L’évaluation des politiques scolaires, une affaire de «fourmi» ou d’«éléphant» ?

L’indépendance des membres du Cnesco n’est pas un sujet pour le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. Pour lui, seul compte le nouveau rôle du Conseil : évaluer les établissements scolaires.

Il y a quelque chose que le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer adore, ce sont les interviews au Journal du dimanche. Ce dimanche, il s’exprimait ainsi sur les sujets du moment : la réforme du lycée, les gilets jaunes et le projet de loi sur l’école de la confiance qui arrive dans l’hémicycle lundi prochain.

La semaine dernière, les débats en commission ont parfois été vifs, notamment sur le nouveau «conseil national d’évaluation» qui va remplacer l’actuel Cnesco. Cette instance, créée en 2013, a publié des enquêtes très intéressantes sur des sujets qui passent souvent sous les radars, comme la mixité sociale ou les débouchés réels des bacs pro. Le «projet de loi pour une école de la confiance» dézingue la structure, le Conseil national de l’évaluation aura une tout autre mission : évaluer les établissements scolaires. Quant au travail d’enquête du Cnesco actuel, il sera confié à une chaire rattachée au Conservatoire national des arts et métiers… sans aucune précision des moyens alloués. Un enterrement en bonne et due forme, donc.

Corde sensible

En commission, les députés ont donc essayé d’agir à coups d’amendements de toutes sortes. Ils ont essayé de jouer sur une corde (censée être) sensible à Jean-Michel Blanquer : la rigueur scientifique des évaluations, et donc les nécessaires garanties d’indépendance des membres du conseil…

Le député Régis Juanico (PS) : «Est-ce que la nouvelle instance d’évaluation pourra évaluer en toute liberté ? C’est cela la question centrale. Ou est-ce que la présentation faite la semaine dernière des résultats des CP dédoublés par la Depp [le service statistique du ministère, ndlr] préfigure ce qui va se passer ?» tacle-t-il. Le ministère a en effet communiqué des résultats aux journalistes sans donner la note scientifique qui devrait aller avec…

«A côté de la plaque»

Agacé, le ministre Jean-Michel Blanquer a balayé à maintes reprises la question. Il en a remis une couche ce week-end dans le JDD. «Ce débat [sur l’indépendance des membres] ne doit pas masquer l’essentiel.» Le sujet, pour lui, c’est le nouveau rôle d’évaluation des bahuts. En commission la semaine dernière, dans un mélange d’agacement amusé :«Je pense que l’on se fait des nœuds dans la tête avec ces histoires-là [d’indépendance de l’évaluation et des évaluateurs], de manière un peu à côté de la plaque si vous me permettez l’expression. […] Le cœur du sujet n’est pas là. C’est comme si on parlait, je ne sais pas moi… non je ne préfère pas faire de comparaisons… mais on a un sujet éléphant et on est en train de parler d’un point fourmi [l’indépendance] à côté de ce sujet éléphant. Le sujet éléphant, c’est comment est-ce qu’on réussit, techniquement à avoir une agence d’évaluation qui réussit pour de vrai à évaluer les établissements de France. Le sujet éléphant, c’est aussi celui d’avoir l’expertise technique pour réussir à faire cela.»L’indépendance des membres, une fourmi donc. Et surtout un dialogue de sourds.

Photo : AFP – Eric Feferberg
Marie Piquemal
Article tiré de Libération  le 3 février 2019

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