Fondation Abbé Pierre – Toujours 3,9 millions de mal-logés

Dans son nouveau rapport sur le mal-logement, la Fondation Abbé Pierre livre un réquisitoire implacable contre le « en même temps » qui mène à une impasse et s’insurge contre la « surprise feinte » des élus devant des drames comme celui de la rue d’Aubagne.

La Fondation Abbé Pierre présente aujourd’hui son rapport annuel sur le mal-logement. Le 24e. Mais d’une année sur l’autre, la situation ne s’améliore pas. Le nombre total de mal-logés additionnant les SDF, les personnes hébergées en hôtel, dans des habitations de fortune ou chez des tiers ou dans des conditions très difficiles avec privation de confort, surpeuplement… est à 3,9 millions. Comme l’an dernier. Idem pour les chiffres concernant les personnes en situation de fragilité, vivant dans une copropriété en difficulté, en impayés de loyers, en surpeuplement, en précarité énergétique… 12,1 millions. Comme en 2018.

Dans cette 24e édition, la Fondation zoome sur la fabrique à SDF que sont devenus les hôpitaux psy, l’aide sociale à l’enfance ou les prisons (lire ci-contre). « La Fondation a voulu savoir comment et pourquoi la puissance publique en venait à laisser sans solution, et parfois jusqu’à la rue, des personnes sortant d’institutions au mépris de nos grands principes républicains », campe le président de la Fondation Laurent Desmard.

Un point d’autant plus contradictoire que le gouvernement s’est engagé dans un plan quinquennal pour le « logement d’abord », où la lutte contre le sans-abrisme est annoncée comme prioritaire. Cette contradiction pourrait aussi apparaître comme un double jeu. Le rapport mentionne évidemment le drame de la rue d’Aubagne et des huit morts suite à l’effondrement de deux immeubles auquel il ajoute « d’autres manifestations insupportables mais souvent moins spectaculaires du mal-logement » : marchands de sommeil, évacuations de bidonvilles, expulsions sans relogement… Certes, « le confort moyen des Français s’est amélioré depuis des décennies », reconnaît la Fondation, mais ces éléments « ne devraient pas autoriser les responsables politiques à feindre la surprise quand s’écroule un immeuble vétuste, qu’un hôtel meublé s’enflamme, quand une partie de la population modeste se révolte ».

« Traiter la pauvreté d’un côté et contribuer à l’accentuer de l’autre ne peut mener qu’à une impasse »

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Ce règne des « faux culs » n’est certes pas nouveau. Il suffit de se rappeler les plans d’éradication de l’habitat indigne annoncés par les gouvernements successifs ou les promesses de zéro SDF formulées par nombre de candidats à la Présidentielle. Mais la politique du « en même temps » lui donne une nouvelle dimension. En effet, si un plan contre la pauvreté est annoncé, « le logement en est le grand absent », souligne le rapport, et « son impact risque d’être fortement réduit par la politique générale du gouvernement », et notamment sa politique fiscale clairement orientée en faveur des plus fortunés. Et de conclure : « traiter la pauvreté d’un côté et contribuer à l’accentuer d’un autre ne peut déboucher que sur une impasse ».
Dans le même ordre d’idée, le gouvernement lance un plan sur le logement d’abord et, en même temps, fragilise les HLM. La « réduction des loyers de solidarité » imposée aux bailleurs pour contrebalancer la baisse des APL « amputera à terme les 2/3 de l’autofinancement net des bailleurs sociaux » (lire ci-contre). Les conséquences « sont déjà là », assure la Fondation qui note la chute du nombre de financement de nouveaux logements sociaux, « une baisse concentrée sur les logements très sociaux et sociaux et qui n’affecte pas les logements moins sociaux ».

Et d’inciter ainsi les HLM à aller chercher de nouveaux financements. Mercredi, le journal Les Échos faisait mention de l’intérêt des fonds de pension pour les bailleurs sociaux. Le gouvernement les a aussi explicitement invités à vendre leur patrimoine.

Et le rapport de remarquer que ce gouvernement aurait été bien inspiré de regarder ce qui se fait ailleurs en Europe. Au Royaume-Uni, c’est sous Margaret Thatcher que la vente du parc social a été entamée. Aujourd’hui, « Theresa May a annoncé un plan de 2 milliards de livres (2,3 milliards d’euros) pour lancer de nouveaux programmes d’ici 2022 ». En Allemagne, « Angela Merkel a annoncé en septembre un budget de 5,7 milliards d’euros pour produire 1,5 million de logements sociaux en quatre ans ». A titre de comparaison l’aide à la pierre via laquelle l’État finance la construction de logement social en France était de 38,8 millions d’euros en 2018.

Photo : Pierre Faure
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 2 février 2019

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