’est comme les Flash-Balls, mais en plus puissant) et une loi, dite « anti-casseurs » en discussion en ce moment au Parlement. Face aux innombrables faits de violences policières, l’exécutif s’emmure dans le déni.

Castaner ment

Fin janvier, le ministère de l’Intérieur compte « plus de 1700 blessés parmi les manifestants et un millier chez les forces de l’ordre », peut-on lire sur 20 Minutes. Un nombre de manifestants blessés par les forces de l’ordre qui serait bien en deçà de la réalité selon le collectif Désarmons-les, qui en dénombre entre 2000 et 3000.

De son côté, le journaliste indépendant David Dufresne compile depuis le début du mouvement ces violences. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il fait état de 358 signalements pour des blessures graves, dont 160 blessures à la tête, 18 éborgnés, quatre mains arrachées et un décès.

Mais à en croire le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 22 janvier, il y aurait seulement « quatre personnes qui ont eu des atteintes graves à la vision. Certains pouvant effectivement perdre un œil. » Outre l’affreuse novlangue d' »atteinte à la vision », on passerait donc de 18 éborgnés à quatre personnes blessées dont « certaines » auraient perdu un œil. « On est dans le mensonge d’Etat », lance David Dufresne au Monde.

Macron ment

En voyage en Égypte pour louer les bienfaits de la démocratie… Euh… Non, pardon. En voyage en Égypte pour vendre des armes à un dictateur, Emmanuel Macron est interpellé lors d’une conférence de presse au sujet des violences policières françaises. Le chef de l’Etat rétorque :

« Je déplore que onze de nos concitoyens français aient perdu la vie durant cette crise […] Je note qu’ils ont bien souvent perdu la vie en raison de la bêtise humaine mais qu’aucun d’entre eux n’a été la victime des forces de l’ordre. »

Si la quasi-totalité des morts en question est plutôt due à des accidents de la route aux abords des ronds-points occupés, Emmanuel Macron omet le décès de Zineb Redouane, début décembre – bien qu’il la compte parmi les onze. Cette Marseillaise de 80 ans est morte après avoir reçu en plein visage une grenade lacrymogène. Elle voulait simplement fermer ses volets pour se protéger des heurts qui avaient cours en bas de chez elle. Une victime collatérale des forces de l’ordre n’en est pas moins une victime des forces de l’ordre.

Nuñez ment

Le cas de Jérôme Rodrigues est devenu emblématique. Parce qu’il est une figure du mouvement des gilets jaunes, mais aussi et surtout parce qu’il effectuait un « Facebook live » au moment de sa blessure. On voit sur sa vidéo un manifestant pacifique, délibérément pris pour cible le 26 janvier. Lui affirme avoir d’abord reçu une grenade de désencerclement, puis un tir de LBD40 qui l’a atteint à l’œil.

La version policière diffère quelque peu, puisque le 27 janvier Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès de ministre de l’Intérieur, affirme à qui veut l’entendre qu’il n’a « aucun élément [lui] permettant de dire qu’il y a eu usage d’un lanceur de balle de défense », mais que Jérôme Rodrigues aurait été blessé par des éclats de grenade de désencerclement.

Notons ici que Laurent Nuñez dépense beaucoup d’énergies à justifier comment a été mutilé Jérôme Rodrigues, sans jamais aborder le pourquoi. Sans regretter, non plus, qu’on en soit arrivé là : revenir blessé, voire éborgné, d’une manifestation.

Laurent Nuñez a multiplié les apparitions médiatiques pour contredire la version de Jérôme Rodrigues. Parole contre parole. Et puis, l’émission Quotidien s’est procurée des images de la scène filmée sous un autre angle. Et l’on y voit clairement deux moments : l’explosion d’une grenade suivie d’un tir de LBD.

En attendant la résolution de cette histoire, l’IGPN a déjà ouvert 101 enquêtes. Et vivement la loi sur les fake news ! Ou pas.

Loïc Le Clerc
Article tiré de Regards  le 30 janvier 2019

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