Huile de palme – L’UE prend une décision à double sens

Dans la nuit de vendredi à samedi, la Commission européenne a publié un projet de texte sur l’impact environnemental des agrocarburants, les classifiant comme non durables, mais avec d’importantes dérogations.

Le feuilleton européen sur l’avenir de l’huile de palme se poursuit à Bruxelles. Sur fond de tensions politiques et diplomatiques, avec les ONG environnementales d’un côté et les pays producteurs comme la Malaisie et l’Indonésie de l’autre, la Commission européenne a dévoilé, dans la nuit de vendredi à samedi, son projet d’«acte délégué» sur l’impact environnemental des agrocarburants (aussi appelés biocarburants).

Pour la première fois, ces carburants largement composés d’huile de palme, et mélangés à la pompe dans le diesel, ont été catégorisés comme «non durables». Ce qui veut dire qu’ils ne pourront plus, à terme, être comptés dans les objectifs d’énergies renouvelables (ENR) des Etats-membres. Seulement, ce texte laisse aussi la place à d’importantes exemptions.

Menaces de guerre commerciale

«Le soja, dont l’impact considérable sur l’utilisation de nouvelles terres a été prouvé par la Commission européenne elle-même, n’est pas intégré dans le texte, regrette ainsi Laura Buffet, experte sur les carburants propres pour l’ONG bruxelloise Transport & Environnement. Le fait que la production de petites plantations indépendantes soit exemptée vide de son sens le texte, car la majorité de l’huile de palme provient de ce type de plantations contrôlées par des grands groupes. De plus, il a été démontré que, sans aides d’Etat, les agrocarburants à base d’huile de palme et de soja ne seraient pas concurrentiels face au pétrole.»

D’après l’ONG, ces exemptions ont été introduites par la Commission sous la pression des gouvernements malaisien et indonésien, et de leurs menaces de guerre commerciale. En juin, Libération a révélécomment l’Indonésie a réussi à obtenir la suppression d’un amendement sur l’huile de palme dans la loi biodiversité, en France, en menaçant d’exécuter le Français Serge Atlaoui toujours dans les prisons du pays. De même que la France a conclu, en 2002, la vente de sous-marins en échange d’importations d’huile de palme de Malaisie.

Ce nouveau texte européen est rattaché à la directive sur les énergies renouvelables approuvée par le Parlement, le Conseil et la Commission européenne en juin. Ce texte prévoit une réduction progressive de l’inclusion des agrocarburants dommageables pour l’environnement et le climat dans les objectifs ENR des Etats à partir de 2023, pour atteindre zéro en 2030.

75% des imports dans les véhicules diesel

De plus, les quantités de diesel à base d’huile de palme et de soja utilisées dans les pays européens ne pourront pas s’élever au-dessus du niveau de consommation de 2019. Les autres agrocarburants, comme le colza (pour lequel il existe de gros intérêts économiques français) sont seulement plafonnés au niveau de 2020.

La France aurait poussé pour obtenir ces exemptions du texte, selon l’ONG les Amis de la Terre France, qui dénonce «une nouvelle fois l’attitude du gouvernement français, qui a pris position en faveur de cette échappatoire pour éviter de remettre en cause l’importation d’huile de palme dans les carburants et protéger les intérêts économiques de Total et de sa « bioraffinerie » de la Mède [dont l’ouverture a été autorisée par le gouvernement au printemps 2018, ndlr]».

L’huile de palme est surtout connue pour être présente dans les cosmétiques et l’alimentation. Seulement, en France, plus de 75% des 900 000 tonnes d’huile de palme importées tous les ans finissent dans les réservoirs des véhicules diesel. D’après une étude publiée en novembre par l’ONG International Council on Clean Transportation, «l’analyse d’images satellite a montré qu’entre 40% et 53% de l’expansion des plantations d’huile de palme en Indonésie et en Malaisie, de 1990 à 2015, a été réalisée sur des terres à fort stock de carbone, comme des forêts, des zones humides et des prairies».

La proposition de texte de la Commission européenne est ouverte à la consultation citoyenne pendant quatre semaines avant d’aboutir à une version finale qui sera présentée au Parlement et au Conseil européen. Ceux-ci ont tous les deux un droit de veto sur le document.

Photo : AFP –  Wahyudi
Aude Massiot
Article tiré de Libération  le 11 février 2019

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