Cinéma – « Un coup de maître » de Gaston Duprat

Argentine – Espagne : 2018
Titre original : Mi obra maestra
Réalisation : Gastón Duprat
Scénario : Andrés Duprat
Interprètes : Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo
Distribution : Eurozoom
Durée : 1h40
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 6 février 2019

4/5

Il y a 2 ans, un film argentin avait apporté une preuve supplémentaire de la vitalité du cinéma de son pays d’origine. Son titre : Citoyen d’honneur. Ses réalisateurs : Gastón Duprat et Mariano Cohn. Son scénariste : Andrés Duprat. Un trio que l’on retrouve dans Un coup de maître, sauf que, si Andrés Duprat est toujours scénariste, son frère Gastón est cette fois ci le seul réalisateur, Mariano Cohn étant à la production. Un coup de maître a été présenté hors compétition à la dernière Mostra de Venise.

Synopsis : Arturo est le propriétaire d’une galerie d’art à Buenos Aires ; un homme charmant, sophistiqué mais, sans scrupules.  Il représente Renzo, un peintre loufoque et torturé qui traverse une petite baisse de régime. Leur relation est faite d’amour et de haine. Un jour, Renzo est victime d’un accident et perd la mémoire. Profitant de cette situation, Arturo élabore un plan osé pour les faire revenir sur le devant de la scène artistique.

Difficile à gérer ? Non, impossible !

Pas facile lorsqu’on est propriétaire d’une galerie d’art d’avoir à gérer la carrière d’un peintre foutraque, extravagant, provocateur et imprévisible, un ensemble qui se résume en un mot : … ingérable. Qui plus est, cet artiste n’est plus à la mode, sa cote a sérieusement baissé, il est couvert de dettes et le propriétaire de la maison qu’il habite avec ses chats et ses chiens menace très sérieusement de le mettre à la porte s’il ne s’acquitte pas des loyers qu’il a en retard. En plus, il se trouve que cet homme, malgré tous ses travers et les soucis qu’ils vous causent, est votre ami depuis des dizaines d’années et qu’il vous est toujours resté fidèle en refusant les propositions financièrement alléchantes qu’on lui faisait lorsque, dans les années 80, il était au firmament de sa carrière artistique.

Toutefois, cet artiste sur le déclin, Renzo Nervi, a encore des admirateurs, tel Alex, un jeune espagnol qui insiste pour devenir son élève. Un élève qui, pour Renzo, ne pourra jamais devenir un artiste car trop rigoureux, trop rationnel, et, surtout trop humble. Etre ambitieux et égoïste, voilà les qualités qui font un bon artiste. Vraiment spécial, ce Renzo, « qui compte les années à partir de la date de la naissance de Rembrandt, qui était un génie, et non du Christ, qui était un cinglé ». Spécial et quelque peu alcoolique, au point de se faire renverser par un camion en sortant d’un restaurant où il a réussi à ne pas payer l’addition. Et si l’amnésie qui touche alors Renzo permettait à Arturo, le propriétaire de la galerie d’art, de trouver une solution à ses problèmes, à leurs problèmes ?!

Une excellente comédie ? Pas seulement !

Il est très rare que le scénariste d’un film dont les personnages principaux sont un peintre contemporain et le propriétaire d’une galerie d’art soit en même temps le Directeur du Musée National des Beaux-Arts de son pays. C’est le cas de Andrés Duprat, scénariste de Un coup de maître et de nombreux autres films, la plupart ayant un lien fort avec l’art, tout en étant architecte, conservateur d’art et donc, Directeur de musée. Une position qui permet au film de ne pas se contenter d’être une excellente comédie dramatique mais également de mettre en valeur un grand nombre d’artistes argentins contemporains. C’est ainsi que les toiles censées être l’œuvre de Renzo ont toutes été peintes par Carlos Gorriarena, un peintre décédé en 2007, que le tableau attribué à un certain Andrey Kahler dans le film est en fait l’œuvre du photographe et peintre Augusto Ferrari et qu’on peut admirer des tableaux de Eduardo Stupia, par ailleurs ancien attaché de presse d’une société de distribution de … films, dans une galerie dans laquelle le film nous introduit. A propos d’Augusto Ferrari, on ne manquera pas de rappeler que cet artiste avait fait l’objet d’une exposition en France, lors des Rencontres d’Arles 2010. Le commissaire de l’exposition ? Andrés Duprat !

Cette situation de proximité du scénariste avec l’art pictural contemporain de son pays ne l’empêche pas de se montrer très critique sur le milieu et sur ses clients, avec la prédominance de l’argent qui, trop souvent, prend le pas sur les qualités artistiques, les effets de mode, les cotes qui, parfois, s’envolent à la mort d’un artiste. Ces réflexions sur le monde de l’art renforcent l’impression générale que laisse le film : celle d’une comédie grinçante qui, comme l’avait déjà fait Citoyen d’honneur, nous rappelle les grandes heures de la comédie à l’italienne des années 60 et 70, ces films savoureux dans lesquels « le cynisme le dispute à la tendresse, la mesquinerie à la générosité ».

Un duo qui fonctionne à la perfection

La distribution de Un coup de maître tourne autour de deux personnages principaux et de deux seconds rôles dont l’un est plus important que l’autre. Les interprètes des personnages principaux, Guillermo Francella, l’interprète d’Arturo, et Luis Brandoni, celui de Renzo, avaient déjà tenu les deux rôle principaux dans la mini-série TV Durmiendo con mi jefe.  il y a une quinzaine d’années. Autant dire que le duo fonctionne à la perfection ! Des deux, Guillermo Francella est le plus connu dans notre pays, grâce à ses prestations dans Dans ses yeuxFelicidad et El Clan.

Raúl Arévalo, l’interprète d’Alex, est espagnol, coproduction exige. Acteur dans Les amants passagers de Almodovar, et dans La isla minima, de Alberto Rodriguez, où il interprète le rôle de Pedro, le flic idéaliste, il est aussi le réalisateur de La colère d’un homme patient. Quant à Andrea Frigerio, l’interprète de Dudu, une consœur d’Arturo, c’est une ancienne mannequin, devenue présentatrice de télévision et qui était déjà présente dans Citoyen d’honneur.

Conclusion

Le cinéma argentin a encore frappé ! Une fois de plus avec une comédie jouissive, pleine de cynisme et de générosité, avec, en bonus, une incursion prolongée et sans doute très juste dans le milieu de l’art contemporain argentin ainsi que, à la fin, un petit voyage dans les fabuleux paysages du nord-ouest de l’Argentine, dans la province de Jujuy. Un film qui a vraiment tout pour plaire !

Jean-Jacques Corrio  pour Critique Film

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