Ni 1933, ni dictature mais un pouvoir de plus en plus autoritaire

Les comparaisons historiques bâclées comme l’utilisation de mots hors contexte finissent par nous désarmer pour la compréhension du moment politique. Et à force de crier au loup, il est bien connu que le jour où le loup arrive personne n’y croit.

Nous ne sommes pas en 1933

Du côté des partisans de Macron, la référence à la montée du nazisme est bien utile pour instiller de la peur et sommer les électeurs de voter pour lui. Cette comparaison est d’ailleurs souvent utilisée au détriment de l’exactitude historique.

Contrairement à ce qui s’entend souvent, Hitler n’est pas arrivé au pouvoir grâce à des élections où il aurait été majoritaire. Aux élections législatives de novembre 1932, les dernières réellement organisées démocratiquement, le NASDP arrive certes en tête avec 33,1% mais il est minoritaire au parlement (SPD 20,4 ; KPD 16,9). Hitler va s’imposer parce que les conservateurs pensent pouvoir l’utiliser pour liquider la République de Weimar puis se débarrasser de lui une fois leur but atteint. Le maréchal Hindenburg nomme donc Hitler chancelier. Mais le NSDAP est minoritaire dans le gouvernement.

C’est l’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, qui va permettre à Hitler d’arriver à ses fins. En en rendant le PC allemand responsable, il obtient son interdiction ainsi que des pouvoirs de police exceptionnels et la fin des libertés garanties par la Constitution de Weimar.

Le 23 mars 1933, les députés du centre rejoignent les nazis et les conservateurs pour voter la loi qui confère à Hitler les pleins pouvoirs pour quatre ans, renouvelables en cas de besoin.

L’arrivée au pouvoir de Hitler et des nazis est donc due à la complicité de la droite allemande et du centre. Je vous conseille au passage de lire le livre de Daniel Schneidermann, Berlin, 1933 la presse internationale face à Hitler.

L’utilisation de cette comparaison par Macron et ses soutiens se retourne en fait contre eux car cela reviendrait à dire que la droite et le centre, dont ils font partie, est prête à s’allier avec Le Pen. Si nous sommes en 33, alors les responsables de la catastrophe à venir sont Macron et ses soutiens.

Nous ne sommes pas non plus à l’aube du fascisme

Les mots ont un sens. Dans la France de 2019 il n’y a ni SA ni SS ni chemises noires. Par ailleurs actuellement la bourgeoisie n’a pas besoin du fascisme pour défendre ses intérêts.

Crier au fascisme aujourd’hui, c’est donc ne pas comprendre la nature de la période que nous vivons et cela désarme politiquement car les erreurs d’analyse amènent à des solutions erronées.

Si nous sommes aux portes du fascisme, alors tous ceux qui appellent à « l’unité de la gauche » et même à l’unité de tous les partis antifascistes ont raison. Et Macron se trouve conforté dans son discours d’ultime rempart contre Marine Le Pen.

Nous ne sommes pas non plus en dictature

Une dictature, militaire ou pas, prend comme premières mesures l’interdiction des partis politiques et syndicats qui lui sont opposés, restreint les libertés d’expression, emprisonne les défenseurs des droits de l’homme, emprisonne et torture ses opposants et va jusqu’à leur assassinat.

Personne ne peut de bonne foi prétendre que nous en sommes là en France.

L’ultra-libéralisme va de pair avec Etats de plus en plus autoritaires

La montée des inégalités dans chaque pays et l’accaparement des richesses de la planète par une toute petite minorité à l’échelle mondiale sont de moins en moins supportés par les peuples. Le cycle historique de la social-démocratie comme force politique luttant contre les inégalités est terminé. Partout, lorsqu’elle arrive au pouvoir, elle se comporte comme une bonne gérante des intérêts de l’oligarchie, ses seuls apports se réduisant éventuellement aux questions sociétales (contraception, IVG, dépénalisation de l’homosexualité et mariage pour tous). Pour le reste, économie, social, répression, il n’y a plus rien à en attendre et elle n’est plus suffisante pour assurer la soumission des plus pauvres.

L’ultra-libéralisme à l’œuvre sur toute la planète a donc besoin de pouvoirs forts pour garantir le maintien et la poursuite des intérêts des multinationales et l’appropriation pour un tout petit nombre des bénéfices de la surexploitation de la planète et des travailleurs. Les mêmes lois sont imposées dans tous les pays : casse du droit du travail, précarisation des travailleurs, suppression des protections sociales etc …Pour empêcher que les peuples se révoltent, la répression se fait de plus en plus dure partout, en Europe (Grèce, Hongrie …) ou en Amérique Latine, Argentine et Chili, par exemple.

Macron, un exemple du durcissement des pouvoirs politiques au service de l’oligarchie

La candidature express de Macron a pulvérisé les partis traditionnels de droite et du centre ainsi que le PS. Libéral assumé, mais se réclamant ni de droite ni de gauche, son programme et la constitution de son gouvernement étaient pourtant limpides : avec le choix de nommer des ministres LR à l’économie et au budget, il était peu probable d’avoir une autre politique que celle qu’avait défendu Lemaire et Darmanin lorsqu’ils soutenaient Sarkozy. Mais il ne s’agit pas non plus de dédouaner le PS : Macron était le ministre de l’économie de François Hollande dont les 5 ans ont été marqués par des lois ultra libérales comme la promotion des cars au détriment du train, les régressions sociales avec la loi El Khomry, les lois immigration, les lois restreignant les libertés etc … Les mêmes députés qui dénonçaient les lois de Sarkozy, n’ont pas eu d’états d’âme sous Hollande.

On a trop tendance à oublier le très grand nombre de dirigeants du PS passés chez Macron dont ceux qui ont accepté d’aller dans un gouvernement avec des ministres venus de la droite.

Comment les français pourraient-ils ensuite avoir confiance dans les élus nationaux lorsqu’on voit la longue liste de PS et EELV qui ont couru à la gamelle ? Combien de reniements sur les questions sociales, environnementales et dans le champ des libertés fondamentales, la dernière étant le retour d’une loi anti-casseurs sur le modèle de celle des années 70 abrogée sous Mitterrand.

La répression se durcit constamment avec les restrictions de manifestations, le nombre jamais atteint de blessés et les poursuites judiciaires pour des propos tenus tout cela avec l’objectif de faire peur afin de faire taire toute remise en cause de fonds des politiques menées. Dans ce cadre le contrôle de l’information est aussi fondamental. Or aujourd’hui internet permet de contourner, en partie, le monopole de l’information détenue par 8 milliardaires. D’où la peur de Macron et l’accusation de manipulation venue de l’étranger en l’occurrence la Russie. Le comble est de tenir de tels propos pour ensuite accuser ses adversaires de complotisme et d’agiter la menace d’autoritarisme qui lui serait lié alors que Macron s’appuie sur la constitution de la 5ème République pour instaurer un pouvoir autoritaire.

Lorsque le peuple ne supporte plus l’injustice, la bourgeoisie est prête à tout pour défendre ses intérêts. C’est ce que nous sommes en train de vivre.

Martine Billard
Article tiré de son blog  le 4 février 2019

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :