Une loi pour la fin des violences ou des manifs ?

Les députés examinent la loi anticasseurs imaginée pour mettre fin aux violences dans les manifs… Un texte qui gêne jusque dans la majorité LREM.

C’est l’heure de vérité sur la gestion du mouvement des gilets jaunes par le gouvernement. Depuis mardi soir, les députés examinent le projet de loi voulu par Edouard Philippe et Macron pour mettre fin aux violences dans les manifestations.Récupéré auprès du Sénat à majorité à droite, le texte gêne jusque dans la majorité LREM.

Il prévoit en effet un périmètre de protection où tout ou presque est permis aux forces de l’ordre pendant une manifestation. Il inaugure l’interdiction administrative de manifester qui jusque-là était dans les mains de la justice. Il imagine un fichier des interdits de manifester. Il invente un délit de dissimulation du visage cher payé. Il crée le principe du casseur-payeur avec présomption de responsabilité.

Liberticide : le commentaire s’impose. Et la commission des Lois de l’Assemblée nationale dominée par LREM de tenter de rattraper le coup. Les députés de la majorité ne veulent pas du filtrage et des interdictions administratives en l’état et demandent une réécriture. Ils suppriment l’idée d’un nouveau fichier pour la remplacer par une nouvelle mention – ponctuelle – dans le fichier des personnes recherchées et ajoutent la nécessité d’une preuve pour faire payer quelqu’un…

L’ensemble laisse aussi à beaucoup un sentiment d’inutilité.Bien des objectifs poursuivis sont atteignables avec la législation en vigueur, d’autant qu’elle a été «complétée» récemment par une transcription de l’État d’urgence dans le droit commun. Car la violence dans les manifestations n’est pas un phénomène nouveau. Les Black Blocks ont même donné lieu à toute une littérature sociologique pointant des origines dans l’Allemagne des années 1960, un développement dans les mouvements anti-mondialistes, l’arrivée en France, à Nice, contre un sommet de l’Union européenne en 2000, leur présence à Notre-Dame des Landes dès 2014, durant les manifestations contre la Loi Travail en 2016 ou le 1er mai dernier dans le cortège des travailleurs.

Gendarmerie plus lucide que le gouvernement

De Black Blocks à casseurs, le gouvernement joue volontiers l’amalgame.Pourtant, ce n’est pas le cas des forces de l’ordre comme l’atteste une note de recherche du centre de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN) datant de 2016 et explicitement intitulée « les black blocks: preuve de la mutation de la contestation sociale ». Elle les distingue très clairement des vandales, et décrypte les différentes techniques utilisées, contre les biens ou contre la police. Et de souligner que cela constitue « un défi pour les forces de l’ordre » qui doivent « adapter leur réponse » mais « dans le respect de deux principes essentiels dans le maintien de l’ordre : la proportionnalité et la gradation de l’action » et sans négliger leur «propre effet générateur, amplificateur, de troubles à l’ordre public ». Enfin, l’objectif de « désescalade » de la violence est clairement affiché.

« Désescalade de la violence » est justement la formule utilisée à plusieurs reprises par la députée insoumise Clémentine Autain durant les débats en commission des Lois. Sans effet. Car si les députés de la majorité sont troublés par le contenu du texte, ils restent comme un seul homme derrière leur gouvernement. Or, celui-ci est dans le déni le plus total des sommets de violence atteints durant ces manifestations.

Pourtant, les images et les chiffres interpellent. Des milliers de blessés de part et d’autre et, du côté des manifestants, des mains arrachées, des blessures à la tête, des victimes  éborgnées… 101 enquêtes IGPN, la police des polices, ont été ouvertes depuis novembre. De plus, les victimes sont très diverses, et non pas cantonnées au milieu militant activiste qui pourrait alimenter la thèse du « ils l’ont bien cherché ».

Les armes dites de défense utilisées par la police sont remises en cause, jusqu’au défenseur des droits, Jacques Toubon, qui demande l’interdiction des lanceurs de balle de défense.D’autres s’en prennent à la « doctrine d’emploi », s’interrogeant sur les consignes données aux forces de l’ordre ou sur la formation. Mais ces débats sont interdits, le gouvernement réduisant les échanges à un « pour ou contre la violence ». Castaner  en reste à sa phrase devenue célèbre, prononcée à Carcassonne le 15 janvier dernier : « je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des gilets jaunes ».

Ce déni ne sert ni l’apaisement, ni la police, globalement mise dans le même sac que ces débordements.

Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 31 janvier 2019

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