Aéroports de Paris – Une question d’intérêt général

Sur les quinze derniers jours, nous avons examiné au Sénat le projet de loi Croissance et transformation des entreprises, dit « Pacte ». Au sein de ce véritable mastodonte de près de deux cents articles, nous avons eu notamment à examiner plusieurs projets de privatisation : Engie, la Française des Jeux et ADP. Les discussions furent animées sur le projet de privatisation Aéroport de Paris.

Tout d’abord, parce que nous parlons d’un groupe qui gère les 13 aéroports franciliens et détient des participations dans 26 aéroports de 30 pays différents, avec des revenus en augmentation. Quelque 102 millions de passagers ont utilisé les aéroports franciliens en 2017, et Roissy-CDG devrait avoir à gérer un flux de 120 millions de passagers annuels d’ici à 2023, date de mise en service du terminal 4, ce qui en ferait le premier aéroport européen.

Ensuite, les aéroports sont des biens communs, au même titre que des autoroutes, les ports, les monuments, etc. Le précédent de 2006, à savoir la privatisation des autoroutes, pour lesquelles les actionnaires ont réussi à rentrer dans leur argent en dix ans et augmentent sans scrupules leurs profits, devrait inciter le gouvernement à davantage de prudence, de même que la privatisation de l’aéroport de Toulouse en 2014, véritable échec du ministre de l’Économie de l’époque… Emmanuel Macron.

Le désengagement de l’État de secteurs stratégiques auquel nous assistons pose des problématiques de souveraineté et de sécurité. ADP constitue notre principale porte d’entrée sur le territoire. Enfin, n’oublions pas également les enjeux en termes d’emploi, alors que depuis l’ouverture du capital, deux mille emplois ont déjà été supprimés, et les enjeux en termes de maîtrise du foncier, et donc d’aménagement du territoire, pointés par les élus locaux.

Pourquoi cette volonté de privatisation d’ADP ? Pour alimenter un fonds pour l’innovation, qui pourrait tout aussi bien être alimenté par les dividendes que génère ADP en restant public.

Pour terminer, il se murmure que Vinci, déjà actionnaire minoritaire, pourrait être intéressé… Donc, avec une précédente indemnisation pour l’abandon de Notre-Dame-des-Landes, et son indemnisation en tant qu’actionnaire minoritaire suite à la privatisation d’ADP, si elle avait lieu, il se pourrait bien que Vinci tente d’acquérir un quarante-septième aéroport, avec l’argent des contribuables ! Si la privatisation avait lieu, cela pourrait donner dans quelques années un nouveau scandale politico-financier.

Avec notre groupe CRCE et le groupe socialiste, nous étions unanimes pour mettre en échec cette privatisation. La surprise est venue de la majorité sénatoriale et notamment du groupe Les Républicains qui ont très majoritairement voté contre également. Les raisons sont diverses, mais le fait de brader un monopole naturel, même chez les libéraux les plus convaincus est une aberration économique et sociale. Il faut mettre cette question d’intérêt général sur la place publique, avec les salariés et les citoyens, pour que le gouvernement, avec l’aide de la majorité à l’Assemblée nationale, ne privatise Aéroport de Paris.

Fabien Gay, sénateur.
Article tiré du PCF  le 13 février 2019

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